dimanche 20 novembre 2011

l'Institut Pour la Justice / Joël Censier: mon décryptage


Voilà quelques semaines que le petit monde cyber-judiciaire s’active autour d’un nouvel arrivé : « l’Institut Pour la Justice », l’IPJ, lequel fait sa publicité par le biais du récit de Joël Censier, un policier à la retraite, dont le fils a été assassiné, et qui milite pour une refonte de la Justice Pénale Française.
Le récit de Joël Censier est le suivant : à l’été 2009, son fils, Jeremy, assiste à des fêtes locales, dans le sud de la France. Sur le retour, il assiste à une bagarre. Il intervient, mais cette rixe se retourne contre lui. Un de ceux qui sont devenus ses agresseurs sort un couteau, et lui assène cinq coups de ce couteau. Plusieurs autres individus se jettent alors sur lui, et lui portent des coups (de poing et/ou pied), au visage et sur le reste du corps, alors qu’il est au sol. Le nombre d’auteurs exacte parait difficile à établir ; selon la presse, ils seraient 3 ou 4, selon le père de la victime, dix.
S’en suit le détail d’une procédure criminelle : la Gendarmerie procède à plusieurs interpellations. Au final, ce sont des mandats de dépôts qui sont délivrés à l’encontre de plusieurs jeunes ; l’un reconnaissant avoir porté les coups de couteau, un autre ayant caché l’arme du crime, et d’autres pour les coups et blessures. Et c’est là que les choses commencent à se gâter puisque, après plusieurs mois d’enquête, les auteurs sont remis en liberté, les uns après les autres, pour des raisons diverses et variées tenant au déroulement de l’enquête.
La dernière remise en liberté étant celle de l’auteur des coups de couteau, pour un vice de procédure. Ce dernier, restant mis en examen, sera tout de même renvoyé aux assises, mais comparaîtra libre (si tant est qu’il comparaisse, l’avenir nous le dira).

Ce film, montrant Joël Censier, est donc le préambule du « Pacte 2012 », dont l’Institut Pour la Justice (IPj) est à l’origine. L’IPJ, qui est en fait une association loi 1901,  appelle donc à signer ce pacte censé (par le nombre de signataires) faire pression sur les candidats à l’élection présidentielle de l’année prochaine et que, à l’instar d’un Nicolas Hulot en 2007 (à l'époque sur le thème de l’écologie), les candidats s’engagent.

Ma première réaction, vis à vis du film et de l'IPJ (dont on ne sait que peu de choses, en fait), a été la méfiance.
Et je suis passé à autre chose. Jusqu’à ce que mon propre père ne m’envoie le lien de la vidéo et du fameux « pacte2012 », en me demandant mon avis. A peu près au même moment est arrivé le billet d’Eolas qui démonte, en avocat, le discours, tant sur le fond que sur la forme. J’ai lu ce billet, et m’y suis rangé, regrettant pour autant quelque peu la froideur et l’unique approche juridique de l’affaire à laquelle Joël Censier est partie. Eolas a fait ce que j’avais eu la flemme de faire, c'est-à-dire se documenter avec ce qui est à notre disposition : les quelques articles de presse encore disponibles.
A ceux qui me l'ont demandé, j’ai donc déconseillé de signer ce pacte.
Explications: 
Je regrette effectivement que l’on joue sur la douleur de cette famille pour recueillir des signatures. Cela me gêne, en fait, par pudeur. Pourtant, il est concevable qu’ayant vécu un drame, on puisse avoir une idée de la justice autre que ce que l’on a vécu. N'est-ce pas justement dans ces moments-là que l'on prend le plus conscience des dysfonctionnements? Quand bien même l'on parle la douleur au ventre, quand bien même plus que la Raison, c'est le coeur qui parle, n'est-on pas en droit de tenter de faire bouger les lignes? 

 Et donc, me direz-vous. Eh bien, je suis toujours partagé, dubitatif.
J’ai relu le billet d’Eolas. Et je suis gêné.
Tout d’abord, par le ton employé ; mais, après tout, c’est le ton que l'auxiliaire de justice emploie habituellement. Une espèce de sarcasme qui, face à la douleur d’un père, me parait déplacé, manquant d'humanité. On peut, à la fois exposer son désaccord et, en même temps le faire de manière "élégante", en respectant la douleur; quand bien-même, Joël Censier s'est, de lui-même, exposé. En professionne, que ce soit un avocat, un juge, ou un policier, on se doit d'un minimum de respect. 
Ensuite, je suis gêné sur le fond, dans la mesure où il est compliqué de juger d’une affaire sans en connaitre les tenants et aboutisssants! Avec le temps, j’ai appris à éviter de forger une vérité sur les seuls éléments donnés à la presse. Eolas et moi sommes loin de connaitre l'exactitude des éléments que recèlent cette procédure (même s'il semblerait, comme annoncé sur Twitter, que l'avocat ait eu des contacts au plus près du dossier).

Je suis aussi gêné par les prises de position d’Eolas :

«  il est manifestement impossible que l’agresseur de Jérémy ait su que son père était policier puisque les faits ont eu lieu à Nay et que Jérémy habitait dans le Gers à 200 kilomètres de là et étaient hébergé chez des amis »

Cela participe de ce que j’ai dit plus haut. Dans sa réponse, Joël Censier explicite ce qu’il a avancé, et la connaissance qu’avaient les auteurs, vis-à-vis de la victime. Là aussi, encore une fois, je n’ai pas accès à la procédure. J’ai tendance à laisser le bénéfice du doute à celui qui vit les choses.

Eolas fait ensuite une attaque sur les mots « barbarie inimaginable » employés par Joël Censier, arguant du fait que ces mots ne figuraient pas sur le rapport médico-légal. Soit. C’est vrai.
Pourtant, sans rentrer dans les détails, outre les coups de couteau, ce rapport médico-légal, disponible ici, confirme bien que la victime a reçu plusieurs coups sur le corps. Crâne, visage, oreille, menton, nez, lèvres, et sur les « membres supérieurs, de multiples excoriations ». Bref, Jeremy Censier a bien été frappé, à plusieurs reprises, outre les coups de couteau qui lui ont été portés.
En quoi les mots « barbarie inimaginable » sont-ils inopportuns ? D’autant qu’en citant ces mots, Joël Censier cite bien « les différents témoins et les médecins légistes ». Il me semble qu’on joue sur les mots. Certes, textuellement, les termes ne figurent pas dans le rapport, mais je crois que dans les faits, ce sont tout à fait des adjectifs que l’on peut utiliser. Mais après tout, c’est à l’appréciation de chacun, et cela le sera certainement, en dernier lieu, aux jurés d’assise.
L’avocat nous fait alors une démonstration de Droit Pénal Spécial, sur les qualifications retenues ou non. Je n’y porterai aucun jugement, ne connaissant pas le dossier sur le fond. Cela me parait donc hasardeux.
Maintenant, effectivement, cela me laisse une impression : plusieurs jeunes qui « tombent » sur un autre, qui a reçu plusieurs coups de couteau, pour le frapper à coups de poing. J’ai envie de me dire, sans qualification juridique, qu’en tous les cas, ce jeune Jeremy, on ne lui voulait pas du bien. A minima.
Je passe la leçon de français d’Eolas sur la prétérition ; seul avantage, je me coucherai moins c… ce soir (d’aucuns diront que c’est facile…).

C’est ensuite la suite du discours de Joël Censier, qui me gêne, lorsqu’il dit :

« Comme beaucoup de victimes, nous avons cru que la Justice allait nous défendre. Qu’elle allait tout faire pour poursuivre les assassins. Ou qu’elle allait, au minimum, essayer de les empêcher de recommencer. Mais non, ce fut TOUT LE CONTRAIRE. Dès les premières heures de la procédure, la Justice s’est rangée du côté des assassins ». 

Certes, et j’y reviendrai, la justice n’est pas parfaite, et certains dysfonctionnement sont graves. C’est un fait.
De là à penser que la justice, et ceux qui sont chargés de la rendre, sont « du coté des assassins », il y a un pas à ne pas franchir. Même si j’imagine aisément la douleur qui est celle des proches. Il ne faut pas confondre un dysfonctionnement (s’il est démontré), aussi grave et lourd de conséquences soit-il, avec une volonté de se ranger du mauvais coté.

S’en suit l’argument juridique, détaillé par Eolas, justifiant la remise en liberté de l’auteur des faits. Je ne m’emploierai pas à gesticuler autour de cet argumentaire. Il est juridique, et même si je suis policier, je ne suis pas à ce point juriste pour le défendre, ou l’attaquer. Il est un fait, une erreur de procédure à été commise au cours de l’instruction, et elle est directement la cause de cette remise en liberté.
Et là, je me demande quel mal il peut y avoir à vouloir un droit qui ne remette pas en liberté un criminel à la suite d'une erreur de procédure, de délais dépassés ? Même si, de l’autre coté, oui, je peux concevoir que cela peut mener à des dérives certaines. J'ai envie de dire, balle au centre; cela se discute.

Et donc, que fait-on ? Rien ? On continue comme ça ? Mais que désigne-t-on par « ça » ?

Eh bien c’est le fonctionnement de notre justice. Une justice qui n’a plus de moyens, tout comme la police qui est son corollaire. Une justice qui a du mal à payer tous ceux qui y concourent, tels que les interprètes, médecins, et autres experts. Ces professionnels qui sont payés avec parfois plusieurs mois de retards.
Cette justice, et c’est le constat que je fais, qui est tellement complexe, tellement lourde. Et c’est justement ce qui participe à des remises en liberté que l’on peut qualifier d’incompréhensibles. Même si juridiquement elles s’expliquent, elles n’en demeurent pas moins injustes vis-à-vis, d’une part, de la victime et son entourage, et d’autre part, plus largement, de la société.

Cette justice, et c’est là de la responsabilité de nos hommes politiques, qui est aujourd’hui tellement instable, tellement peu sure !
Voilà un droit qui est désormais capable d’annuler des procédures à posteriori, alors qu’elles respectaient, au moment de leur rédaction, le droit français.
Mais ou va-t-on ?

J’en reviens à l’Institut Pour la Justice ; après avoir décortiqué le récit de Joël Censier, je suis allé voir ce qu’est ce fameux « Pacte 2012 ». Enfin. 

Au fond, de quoi est-il question ? 
C'est donc sur le site même du "Pacte 2012" que j'ai cherché ce dont il était question, et une concrétisation en relation avec le film de Joël Censier. Sur le site, le programme de réforme demandé est définit en cinq pointsr:

  • Egalité des droits entre la victime et l’accusé : on ne peut que regretter que toutes les dernières réformes ne prennent en compte QUE les accusés ; les victimes ne sont toujours citées qu’en quelques lignes, dans les réformes. Après, il s’agit de se demander ce que cela peut signifier concrètement ? Que demande l’IPJ, exactement ? Dans le détail, l’IPJ nous dit qu’il faudrait mettre à « égalité », dans les procès pénal, les trois parties : Etat, victime et accusé. C’est un débat hautement philosophique, qui revient à se demander à quoi sert le procès pénal ? Doit-il servir uniquement la société ? Ou doit-il servir la société ET la victime ? D’une manière générale, il me semble qu’aucune peine ne sera jamais assez juste, assez dure, pour la victime. Donc, cette victime n'est peut-être pas la mieux placée pour juger de la dureté de la peine prononcée. 
  •  Impunité zéro pour les atteintes aux personnes et aux biens : il est une réalité ; nombre de peines de prisons ne sont pas appliquées en France. Et pour diverses raisons. Certaines juridiques, d’autres, plus problématiques, en relation avec le nombre de places disponibles en prison. Et je ne parle même pas des décisions qui sont prises en anticipant, justement, ce manque de place. Le nombre de sursis qui sont prononcés parce que celui qui, justement, prononce la peine, sait qu’il n’y a plus de place ; et de fait, ne condamne à des peines privatives de liberté fermes que ceux auteurs des infractions les plus graves. Une autre réalité : la justice n’a plus aucun aspect dissuasif ; celui qui vient 10, 15 fois devant la justice ne la craint pas. Il sait qu’il a une grosse marge, avant d’être condamné à une peine de prison ferme, voir avant qu’il ne la purge. Et en même temps, il faut être conscient d’une autre réalité. Pour les récidivistes, la prison reste tout bonnement une école du crime. Donc, elle ne peut se suffire à elle-même. Je crois énergiquement en l’éloignement des récidivistes de leur milieu d’origine, le temps d’une formation, réinsertion avec un encadrement paramilitaire, le tout amenant sur une proposition d’embauche.
  • Application effective des peines prononcées : cela parait évident, mais dépend, en grande partie, des moyens alloués à la justice. Tant les moyens humains (magistrats, personnels sociaux) que la construction de prisons, de centre de rééducation, avec la formation des personnels qui vont avec.
  • Une fermeté vis-à-vis des criminels dangereux : facile à dire ; comment les reconnaître ? D’une manière générale, notre droit doit absolument différencier les motifs qui mènent à l’infraction. Motif crapuleux ? folie ? crime de sang froid ? L’auteur a-t-il recherché directement à faire du mal à la victime ? L’IPJ parle alors de perpétuité réelle. On peut discuter longtemps sur l’existence et l’application, actuelle, de cette peine. Certes, des prisonniers meurent en prison, comme le rappelle Eolas, mais cela n’a pas forcément en rapport avec la perpétuité. Celui qui comment un meurtre à l’âge de 25 ans, s’il est, aujourd’hui, condamné à perpétuité, ne finira pas ses jours en prison. il sera plus vraisemblablement condamné à une peine de sûreté, en deçà de laquelle il ne pourra pas sortir. A l’issue de cette peine, il aura vocation (même si ce n'est pas une vérité absolue) à sortir. Autre élément, et je parle par experience: les libertés conditionnelles: il y a, à l'évidence, un manque de suivi (lié aux moyens) de ces libérations. 
  • Une justice transparente qui rende des comptes aux citoyens : et on nous propose, là, un « débat national sur l’élection des procureurs ». Je n'y suis pas favorable (à l’élection). Par contre, je suis pour que, effectivement, le Parquet soit en totale indépendance du pouvoir politique, qui ne doit avoir aucun droit de regard sur les affaires. Ce qui n’est pas le cas actuellement.

Pour résumer, il faut, avant tout, donner des moyens à la justice. Tout n’est pas à jeter. Mais oui, il faut le reconnaître, il y a des énormités. Qu'il s'agisse de libérations qui ne devraient pas l’être ou, à l’inverse, de condamnations injustes. Une chose est certaine : aucune justice ne sera jamais parfaite. Mais nous sommes dans l’excès. Elle est devenue trop complexe, et, dès lors, se met elle-même en péril.
Il n’y a pas besoin de nouvelles lois, de nouvelles infractions. Juste une simplification du droit, et une application stricte. A ce titre, je vous invite à lire cet article :  qui, me semble-t-il, est une bonne piste de réflexion, notamment dans la partie qui traite de « philosophie du droit ». 

Et sur la forme, alors? 

Je suis gêné par le fait de ne pas savoir "qui" se cache derrière l'IPJ? Peut-on se dire qu'en fait, cela importe peu? De "simples" citoyens n'ont-ils pas le droit de prendre des initiatives? Certainement. Mais le naturel humain me fait dire que rien ne se fait jamais pour rien. Il y a toujours, derrière ce genre d'initiative, un intérêt particulier. Lequel? Je ne sais pas. 
Autre étonnement: si ce programme paraissait aussi sérieux qu'il le prétend, il pourrait tout aussi bien être repris par des éminences du droit, et elles ne manquent pas. Et enfin, mais ce n'est qu'une impression, j'ai le sentiment d'être manipulé. Et rien que cela...


Bref, je ne signerai pas le "Pacte 2012". Même si certains des points abordés me semblent être une "base de travail", ce pacte me semble trop vague et, surtout, je ne sais pas qui est derrière. J’ai appris à ma méfier des récupérations.

vendredi 14 octobre 2011

Policière tuée à Bourges. Quelle légitime défense pour les policiers?


C’est une nouvelle journée noire, pour la Police Nationale. Une collègue en poste à la Préfecture de Bourges a été mortellement blessée par un homme armé d’un sabre.
Selon les premiers éléments recueillis, dont la presse se fait écho, cet homme, professeur de métier, se serait vu refuser un permis de port d’arme (là, on se dit qu’on comprend un peu mieux pourquoi) et serait revenu, en colère. Le fonctionnaire de Police serait intervenu pour défendre les employés de la Préfecture, ainsi que les administrés présents.
C’est à cet instant que tout aurait basculé. Résultat : un policier tué, et un second blessé ! C’est un adjoint de sécurité qui aurait arrêté le criminel, en lui tirant dessus, le blessant à la jambe.
Ce fait tragique pose, selon moi, le problème de la légitime défense. En quoi, me direz-vous ?
L’article 122-5 du Code Pénal est ainsi rédigé :
« N'est pas pénalement responsable…. C’est simple, on ne peut pas condamner une personne, lorsque les conditions qui suivent sont réunies.
 la personne qui, devant une atteinte injustifiée, envers elle-même ou autrui, on ne peut, par exemple, invoquer la légitime défense face à une interpellation policière.
accomplit, dans le même temps… premier élément important ; l’acte de défense ne doit pas avoir lieu plusieurs heures après l’agression, mais immédiatement
un acte commandé par la nécessité de la légitime défense d'elle-même ou d'autrui,
sauf s'il y a disproportion entre les moyens de défense employés et la gravité de l'atteinte…. En clair, on ne répond pas à une gifle par un coup de feu ; l’acte de défense doit être proportionné à l’attaque.
Cet alinéa parle donc de légitime défense des personnes, contrairement à l’alinéa ci-dessous, qui parle de la légitime défense des biens.
N'est pas pénalement responsable la personne qui, pour interrompre l'exécution d'un crime ou d'un délit contre un bien, accomplit un acte de défense, autre qu'un homicide volontaire, lorsque cet acte est strictement nécessaire au but poursuivi dès lors que les moyens employés sont proportionnés à la gravité de l'infraction ».
Là-dessus, il faut ajouter toute une jurisprudence, puisque le texte n’est pas explicite pour tous les cas de figure. Par exemple, on estime que pour se défendre, la personne ne doit pas avoir un moyen de fuite. L’exemple le plus flagrant : le chauffeur d’un véhicule qui tente de renverser un policier. Le policier tire sur l’automobiliste. La légitime défense n’est pas retenue s’il est démontré que le policier aurait pu s’écarter.
Vous l’aurez compris, la légitime défense est très complexe à démontrer. Y compris par les policiers. L’existence même du texte, est on ne peut plus normale, tant son absence pourrait mener à nombre d’agressassions, et autres « bavures ».
Et pourtant…
Et pourtant, mettez-vous à la place d’un policier, qui est agressé. Comprenez que cela se passe souvent par « surprise », et très rapidement. Ce que je sous-entends, c’est qu’il n’est pas toujours possible d’avoir une profonde réflexion sur le fait de savoir si tous les éléments sont réunis. Les exemples ne sont pas rares, où des policiers se sont défendus, ont invoqué la légitime défense qui  n’a pas été retenue. A la suite d’enquêtes longues, de longs moments de réflexion d’un magistrat…  Et c’est là toute l’ambiguïté. Les magistrats ont le temps de la réflexion que les policiers n’ont pas, au moment de se défendre. La défense est parfois instinctive, obéissant à un réflexe. Certes, les policiers sont des professionnels, formés à se défendre, mais tous ne sont pas entrainés comme peut l’être le RAID.
J’en reviens au fait du jour, triste pour la corporation policière. Je n’étais pas présent, et ne sais absolument pas comment les faits se sont exactement passés ; l’enquête le dira certainement.
Mais il est un fait ; les policiers en sont désormais arrivés, en cas d’attaque, à se demander s’il n’auront pas de problèmes en se défendant ; j’entend, en utilisant leur arme de service. Sachant que désormais le moindre coup de feu policier engendre une enquête de la Police des Police. Pour peu qu’il y ai un blessé, et on augmente les chances du policier de faire un passage par la case « garde à vue ». De fait, certains policiers, tout de même désireux d’accomplir leur mission, vont « au charbon » avec un « couteau suisse ». Et font ce qu’ils peuvent. Souvent avec professionnalisme et réussite, mais parfois, on en arrive à des issues dramatiques. Comme aujourd’hui.
Peut-être… et je dis bien « peut-être » que, sans toutes ces questions, cette difficulté à utiliser une arme, cette réflexion que l’on veut nous imposer… peut-être que la policière de Bourges, ou son collègue, aurait pu faire feu sur cet homme, porteur d’un sabre. On ne le saura jamais. Il a fallu attendre un blessé grave, et un second blessé léger pour que ce jeune adjoint de sécurité n’utilise son arme. Il a eu, à priori, un bon réflexe.
Ne pourrait-on pas engager un débat, au sein de l’administration, et avec la justice, autour de cette légitime défense, applicable aux forces de sécurité ?
En attendant, la Police Nationale française pleure, une fois de plus, un de siens.
RIP.

mercredi 5 octobre 2011

Affaire Neyret: clap de fin

publication du 05 octobre 2011

Voilà, ça y est ; Michel Neyret dort en prison depuis deux jours. Et il est suspendu. Pouvait-il seulement en être autrement ? Avait-il une chance de sortir de tout cela ? Quand je dis « sortir », je ne dis pas « blanchi » ou « lavé de tous soupçons », tant les faits énoncés dans la presse étaient nombreux, graves et importants. Ma question est plutôt de savoir s’il pouvait éviter le mandat de dépôt ? Je n’en ai pas l’impression, tant le battage médiatique a été intense, durant ces derniers jours.
Petit rappel : Quelles sont les conditions requises, tenant au placement sous mandat de dépôt ?
La détention doit avoir pour objet :
• de conserver les preuves ou indices matériels nécessaires pour la manifestation de la vérité
o après plusieurs mois d’enquête et quatre jours pleins de garde à vue, des perquisitions menées jusqu’en Suisse, quels indices pourraient encore disparaitre ?
• d'empêcher soit une pression sur les témoins ou les victimes et leur famille, soit une concertation frauduleuse entre personnes mises en examen et complices,
o il n’y a pas de victime dans cette affaire, et les personnes en cause (les autres policiers) ont été entendues, au besoin, sous le régime de la garde à vue ; pour la plupart mis en examen ! La concertation ? Depuis quand la prison empêche-t-elle la concertation ! Nombreux sont les moyens de communication, même à travers la prison ! Pour autant, je pense que c'est là-dessus que se sont appuyés les magistrats pour décider de la détention provisoire.
• de protéger la personne mise en examen,
o quelque chose me dit que Mr Neyret était tout à fait apte à se protéger lui-même !
• de garantir son maintien à la disposition de la justice, de mettre fin à l'infraction ou de prévenir son renouvellement,
o dans la mesure où il est suspendu de ses fonctions par le Ministre de l’Intérieur, il me semble que l’infraction, de toute façon, n’aurait pu être renouvelée ; par ailleurs, je vois mal cet homme, notable lyonnais, qui a tout de même plus de vingt années de loyaux service à son compte (j’y tiens) pourrait prendre la tangente et partir à l’étranger ! D’autant que la confiscation du passeport est tout à fait possible !
• de mettre fin à un trouble exceptionnel ou persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction, les circonstances de sa commission ou de l'importance du préjudice causé
o de quel trouble pourrait-on parler ? « l’importance du préjudice causé »… à qui ? bref, ce n’est pas ça !
Bon, je dois le reconnaitre, et tout le monde l’aura compris, que j’ai un parti pris. Je l’assume.
Garde à vue, ok. Mise en examen, ok. Suspension, ok. Mais la prison ? ? ? C'est précisément ce en quoi je m'interroge.
Plus je lis la presse (avec, encore une fois, toute la méfiance qu’il faut avoir à l’égard de personnes qui n’ont pas accès à la procédure…. Enfin normalement, hein)…. Bref, plus je lis la presse, et plus cette affaire se dirige vers ce qui semble être de la rétribution d’informateurs, c'est-à-dire prendre des stups pour en donner à un (ou plusieurs) informateurs qui va s’en servir pour mettre à jour d’autres réseaux… Non, ce n’est évidemment pas la solution, c’est effectivement interdit. Maintenant, je garde à l’esprit qu’il ne semble pas y avoir « vente » des stupéfiants ; c'est-à-dire que Neyret n’a tiré aucun avantage financier, personnel, de cette « cession ». Il y avait, semble-t-il, derrière, un but professionnel, c'est-à-dire faire d’autres affaires. Mais, encore une fois, ok, c’est interdit. Donc à ne pas faire. Oui, encore une fois oui, les policiers se doivent d’être les premiers à respecter la loi. Soit.
Maintenant, on peut passer au stade suivant, aller un peu plus loin dans la réflexion : pourquoi ? Pourquoi Neyret a-t-il fait cela ?
On doit alors parler du fonctionnement des indicateurs. Depuis 2004, et la loi dite « Perben », les informateurs sont recensés à la Direction Centrale de la Police Judiciaire. Pas d’identité complète, juste quelques éléments permettant de les individualiser, les différencier. Une fois que « l’affaire » est faite, cet informateur peut percevoir une rémunération. C’est toute la chaine hiérarchique du policier qui est consultée, jusqu’à la DCPJ, qui décide de la somme allouée. Il n’y a pas de règle préétablie quant aux montants.
J’en reviens à notre affaire. Bien sur que Neyret avait connaissance du fonctionnement. Bien sur qu’il a dû l’utiliser. Donc, encore une fois, pourquoi ? Etant établi, à priori, qu’il n’y a pas d’enrichissement personnel, chez Neyret.
Le policier a-t-il estimé qu’il n’avait pas assez de moyens « officiels » pour sortir les affaires, et atteindre le niveau du banditisme qu’il voulait toucher ? Peut-être ! Lui seul le sait. Mais, encore une fois, à tous ceux qui le pensent en lisant ces quelques phrases, oui, les policiers n’ont pas à enfreindre la loi qu’ils sont censés faire respecter.
J’attire juste l’attention sur les motifs qui guident la commission d’une infraction, qui sont systématiquement partie prenant à cette même infraction. Pour ce faire, je met de coté les infractions liées au séjour des étrangers ; rien à voir ci. Et je me retrouve avec une très grosse majorité des infractions qui ont pour motivation l’argent.
Encore une fois, cela ne semble pas être le cas ici !
Alors, de quoi parle-t-on ? De la conduite de véhicules de luxe prêtés ? D’un voyage payé par un homme qui fait partie du milieu de la nuit ? Certes, c’est très maladroit ; surtout, ai-je envie de dire, de la part d’un policier de haut rang. Cela mérite-t-il la détention provisoire ?
Les policiers sont aujourd’hui partagés par cette affaire.
Certains voient dans ce « mandat de dépôt » une sorte de « mal nécessaire », un « ménage qui se doit d’être fait ». Ceux-là auront raison, selon moi, s’il y a eu enrichissement personnel. L’avenir nous le dira.
D’autres y voient une espèce de « compensation », partant du principe qu’un « gardien de la Paix aurait plongé depuis longtemps…. Alors, un Commissaire qui tombe, pour que ça soit le cas, il doit être bien pourri ». Je ne fais pas non plus partie de cette catégorie ; Nous œuvrons tous dans le même but. Empêcher de nuire les criminels et autres délinquants. Du gardien de la Paix au Directeur ; chacun à sa place, dans son rôle. Ceux qui parlent de cela y font, rapidement, des rapprochements, avec ce qui semble plus commun aux policiers, que la presse appelle les «bavures » ; un policier est mis en cause pour, souvent, des violences. Faits ayant souvent pour origine, la voie publique (où ce sont, pour la plupart du temps, effectivement, les gardiens de la Paix, puisque ce sont eux qui sont au contact du public).
Dernière catégorie de policiers: ceux qui sont dans l’incompréhension. Dont je me rapproche le plus, vous l’aurez compris, et je m'en suis expliqué.
Pour avoir eu à gérer des « sources » (peu, mais cela m’est arrivé), je puis dire que c’est très compliqué, tellement la marge de manoeuvre est restreinte. Donc, je ne serai pas celui qui jette la pierre à Neyret. Pas aujourd’hui en tous cas.
D’ici quelques mois, l’affaire n’intéressera plus la presse. Et nous en saurons un peu plus. Peut-être me devrais-je alors de réviser ma position, pour dire, finalement « il est pourri, c’est normal qu’il tombe ». Nous verrons bien.
Ce soir, cette affaire franchit un nouveau pallier ! Voilà que l’avocat de Toni Muselin, ce transporteur de fonds qui a réussi à détourner un fourgon blindé, et le vider….. voilà que son avocat avance la thèse selon laquelle il serait possible que Neyret soit à l’origine de la disparition des quelques deux millions et demi d’euro qui n’ont jamais été retrouvé ! ? Neyret serait donc, finalement, LE parrain de Lyon ? C'est cela qu'on sous-entend, désormais?
Donc, on fait quoi, par là-bas? Que doit-on faire en Rhone-Alpes ? On ressort toutes les affaires que Neyret a traitées, de près ou de loin ? On remet en causes la probité des dizaines, voir centaines d’enquêteurs qui travaillent ou ont travaillé sur place, ainsi que leurs résultats ? Comment doivent-ils réagir ? Je me met à leur place. Comment travailler dans la sérénité, puisque toutes les affaires qui vont désormais sortir verront la suspicion jetée par n’importe quel avocat. Je crois que nous sommes à l’aube de nombres d’écrans de fumée qui vont être jetés par les avocats dans les travées du Palais de Justice de Lyon !
Bref, c’est à ces collègues que je pense, actuellement, et aux difficultés qui doivent être les leurs pour gérer sereinement les affaires en cours. Voir même à venir. Je vous souhaite bon courage. Le métier n’est, habituellement, déjà pas facile ; mais là, il prend une tournure bien plus que délicate.

dimanche 2 octobre 2011

Tremblement de terre dans la maison PJ


Difficile de ne pas parler de ce qui se passe actuellement à Lyon. A l’instant où j’écris, pas moins de six policiers sont en garde à vue dans les locaux de la Police des Police. Les bœufs, comme on les appelle.
Avant tout, il faut se méfier de ce que dit la presse. J’y ai déjà lu des affaires que j’avais traitées, et les articles ne ressemblaient en rien à la réalité, tant les journalistes cherchent à faire du sensationnel. Donc, attention, méfiance. A ce titre, j’engage tout le monde à la plus grande prudence dans les termes employés, y compris au sein de notre institution.
Ce qu’on peut lire en ce moment : une affaire traitée par la Brigade des Stups de Paris l’année dernière. Des objectifs qui prennent la fuite. Et l’enquête qui mène aux policiers lyonnais. Ainsi, peut-on entendre parler de comptes bancaires en Suisse, de voitures de luxe prêtées à Mr Neyret lors de séjours sur la Côte d’Azur, ou encore, de produits stupéfiants vendus au profit du Commissaire !







Je n’ai qu’un mot à l’esprit : DINGUE
Je ne connais pas Mr Neyret, ne l’ai jamais eu en tant que chef de service, puisqu’il a passé une grande partie de sa carrière en Rhône-Alpes. Et pourtant son nom m’était connu. Sa réputation dépassait la région, voir même les frontières hexagonales. C’est avec des collègues étrangers, justement, que j’en parlais, il y a peu. Et ils n’avaient qu’un mot pour en parler : grand flic. Mr Neyret m’était décrit comme un flic, un vrai. Un de ceux qui a une réelle connaissance du traitement de la voyoucratie. Il ne se contentait pas, ai-je envie de dire, d’être un Commissaire, DRH de son service, administratif à toutes heures, comme on ne le voit que trop de nos jours. Il avait la connaissance du terrain. De son terrain de jeu, ai-je envie de dire.
Il n’y a pour moi, finalement, qu’une seule question qui vaille le coup d’être posée, et elle conditionne tout le reste de cette affaire : y a-t-il eu enrichissement personnel ?
Si c’est le cas, eh bien… tant pis. J’ai la naïveté de penser… d’espérer (je ne sais pas trop, en fait) que ce n’est pas le cas. J’ai l’impression que Neyret paye pour tout un système.
Un système ou les flics côtoient des informateurs ; et je puis vous dire qu’il est extrêmement difficile de gérer des informateurs. On imagine bien qu’un informateur, pour avoir de la substance, doit être au cœur de ce qu’il amène. Avec un rôle plus ou moins important. Et cet homme, qui prend des risques inconsidérés, a également des demandes. Toute la difficulté est là. Que donne-t-on en retour de l’information ? Quel est le prix de cette information ? C’est bien de ce système dont je parle. C’est bien de ce système dont il sera question dans ce qui est maintenant « l’affaire Neyret ». Et pourtant, la PJ a besoin d’informations. Elle a besoin de savoir ce qu’il se passe dans le milieu.
Aujourd’hui, le système veut qu’il y a peut-être, parfois, des non-dit, des prises de risque, par le policier. Mais, une chose est certaine et soyez-en convaincus : ce flic de PJ qui, de par sa fonction, gère les informateurs, a toujours en tête, et fonctionne toujours dans le seul but de mettre les voyous derrière les barreaux. Et qu’ils y restent le plus longtemps possible, afin de ne pas nuire à la société.
Bref. Je suis attristé, en fait. La PJ, ce métier que j’aime, cette passion, cette spécificité policière, qui a besoin de reconnaissance au sein de l’institution « Police » comme en son extérieur …. Cette maison, dernière roue du carrosse « POLICE » qui a tant besoin de moyens, matériels, humains, et mêmes juridiques, n’avait, en revanche, aucun besoin d’être en première page de tous les journaux, alimentant la rubrique des faits divers…. Auteurs.

jeudi 25 août 2011

L'argent, l'argent.... eh bien il n'y en a plus!


Cela fait plusieurs jours, voir plusieurs semaines ou mois, que l’on parle d’économies. Comment faire des économies, ou prendre l’argent, éventuellement « à qui » ? On montre du doigt, notamment,  le train de vie de l’Etat. 
Et j me suis posé cette question ; à mon niveau, ce dont je peux témoigner, ou peut-on faire des économies, sans que le service public puisse en être affecté. 
J’ai trouvé trois exemples, et un contre-exemple. 
La première chose qui me soit venue à l’esprit : les frais de justice. Ceux qui font payer la police et/ou la justice. Et je vise là, principalement, les opérateurs téléphoniques. Il faut savoir que la moindre identification de ligne téléphonique est facturée ; à peu près huit euro (du souvenir que j’ai d’un opérateur). Une écoute d’une ligne téléphonique est, elle aussi, facturée ; une centaine d’euro pour la mise en place, et un forfait mensuel. Une facturation détaillée d’une ligne téléphonique est facturée au mois. Tout cela revient, à l’échelon national, à plusieurs centaines de milliers d’euro. Je ne parle pas de certains opérateurs qui peuvent mettre jusqu’à trois mois pour répondre (j’ai reçu, aujourd’hui 25/08, une réponse à une demande du 05/05). Et, en l’absence de réponse, il peut arriver que le dossier n’avance pas. Et s’il n’avance pas…. Je fais le parallèle avec le contrat qui lie les opérateurs et l’Etat, qui est renouvelé périodiquement. Je m’étonne toujours que, dans les négociations avec ces opérateurs, l’Etat ne fait pas baisser ces tarifs ; et, en allant plus loin, pourquoi payer pour ce qui ne représente que des manipulations de fichiers informatiques ? 
Je vois ensuite un peu plus près de moi ; un exemple concret : il y a de cela quelques mois, une grande entreprise parisienne a déménagée ses bureaux. En ajustant son devis, cette entreprise a estimée qu’il lui revenait moins cher d’acheter du mobilier neuf. Par une connaissance interposée, ce matériel a été proposé à mon service, pour une somme modique. Pour donner un ordre d’idée, les bureaux étaient vendus 15€ et les caissons d’accompagnement 5€. L’autorisation a donc été demandée au service administratif pour équiper le service, ou au moins une partie, de ce mobilier. Refus catégorique du service administratif, qui a obligation d’acheter le matériel à un endroit bien déterminé. Le prix d’un seul bureau en vaut dix de ceux qui auraient pu être achetés. Allez comprendre ! Du coup, les fonctionnaires ont acheté leur bureau avec leurs propres deniers!
Et c’est comme ça pour tout le matériel ; obligation de le prendre chez tel fournisseur ; si le même produit est trouvé ailleurs, moins cher, eh bien tant pis. On préfère payer plus cher ! 

Pour le dernier exemple, j’ai regardé par la fenêtre de mon bureau. En quelques semaines, au moins deux cérémonies ; l’une pour introniser un haut fonctionnaire parisien, et l’autre pour la libération de Paris. Qui dit cérémonie, dit, plusieurs jours avant, mobilisation des services de police pour le balisage des zones d’interdiction de stationnement, plus tard l’enlèvement des véhicules dans tout le quartier. Tout cela représente un cout fonctionnaire énorme ; je ne parle pas des mesures de sécurité le jour de la cérémonie, elles sont inévitables. juste avant la cérémonie, il convient de tout nettoyer ; tout ce qui ne l’est pas d’habitude ; mais là, pour recevoir les hauts fonctionnaires, ça doit être propre. Après tout, ceux qui y travaillent dans ces locaux toute l’année, tant pis ! Ca peut être sale ! Ah, oui, le fameux tapis rouge est de sortie, bien entendu ! Ensuite, on installe des petites tentes, pour le « gouter » de ces messieurs. Je vous rassure, ce ne sont pas les restes de la cantine. Et l’eau n’est pas du robinet !  Je passe la cérémonie, en elle-même, qui ne me pose aucun problème. 
A cela, je fais un parallèle avec le service qui m’emploie. Depuis deux ans, les « vœux » de début d’année ont été tout bonnement supprimés ; au motif qu’en période de crise, cela paraissait « déplacé ». Peut-être. Sauf que pas un seul centime de fonds publics n’était utilisé pour cette soirée qui permettait de réunir les personnels du service, et les partenaires qui contribuent, avec nous, au bon fonctionnement des enquêtes. Rien n’y fait, c’est ainsi. 
Maintenant, les économies que l’on nous impose, du moins, un exemple : depuis cet été, nous avons un photocopieur pour un étage qui sert d’imprimante réseau. Ce photocopieur sert donc à environ vingt personnes. Très pratique lorsque l’on fait, la majeur partie du temps, du feuille à feuille. Sur une journée, j’imprime une moyenne de 30 documents. Je ne parle pas de ceux où je constate, après impression, qu’il y a une erreur !  Certains de ces documents sont juste des documents de travail, d’autres des procès-verbaux d’enquête ou des réquisitions judiciaires. Et donc, à chaque fois, je vais sue le palier chercher mon document. Je retourne à mon bureau pour le signer, et le « Marianner » (tamponner), et éventuellement, je repars dans l’autre sens, pour, la plupart du temps, le faxer. Je ne parle pas des éventualités (qui se produiront) lorsque le photocopieur tombera en panne ! 
Bref, j’envisage d’acheter ma propre imprimante ! 
Tout ça pour dire que des économies, on peut en faire. Mais l’Etat et son administration sont tellement sclérosés par leurs propres règles, qu’il est difficile de faire quoi que ce soit. Par contre, on baisse le nombre de fonctionnaires, on baisse leurs moyens, mais surtout, ils doivent faire mieux, et s’il vous plait, avec le sourire. 

jeudi 7 juillet 2011

L'avocat en garde à vue: première


Et voilà, je me sens bien obligé d'en parler.
Il y a quelques jours, j'ai donc vu débarquer, dans mon bureau, un avocat, conseil d'un gardé à vue.
Comment cela s'est-il passé, me demanderez-vous?
Eh bien il ne m'a pas mordu, c'est déjà une bonne nouvelle.
Plus sérieusement, il n'y a aucune raison que cela se passe mal, de toute façon. Ce qui est critiqué, c'est le principe; il ne faut pas non plus s'attendre à des batailles rangées dans les bureaux! Nous sommes entre personne intelligentes (en général, hein).
Mais, encore une fois, c'est en amont, que le bas blesse. J'y reviendrai, mais les premiers chiffres commencent à arriver, et l'on s'aperçoit que les faits élucidés baissent de 9% sur le mois de Juin. Un hasard? Je n'y crois pas. Même si l'avocat n'est pas responsable de tout, ces chiffres sont le reflet de plusieurs choses: on est dans une période d'incertitude. Les collègues, sur le terrain, ne savent plus s'ils peuvent interpeller. Et, ayant peur des sanctions, en cas de doute, ils ne le font pas. Ensuite, il y a l'écoeurement qui revient très souvent, chez nombre de policiers. Ce n'est pas très motivant que d'avoir toujours plus de contrôle, toujours moins de confiance dans les troupes. Et l'avocat, présent en garde à vue, est une autre raison. Combien de mis en cause ont fait droit au silence, en garde à vue, parfois sur le conseil de leur avocat? Et lorsque vous n'avez pas d'élément matériel, le but du policier est tout de même de confondre le gardé à vue dans ses mensonges et contradictions. Et cela, donc, on ne peut plus le faire. Ce qui conduit à la libération de nombre de gardés à vue. Le tout, eh bien c'est 9% d'élucidation en moins.
L'avocat, revenons-y.
A-t-il servi à quelque chose dans le but que le gardé à vue "parle" un peu plus? Je n'y crois pas. peut-être aurais-je osé crier plus fort sans avocat (c'est une réalité, et je ne le nie pas, je l'assume). Et, encore une fois, je parle de crier, pas frapper; ne pas confondre... Mais sur le fond, rien. La seule remarque de l'avocat, à l'issue de l'audition n'a fait que rappeler ce que j'avais déjà écrit trois fois dans l'audition.
Ensuite, je me dois de raconter cette petite anecdote, tellement elle m'a fait rire:
nous étions en audition, donc; un gardé à vue, l'avocat à coté, l'interprète plus loin et moi-même. L'audition se passe, je pose mes questions, l'interprète traduit les questions, puis les réponses. Et, au bout d'un moment, l'interprète de s’esclaffer: "Maitre, vous êtes fatigué? je vous ennuie, peut-être"?
Et moi, de lever les yeux, et de voir l'avocat, effectivement, qui piquait du nez. Lui, gêné: "mais non, mais non, madame". J'avoue que je n'ai pas pu m'empêcher de sourire avec l'interprète.
Et pan.
Pour avoir discuter un peu avec l'un ou l'autre de ceux qui sont venus, ils m'avaient l'air fatigués, les "baveux"; l'un sortait de 96h sur un trafic de stupéfiants, et reconnaissait que, de toute façon, ils ne pourraient pas durer très longtemps comme ça; pendant qu'ils sont en garde à vue, ils ne sont pas au cabinet, à poursuivre leurs dossiers; ajoutez à cela les audiences. Bref, ces messieurs sont fatigués!
Et l'un d'entre eux de reconnaître que, selon lui, après l'été, il faudrait trouver un autre système. A ce qu'il m'a dit, le barreau de Paris est passé de permanences de 15 avocats à 46, par jour. Et certains de ceux qui sont venus ont reconnu ne plus faire de permanence depuis quelques années, et aider le barreau, de temps en temps, après avoir été harcelés par SMS. Bref, il fallait que ça marche.
Un autre m'a fait sourire, aussi, lorsqu'il m'a dit que, selon lui, il faudrait interdire les auditions entre 23h30 et 07h00. Ben voyons.
Bref, cette première rencontre s'est déroulée.... comme on pouvait s'y attendre. Encore une fois, nous n'avons pas les mêmes intérêts. Ça n'empêche pas, que ce soient les avocats ou les policiers, nous ne sommes pas des hordes d'abrutis qui vont se taper dessus.
Place à l'affaire suivante.

dimanche 3 juillet 2011

Cinq jours de folie...


1 vol à main armée, 500.000€ de préjudice, 3 braqueurs interpelés, 5 jours d’enquête, 69h de travail réparties sur 4 jours1/2 et 488 feuillets de procédure photocopiés par quatre.
C’est là le bilan de la petite semaine qui vient de s’écouler. Et,  le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a été intense; à plusieurs titres, d’ailleurs. Physiquement, on peut l’imaginer, et émotionnellement, également. Ce qui parait moins.
Cette affaire est l’une de celles qui compte. Il y en a une par an, à peu près. Comment juger une affaire ? Parce qu’elle réunit, au final, plusieurs éléments : bien évidement la réussite, le fait que les malfaiteurs soient arrêtés. Mais aussi parce que le déroulement de l’enquête fait qu’il y a un sentiment du travail bien fait. Il fallait procéder à X investigations ; et la chance, mêlée au travail (il faut des deux, pour faire une belle affaire) fait qu’au bout, il y a interpellation. Pour le coup, ce n’était pas évident, puisque l’horloge tournait. Des auteurs étrangers, susceptibles de retourner dans leur pays. Pour être efficace, il fallait faire vite. Après, cela serait devenu beaucoup plus compliqué. Mais tout a bien fonctionné. Une ficelle en amenant une autre, 30h après les faits, les auteurs sont interpelés. Mais c’est une chose, que d’interpeler. Une bonne chose, mais ce n’est toujours que la moitié du chemin (bien sur, le chemin du policier, pas de la justice). Il faut ensuite continuer les investigations pendant la garde à vue. Et là, ce n’est plus pareil. Le temps s’écoule. Le temps, pour le coup, c’était 96h au maximum, puisque l’on tombe dans un régime de criminalité organisée.
Et là, on découvre avec stupéfaction les réalités de la nouvelle procédure. Non pas que l'on n’était pas prévenus (quand-même), mais là, il a fallu mettre en application.
Dès le début, les complications nous sont apparues : les interpelés ne parlent pas un mot de français. Il est 18h passé, et l’on est à deux jours des vacances scolaires estivales. Coté interprète, on ne décroche pas beaucoup ; les messages sont laissés, mais peu de réponses, encore moins de rappel. C’est le premier problème. Il faut ensuite faire les perquisitions. Et le seul qui parle à peu près le français veut un médecin et un avocat. Soit. On appelle l’avocat, et on se met d’accord pour le rappeler à l’issue de la perquisition. Cela s’éternise un peu ; pour cause, il y ‘a d’autres interpellations qui sont intervenues entre temps. Ok. L’avocat vient aux nouvelles ; ça tombe bien, mais le mis en cause doit aussi voir un médecin (eh oui, on se doit de montrer le certificat médical du médecin à l’avocat). « Maitre, je vous rappelle dès que votre client a vu le médecin ». Donc, on va voir les unités médico judiciaire (ce service est désormais obligatoire). Et là, deuxième problème : il y a 8 personnes en attente, et c’est l’heure de la pause déjeuner des médecins. "rappelez dans deux heures, messieurs". Ok. Finalement, on rappelle l’avocat, pour qu’il puisse venir par commencer à s’entretenir avec son client.
Notons, au passage, qu’il est déjà 23h. ok, une demi-heure d’entretien. Maintenant, il faut retourner voir le médecin. Au bout d’une demi-heure d’attente, le médecin : « messieurs, il faut aller aux urgences ». soit ; on va aux urgences. Il doit bien y avoir une raison.
Aux urgences, premier médecin « il faut passer une radio ». ok, va pour la radio.
J’oubliais, il n’y a, au service, qu’un seul interprète. Et il y a 2 GAV à assister ; ça veut dire les auditions, les entretiens avec l’avocat, le médecin. Bref, tout.
Il est 1h du matin. Le médecin revient ; « pour nous, c’est ok ; il faut retourner aux UMJ » ; ok. Et là, c’est l’attente… l’attente… l’attente. Il est 7h du matin lorsque les deux policiers et le mis en cause ressortent. Mais, heureusement, il n’a rien. Même pas un petit doliprane pour le mal de crâne ; tout va bien. Ouf, on a eu peur (ironie).
Il a bien fallu ramener l’interprète ; vu que rien ne se dessinait chez le médecin, à 3h30, il est décidé de le ramener. Interprète qui, bien sur, se doit d’être présente à nouveau le lendemain à 09h05. Pourquoi les 5 minutes ? C’est le retard autorisé, pour le peu de sommeil de la nuit (c'est bon, je plaisante).
Plus sérieusement. On est quand-même sympa ; on ne va pas laisser l’interprète rentrer en taxi. Allez, on la ramène. Vous habitez où ? ah…. C’est… à l’opposé de chez moi.  Ce n’est pas grave, allez ; une petite heure de voiture… trankilou.
Allez, maintenant c’est dodo. Ah, mais pas trop longtemps. Eh oui, il y a des auditions, à faire, quand-même ! Allez, à 08h30, on y retourne. Il y a les premières recherches à acter ; On fait les premières auditions, les recherches qu’il y a à faire. Mais, très vite, il faut penser à la prolongation de GAV. Et c’est présentation au parquet, maintenant. Finalement, il n’y aura pas de présentation. Bon, c’est déjà ça de gagné. On notifie les prolongations de garde à vue, on appelle les avocats pour les entretiens. Cette fois-ci, c’est retour maison à 22h30. La chance.
On arrive le lendemain à 08h30. Il faut faire de nouvelles auditions ; et donc, prévenir les avocats. On attend, en moyenne, 3/4h, 1h pour qu’ils arrivent. On a de la chance, on a un 2èmeinterprète. Ok. Mais tout se bouscule quand-même. Il faut jongler avec le temps. Ok. Et là, en fin de matinée, maintenant qu’il y a un interprète, on entend le mis en cause qui ne veut pas d’avocat. Bingo, maintenant, il en veut un. Ok. Appel au barreau, l’avocat rappelle. Il sera là dans 45mn. Ok, pas de problème.
1h plus tard, il est là. Ah, mais oui ; il faut un entretien, maintenant. Allez ; 20 minutes. On commence l’audition, il est 13h, environ. On pose les questions, toutes les questions…. A l’issue « maitre, avez-vous des questions à poser à votre client ». Ca, c’est fait. Au mis en cause « vous êtes certain de n’avoir rien de plus à dire » ? Et ce dernier « est-ce que je peux m’entretenir avec mon avocat, en privé ». Et là, qu’est-ce qui me prend ???? J’en sais rien, la fatigue, certainement : « d’accord ». Et c’est parti ; on descend. Petit entretien rapide. On remonte « j’aimerais modifier quelques déclarations ». Très bien, on continue, mais en fait, on recommence, puisqu’il faut expliquer les mensonges. Ils s’expliquent. Ok. Sauf que le défèrement était prévu à 18h. Mais là, devant les dernières déclarations, il y a de nouvelles investigations à faire. Allez, va pour la prolongation. Mais là, c’est JLD obligatoire. Ok y va. Il nous attend.
Et là, c’est le show ; on arrive au JLD. Les prolongations GAV passent en priorité, devant les détentions provisoires. Saut que le juge est occupé ; Ok ; on attend 10mn, 20mn, 30mn…. Euh…. La fin de GAV, c’est dans 20mn, là. Ah, j’oubliais. Bien sur, il n’y a plus qu’un seul interprète (eh oui, l’autre est au TGI, chez le JLD). Et pourtant, l’interprète va devoir partir ; week-end, vacances…
Bref, le JLD accorde ses prolongations ; pour l’un des GAV, à 5mn près ! Retour service, et il faut notifier ces prolongations. Et là, c’est médecin obligatoire pour tout le monde. Ouf ; cette fois-ci, c’est le médecin qui va passer. On appelle les avocats. « Maitre, votre client est prolongé, et on va procéder à de nouvelles auditions ». Forcément, la version d’un malfaiteur a changée ; il faut donc en parler aux autres. C’est reparti. les auditions se terminent, il est une heure du matin passé.
A priori, on n’aura rien de plus dans les auditions. Ok. Retour maison après, il faut l’avouer, une petite bière au passage, pr se détendre un peu des quelques heures de stress passées….
Déferement prévu samedi à 14h. le temps de monter la procédure, faire les photocopies, les quelques actes qui manquent, les fins de garde à vue, la numérotation des feuillets… c’est parti.
Voilà, il est 14h, départ pour le TGI. Il y a donc 488 feuillets de procédure.
Ce qui est certain, c’est que cette équipe, qui vient d’être interpellée, est d’un très bon niveau (si si, même s’ils ont été interpelés, il y a une organisation qui dénote de ce que l’on voit habituellement). Et ceux-là, sont de ceux que l’on peut appeler les « beaux » voyous ; même si le terme est ambiguë. Ils sont respectueux des policiers ; quand bien-même on « joue » les uns contre les autres, il n’y a pas de problème. Pas un mot plus haut que l’autre. Du respect. Et, parfois, même, de l’humour. On peut discuter cinq minutes au détour d’une cigarette autorisée. Bien sur, rien qui ne puisse être en lien avec la procédure en cours ! Parler des quelques connaissances communes (un homme interpellé quelques années auparavant, connaissance du malfaiteur ici présent). Et pourtant, les choses sont claires ; il y a le voyou et les policiers. Chacun reste à sa place. Mais, par rapport à la situation tendue du début, tout s’aplanit au fil du temps. Les langues se délient, les contradictions s’effacent.
Ah, mais il faut y aller. Le Proc attend la procédure, et le dépôt attend les mis en cause. Qui  seront probablement bientôt mis en examen.
Ah, j’oubliais ; une autre grosse affaire est tombée, entre temps. Lundi, c’est reparti comme en 40 !
Sauf que, en plus, je suis de permanence pour le week-end. Enjoy.