jeudi 25 avril 2013

Je me souviens

     Je me souviens de mon arrivée dans un mon premier service, un commissariat mythique du Nord Est parisien. Classé dans le ventre mou d'une promotion devenue plus sélective d'officiers (en vue du "pyramidage" du corps, une vaste pantalonnade, mais j'en reparlerai), je n'avais guère le choix quant à la nature des fonctions exercées. Les meilleurs postes - et c'est bien normal - étant bien sur prisés des anciens qui travaillaient pour ça (par là j'entends les anciens membres du corps d'encadrement et d'application: les gardiens et gradés ayant réussi le concours interne ou externe d'officier ou recrutés au choix comme les brigadiers major). Je voulais quoiqu'il en soit faire du "judiciaire". De la police judiciaire, des enquêtes en gros. Ou en détail.
     Je n'aurais pas détesté faire de la voie publique (service général), en tenue j'entends, mais mon choix était fait. Rien n'empêche d'ailleurs d'aller sur le terrain en judiciaire. Bref. J'ai donc opté pour un S.A.R.I.J (Service d'Accueil, de Recherches et d'Investigations Judiciaires)  de l'ex D.P.U.P (Direction de la Police Urbaine de Proximité). En deux mots la sécurité publique de la Préfecture de Police. La "PP",  cette "vieille dame qui n'aime pas qu'on la prenne par derrière" (voir "36", d'Olivier Marchal). Le choix se fait au sein du grand amphithéâtre de l'école, scène très justement retranscrite dans divers longs métrages, dont "Le petit Lieutenant" (Ici).

     J'étais heureux de "tâter" du judiciaire, dans un arrondissement qui "bougeait". Je vous passe les détails de l'arrivée et du détail de l'installation à Paris de provinciaux. Puis j'ai été reçu par le Chef de service, car en bon fils de famille bien élevé, je suis venu me présenter. Une femme. Dure. Elle m'a dit, après m'avoir serré la main, certainement pour me mettre à l'aise : "Je n'ai pas besoin de vous ici, des officiers, j'en fais sortir dix en tapant dans n'importe quelle poubelle". Ambiance, j'aurais eu quinze ans de boite je lui retournais le bureau sur la gueule (c'est une image, ne vous affolez pas). Après tout j'ignorais tout des arcanes de la boite. Lorsqu'elle a été mutée, elle m'appelait par mon surnom comme tout le monde.

     En effet des officiers, il y en avait un paquet, une véritable armée mexicaine (j'en vois ricaner certains au fond, j'ai l'oeil, tenez vous un peu nous ne sommes pas à la cafétaria). En fait de quoi, la prétendue pyramide du service tenait plus de la bouteille d'Orangina que des merveilles d'Egypte. Un beau bordel.
     Et pourtant certains d'entre eux, gardiens, gradés et officiers, m'ont appris mon métier, avec patience, et donné le goût d'une procédure pour laquelle je commence à développer d'inquiétants TOC. Souvent accompagnés de phases de rechute d'une mauvaise rémission de Gilles de la Tourette, les jours de grande fatigue.
     Certains d'entre eux sont partis aussi, subitement. Laurent, si tu me lis, pose ta bière et ta putain de clope et arrête de ricaner sale enfoiré. Tu me manques.  

     Je me souviens de ma première interpellation dans mon premier service. Un jeune (le prénom a été changé), mineur, avait arraché le sac d'une pauvre vieille sans défense, pour quarante euros, et l'avait traîné sur quelques mètres, car elle ne lâchait pas prise. La vieille carne ... Elle a osé s'ouvrir le crâne et dégueulasser de sang (le "résiné" dans le jargon) le hall de son immeuble, car bien évidemment elle avait été attendue par son "prédateur".
     Je me souviens des insultes de ce petit con, qui juraient avec le calme olympien des collègues qui m'accompagnaient, dont les mères étaient de longue date rhabillées pour de nombreux et rudes hivers. J'ai envié leur flegme, je bouillais intérieurement.
     J'ai pu constater durant les cinq ans que j'ai effectué dans ce commissariat, que le vol avec violences est le délit le plus communément rencontré. Une telle banalisation a de quoi faire peur. Surtout qu'en cinq ans la violence avec laquelle ils étaient commis a fait un bond effrayant.

    Je me souviens de ma première enquête décès. L'enquête décès, à proprement parler enquête en recherche des causes de la mort, est prévue par l'article 74 du Code de Procédure Pénale, lesquelles causes peuvent être naturelles, ou s'avérer violentes (suicide, accident par exemple), voire criminelles auquel cas le cadre d'enquête est amené à évoluer (enquêtes préliminaires ou flagrantes, voire commission rogatoire). Là encore, une petite vieille, morte seule, sans bruit. Il n'y avait rien de suspect bien sur, presque une formalité. Je parle bien naturellement de l'enquête elle-même, car au fond la vue d'un cadavre (un Delta Charlie Delta soit DCD en language châtié) est toujours dérangeante. On ne s'y habitue totalement jamais, quoiqu'en disent certains. Et comme bien souvent dans la formation, les collègues ne sont préparés qu'aux situations bien cadrées et aseptisées. Petite pensée aux collègues courageux de l'été caniculaire.

    Je me souviens également de ma première autopsie, pour rester sur les mêmes plates bandes.
    Une enquête décès "banale", si tant est qu'un décès puisse l'être, une histoire sordide de plus (l'autopsie est ordonnée par les membres du Parquet, directeurs des enquêtes - en l'espèce - , la référence qui va bien ici). Un Institut Médico Légal a toujours un air de je ne sais quoi, dérangeant, il y règne une ambiance vraiment particulière. Curieusement, les bâtiments les abritant ne sont jamais accueillants. J'arrive, le corps est sur la table, seul un mince drap le recouvre. Rien qui ne permet de couvrir l'effluve pestilentielle qui flotte, omniprésente.
     Nous sommes au mois de juillet, il fait une chaleur de bête, l'humidité est pesante. La climatisation souffreteuse est loin d'être suffisante. Cette odeur ... Car il n'y a vraiment que cela qui est indisposant. La vue d'un cadavre, putréfié, saponifié (détails ici), voire momifié n'est rien en comparaison. A mon humble avis. Car l'odeur c'est la tienne, celle que tu as toujours dans le nez mais que tu ne sens véritablement jamais. Animale, intérieure, crue.
    Les gestes du praticien,  débutent, par les "crevées" pratiquées dans les membres supérieurs et inférieurs, sur les deux faces, afin de mettre à jour d'éventuels traumatismes et/ou hématomes. Brutal. Le corps humain est fascinant, si résistant et fragile à la fois. Puis l'incision du tronc (en "Y" ou mento-pubienne, au choix). Là on atteint le coeur du sujet (oui, elle est aisée), après que les côtés ont été sectionnées. Le professionalisme du légiste est capital, pour dépersonnaliser la chose. En toute circonstance, il te faut garder le but en tête: découvrir les causes de la mort. Ne subsiste que l'odeur, au sujet de laquelle je déconseille vivement l'usage de pommades type Vicks qui ne font que dégager les voies aériennes, et laissent entrer davantage de miasmes. Sur ce point, le port d'un masque est utile, l'impression de "sentir la mort" après un contact avec un cadavre étant due à ces mêmes miasmes présents dans les cloisons nasales. L'emport d'un spray type stérimar est chaudement recommandé. Extractions des organes internes, pesée, scellés (humeurs vitrées, contenu gastrique, sang tissus, urine, etc ... ). Puis la boite crânienne. Craintifs des dentistes, fuyez !! La roulette d'icelui c'est de la flûte à côté. La phase la plus impressionnante restant toutefois la dépose du "masque" du visage après incision du cuir chevelu. Et la découpe de la boîte crânienne donc. Le reste c'est de la littrée rature non ?

    Je me souviens de mon premier avis parquet, une réussite (une C.E.E.A soit Conduite sous l'Empire d'un Etat Alcoolique, autant dire un non évènement en terme de compte rendu). Je me souviens également du premier où je me suis fait déchirer par un Parquetier, pour ne pas avoir, je cite, "assez maîtrisé mon dossier". J'en garde un souvenir amer mais la meilleure expérience aussi. Le substitut en question, lassé d'une longue semaine de permanence et d'appels trop approximatifs comme le mien, avait probablement  les "couilles à l'envers" lui aussi. J'ai su me rappeler à son bon souvenir dans des circonstances plus heureuses. Professionnellement également.

     Je me souviens également de ma première garde à vue. Celle que j'ai notifié, sinon je ne serais pas là pour en parler, bien que nous n'en soyons plus à une aberration près. L'acte le plus important et le plus grave - le plus décrié - en tant qu'officier de police judiciaire (O.P.J), le plus banalisé aussi. Par manque de recul, par peur de la pression, de "Môssieur" le Chiffre, par nécessaire réserve ou manque de celle-ci. Je n'ai pas souvenir d'avoir pris une garde à vue sur instructions, si ce n'est celle du magistrat. Je n'ai à ce jour pas de deuxième trou au cul.

Ndlr: certains semblent confondre la qualité d'officier de police judiciaire, qui peut être, et est désormais souvent commune aux trois corps de ma "maison" et celle d'Officier, grade, "qualité" administrative, purement structurelle et hiérarchique. Ceci appellera surement précision bien que le sujet ait été largement abordé ailleurs (organisation par )

     Je me souviens de mes premières surveillances et filatures. Les filatures que tu rates immanquablement au début, parfois même après, même avec l'expérience (je parle de moi hein). Des repas avalés à la va-vite dans les voitures, des kebabs couinant de gras, des sandwichs anémiques, des Big Mac que tu jettes sur la banquette quand le mec vient "à sortir", à "tuber" ou je ne sais quoi pour pourrir le délicieux repas que tu étais en train de savourer. Je me souviens des nombreuses fois où je me suis fait baiser par un mec filé dans le métro, comme un bleu. On apprend beaucoup des autres, mais apprendre de ses erreurs reste la meilleure école.

     Je me souviens bien évidemment de ma première convocation à l'I.G.S, et de celles qui suivirent. Je me souviens du futal en cuir que portait le Capitaine qui m'avait entendu la première fois. Ca m'a aidé à me détendre, je l'imaginais avec son flacon de talc et je marrais. Je n'ai, à ce jour, toujours pas eu notification des décisions magistrales qui furent prises. Normal. Ou plutôt étonnant quand on connait l'empressement à saisir ledit service, et celui qui consiste pour l'administration à t'appuyer la tête sous l'eau et à te lâcher lorsque les emmerdes arrivent. Oups, mon devoir de réserve vient d'en prendre un coup derrière les étiquettes.

     Je me souviens bien entendu des pots, légendaires, souvent exagérés, parfois sous estimés, des départs, des arrivées, du turn over incroyable des collègues, des burn out, des défaillances, des réussites, qui ne peuvent bien souvent être que collectives malgré l'égo de certains. L'expression consistant à dire que la police est ta deuxième famille est loin d'être usurpée. Ne serait-ce que parce que si tu te "sors un peu les doigts du cul" pour être autre chose qu'un fonctionnaire, c'est celle que tu vois le plus souvent.

     Je me souviens d'avoir souvent ri, parfois pleuré, d'avoir été parfois remercié, souvent insulté, d'avoir entendu des horreurs sur ma mère,  d'avoir également partagé, de ne plus avoir été un flic souvent, d'avoir exercé cent métiers. Je me souviens d'avoir été complice, ou confident. D'avoir été confiant, mais plus rarement.
     Je me souviens avoir été intransigeant, mais également indulgent. Je me souviens de nombreuses histoires tristes ou drôles, de tranches de vie, de vies tranchées, bousillées, de renaissances, de moments de joie, mais plus certainement de tellement de visages.
      Je me souviens d'avoir été compris, plus souvent ignoré.    
      Je me souviens d'avoir eu à être sage.

      Je me souviendrai, c'est tout l'intérêt.

vendredi 19 avril 2013

un flic, finalement, c'est...




Avant toute chose, je tiens à remercier Kaptain'Flam de m'avoir rejoint sur ce blog. Lorsqu'il a évoqué ses envies d'écrire, j'ai immédiatement sauté sur l'occasion, en lui proposant de s'associer sur ces pages.
Il a désormais franchi le pas, posé quelques meubles, et j'espère qu'il se sent bien par ici, que la déco lui plait. J'en profite pour lui adresser un message personnel: Kaptain, range tes calbutes, s'il te plait ;)

Plus sérieusement, nous pourrons désormais à deux, tenter vous faire comprendre, au mieux, la manière dont nous fonctionnons, ce que nous pouvons ressentir, de l'Intérieur.
Et nous ne serons pas trop de deux à nous y employer.

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                                                        petit fond musical pour la lecture...

Depuis que ce blog existe, j'ai toujours eu la volonté de -re-dresser, en quelque sorte, l'image de la police. Démontrer, s'il le faut, qu'un flic, ce n'est pas juste des contraventions, des bavures, un pourri ou encore un alcoolique-dépressif qui met le nez dans la cocaïne  Parce que, au fond, c'est ce que je pense. Enfin, j'imagine que c'est ce que certains pensent à force de films et séries pleins de clichés.
A l'évocation de ce lieu qui sert, entre-autre, d’exutoire, alors que j'en discutais avec un ancien chef de groupe, celui-ci m'avait fait la réponse suivante:
"qui crois-tu que tu vas convaincre? Ceux qui apprécient la police le sont déjà; et les autres ne le seront pas plus"
Je ne sais, encore aujourd'hui, s'il a tort. Si j'ai pu, ne serait-ce qu'à une seule reprise, convaincre du bien-fondé de mon métier, et de ce que, sans être parfaits, nous y tendons sur chacune de nos enquêtes, sur chacune de nos interventions... si j'y suis arrivé une seule fois, j'en serai satisfait.

L'autre image renvoyée par le métier de flic, c'est le boulot "cool". On arrête les méchants, une bonne baston de temps à autre pour se défouler, des "filoches", des "planques"... c'est aussi une bonne bière après le boulot, un calibre à la ceinture, et éventuellement un uniforme pour séduire ces dames...
ah l'imaginaire...

Etre, flic, c'est aussi les " belles affaires" qui sortent, qui font notre fierté, mais aussi la réussite de nos supérieurs, en même temps que la une de certains quotidiens de presse. Si l'affaire est médiatisée, le Préfet est content; une ou deux fois, sur une carrière, on voit le ministre qui arrive, pour voir quelque somme d'argent, des stupéfiants, ou des armes saisies...
Et pourtant, tout cela ne représente que peu de choses, en fait.

Mais tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg, celle qui est la plus visible ...

J'ai tendance à résumer le bon enquêteur à un flic qui pose les bonnes questions.... mais surtout, qui sait à qui les poser, ces questions, pour en tirer de bonnes réponses.

Le boulot de flic, c'est chercher... chercher, et encore chercher... pendant des heures, des semaines, voir des mois...c'est passer des heures avec un casque sur les oreilles, à écouter ceux qui sont des objectifs; avec, bien entendu, toutes sortes de conversations. Je dis bien TOUTES sortes. Dont la plupart n'ont aucun intérêt pour quelqu'un d’extérieur à la conversation. C'est, en complément, passer des heures devant un ordinateur, à faire des recherches, toutes aussi variées les unes que les autres, pour identifier un individu, relier les individus entre eux, tenter de comprendre leurs interactions, que certains mettent tant de mal à vouloir nous cacher .
C'est rentrer chez soi le soir à vingt heures, après avoir passé près de douze heures au bureau. Et puis repartir, parfois au bout de quelques minutes, parce que "ça bouge", et entamer une filoche.

Etre flic, c'est aussi se lever parfois à quatre heures du matin, pour aller interpeller un suspect chez lui, alors même qu'il habite à l'autre bout du département! C'est retourner au service à midi, après la perquisition  les embouteillages, pour rédiger les procès-verbaux en relation avec la garde à vue, en ayant mangé un sandwich, sur le pouce. C'est finir le soir, à minuit passé, et revenir le matin au bureau, à huit heures, pour continuer à gérer la garde à vue. Si tout va bien, il n'y en a qu'un à gérer. Si ça va moins bien, il faut chercher d'autres gars, procéder à d'autres perquisitions.

Etre flic, c'est parfois voir arriver le vendredi, et se dire que, toute la semaine, on n'a pas -ou peu- vu les enfants... et c'est là qu'arrive une affaire. GAV ou saisine du vendredi... week-end pourri  Ce n'est pas encore là qu'on va passer un peu de temps en famille... et puis arrive, comme un cycle sans fin, le début de la semaine. Les dossiers qui sont toujours là, et sur lesquels il ne faut pas prendre de retard, ou en tous les cas éviter de l'accumuler... ce qui est, je vous assure, loin d'être évident. Bien sur, l'affaire qui "tombe", ce n'est jamais au bon moment, toujours lorsque l'on est débordé....

Etre flic, c'est aussi, parfois, une enquête de plusieurs semaines sans réussite. On cherche à sortir une affaire qui nous est confiée, d'en identifier les auteurs...  mais rien n'y fait! Tout se dérobe. Les pistes, les unes après les autres, finissent en impasse. Arrive un moment où l’investissement a été tel qu'on a du mal à se résoudre à l'échec. Alors on recommence. Peut-être depuis le début, ou par le biais d'autres pistes. Et toujours rien. On tire les ficelles les unes après les autres, et elles pètent toutes.

Alors, le flic, il rentre chez lui. Comme tous les soirs. Plus ou moins tard. Avec pas trop le moral.... les affaires n'avancent pas, l'ambiance du groupe n'est, de fait, pas au beau fixe, pour peu que le copain de bureau n'ai pas eu sa mutation, et le chef de groupe n'a pas eu sa promotion au grade supérieur, ou encore que l'affaire qui nous tenait à cœur ait été confiée à un autre service, soit-disant plus prestigieux ...
Comme le péquin moyen, ce flic, il va rechercher l'équilibre du foyer. Voir ses enfants, et puis sa femme..
Et puis, finalement, ce réconfort, il ne le trouvera pas non plus; parce que, à la maison, comme au boulot, eh bien ça ne va pas fort... les résultats à l'école du petit dernier ne sont pas bons, madame se dit qu'elle passe plus de temps seule qu'avec son mari, se demandant à quoi bon attendre.  Parfois... ou souvent, je ne sais pas, être femme d'un flic, surtout en PJ, c'est un peu sacrifier sa carrière professionnelle... parce que, forcément, si déjà le père n'est pas à la maison, il faut bien que quelqu'un y soit. Et, une carrière, ça se gère rarement entre 8h/12h et 14h/18h...

Je me dis parfois qu'être flic, avec une fonction de police judiciaire, c'est un peu d’égoïsme...

Il est une phrase que j'ai entendu dans tous les services de PJ où j'ai fait un passage:
 "l'essentiel, c'est de se faire plaisir".
 Je vois bien vos visages interloqués, à vous demander ce que peut bien signifier cette expression, alors même que l'on côtoie une misère sociale certaine, avec ou des victimes, ou des mis en cause...

Les enquêteurs ont bien souvent compris qu'ils n'avaient que peu à attendre de l'administration. La PJ n'est pas une spécialité, au sein de laquelle les avancements sont les plus rapides; pour vous donner un exemple, un flic de PJ qui se présente à un examen, ne va pas devoir réciter le Code de Procédure Pénale, mais plus certainement les différents régimes horaires pratiqués dans l'administration policière, ou encore lister les différentes catégories de sanctions... Il n'y a pas, non plus, en PJ, de facilité de mutation, bien au contraire; pour beaucoup, partir en mutation, c'est retourner en tenue. Peu importe l’expérience accumulée en judiciaire...
 Bref... se faire plaisir, c'est, pour celui qui est sur le terrain, être "bon" en filoche... pour celui qui est au bureau, c'est identifier l'auteur du crime dont il a la charge de l'enquête... pour un chef de groupe, ça sera de réussir à gérer l'humain comme les dossiers... bref, y trouver son compte...
Et pourtant... pourtant, parfois, le plaisir n'y est pas. Alors, que reste-t-il?
Comme le dirait un de mes camarades, "on est payé".... voilà, c'est ce qu'il reste. On fait le boulot, parce qu'on est payé pour ça, c'est le minimum "syndical". Point barre...

bref, tout ça pour dire que, finalement, un flic...
... un flic, c'est monsieur ou madame tout le monde. Avec ses hauts, mais aussi ses bas... qu'ils soient professionnels ou personnels... voir les deux.

Rien de plus.... rien de moins...
Pas mieux, mais pas moins bien non plus.

dimanche 14 avril 2013

Bio de poulet a varié (liste non exhaustive)

     Je suis né un peu avant le milieu des années 2000.
     A tout le moins pour l’homme que je suis devenu aujourd’hui.
     Mais avant cela, j’ai été élevé dans un foyer aimant, par des gens qui n’ont pas eu la chance de l’être en leur temps, pour l'un, et pas assez ou mal, pour l'autre, dans un paisible village du sud de la France. Ils ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui.
     Ce billet, mais plus certainement ceux qui vont suivre, est selon moi le meilleur moyen de leur rendre hommage.
     Ce premier billet, est aussi le moyen de remercier mon hôte, qui m'a fait le grand plaisir de m'accueillir lorsque les velléités d'écriture se font faites sentir. Merci Chris. 
      Je te remercie de ne pas avoir lâché l'affaire, ta pugnacité n'est plus à prouver.  

      Milieu des années 2000 donc, moment où ma petite existence a changé radicalement, et où, après avoir obtenu quelques diplômes universitaires, dont le déballage est ici inutile, j'ai décroché le concours d'officier de police. 
       Point de départ duquel nous nous vîmes 8000, passés les tests psychotechniques environ moitié moins (une chance), quelques 600 admissibles, puis 310 à l'arrivée, concours interne et concours au choix compris. La crème de la crème ... Le meilleur de ce qui reste ("t'as raison mon con").
       L'officier, c'est la matière frappée, entre le corps des Gardiens de la Paix et celui des Commissaires de Police. Le corps mou entre le marteau et l'enclume. 

      Le droit, il n'y que cela qui m'intéressait, bercé d'histoires sordides de meurtres et les faits divers que je lisais à l'occasion. Matière frappée disais-je ...

      Droit, et plus particulièrement droit pénal, la seule chose qui me passionnait, car j'ai eu la chance 
d'aborder la discipline en première année (chose rare en France il me semble) avec un professeur qui a su me passionner. Je parle de droit pénal général pourtant, la folie de cette ironie n'aura pas échappée aux juristes. 

      De cette année, hormis le droit pénal, et me trouvant alors à mi chemin entre la Place Sainte Catherine bordelaise et l'océan atlantique, je n'ai rien retenu. J'ai en effet été brièvement expatrié dans le sud ouest, à mon grand bonheur, et, j'ai en toute logique, "queuté" avec brio (mon meilleur ami) mon année. 
         
      (Ndlr: mes textes et mes paroles sont souvent parsemées d'expressions du cru, d'emprunt, de jargon, voire d'argot local, avec citation des auteurs lorsqu'elles sont empruntées).

       Les déconvenues en droit sont arrivées plus tardivement, lorsqu'il s'est agit de potasser les finances publiques et autres réjouissances de droit civil. A Aix en Provence, grande faculté reconnue, mais qui offre plus que des cours de droit. Bref.
       Ainsi donc, diplômes en poche, je me trouvais bien con. Et oui, le droit c'est bien, mais à part ouvrir des portes ça ne sert pas à grand chose. Ouvrir des portes ? J'y viendrai.

        Pendant deux ans, j'ai donc tâté du privé, passant de multiples entretiens menant à de pénibles travaux rendant physiquement intelligent: manœuvre en B.T.P, préparateur de commandes, faiseur de cafés, chauffeur livreur. Notamment dans une belle enseigne bien connue de nos compatriotes sudistes: "Exopotamie", où tout objet dûment payé, fini au gourbis. 

        Naturellement, j'en suis donc venu au but de ce billet, via les célèbres I.E.J (Instituts d’Études Judiciaires), qui préparent autant de veaux à trop d'examens qu'autant d'étudiants à l'abattage, ou à l'abattoir, c'est selon le point de vue.
        Autant vous dire que j'étais à mon aise. J'ai vite compris que le concours de magistrat était hors de ma portée, et que définitivement, je n'étais pas destiné à devenir un de ces étudiants parvenu avocat avant l'heure dont je soupais tant. Et oui, moi aussi je bave parfois (mes amitiés à tous ceux que je connais, côtoie, rudoie ou croise et qui n'en font pas moins un métier difficile).         
         La matière pénale, m'a donc naturellement menée vers une voie que je n'avais jamais envisagé. Et pourtant, je reste convaincu du bien fondé de ce choix. Profession dont j'ignorais tout, me contentant des rares clichés entendus, et des nombreux contrôles vécus. Et oui, ceux qui connaissent mon visage et qui me liront ici savent de quoi je parle. 

        Aussi, le concours d'officier m'a semblé être le meilleur compromis, même si avec le recul l'expérience de base me paraît un atout majeur. Passons.
        Et là c'est le drame ...
        Pétri d'idéaux, à l'époque, me voilà donc en chemin pour la journée "portes toutes vertes" (elles sont marron crade en vérité) de; retenez votre souffle; "l’École Nationale Supérieure des Officiers de Police", dite ENSOP, qui n'a donc de supérieure que le nom. 
        Portes ouvertes organisées un 6 décembre. 
        Pour mémoire, l'ENSOP se situe à Cannes-Ecluses, Seine et Marne (par --> ici <--) .
    
        Notez le cliché pittoresque à droite, seul intérêt de la commune, à l'exception de sa maison de retraite de haute qualité, au sein de laquelle est (était ?) majestueusement plantée une réplique de vache grandeur nature. J'y reviendrai aussi ...

        Ca, les champs de betterave et le ravitaillement des corbeaux volant sur le dos afin de ne pas voir la misère du monde. 

        Journée porte ouvertes, un 6 décembre ... Eh ouais. Froid de gueux, brouillard insondable, juste assez pour nous faire rêver sur la qualité du mobilier formica 70's, orange et ... et ? marron. Ambiance Orange mécanique, le glauque en moins.

         Certains ont décroché et c'est bien normal. 
         La bise. 
         Un petit cliché avant. Ce jour là il faisait beau.            
         Je vous invite à faire une recherche sur le site dans Google
         images. Du #LoL en perspective.

         Ps: la maison de retraite est en face, faut suivre.

         Au sortir de cette journée, mémorable, je téléphonais à mon meilleur ami,  et lui recommandais de ne pas effacer mon numéro.
         La soirée qui s'ensuivit à Paris n'est pas raisonnablement racontable ici. 

         Un mois plus tard, c'est l'entrée en école, sur le même tempo. 
         Le choc. 
         Janvier, il caille sa mère, t'es seul, dans une chambre de 3x2m qui pue l'angoisse, et comme un con tu appelles respectivement: ta mère et ton ex. Je me rappelle avoir fait l'inverse. Le fail.

         La mise dans le bain intervenant le lendemain, pas le temps de tergiverser.
         Je suis donc officiellement, Elève Officier (fixe) pas encore de mots lisses, (repos vous pouvez fumer). 
         La belle affaire, suis donc un "bitos" (syn: bleu, débutant, lapin de 6 semaines, petit con, etc) 

 On me remet un uniforme, ainsi que les galons qui vont avec.Cette chose là -->

Franchement, c'est bandant. On dirait une corde, pour en finir les longues soirées d'hiver où le vent est glacial et qu'il pleut à l'horizontal. Ou après un lever des couleurs en tenue d'été, alors qu'il fait 2 degrés. 
Certains voulaient nous endurcir, comme dans l'armée. Sauf que ça n'a rien à voir avec l'armée. A part faire darder quelques tétons déjà trop sollicités, ils n'ont pas durci grand chose.

       A mettre en lien avec l'uniforme, ancienne version, de toute beauté : Ceci
       Poil à gratter et poutres apparentes, le cachet en moins.
       Là débutent les plus grands moments de la formation, en alternance avec les stages en situation réelle (commissariats, Police Judiciaire, Renseignements Généraux), où se mêlent sport (et oui), cours de commandement (vous visualisez le sketch de Palmade sur les canards, les dents en bois et les bras en mousse ? Ici ), école de voie publique (apprendre à marcher au "pas"), procédures administratives et judiciaires évidemment, et tir.

       J'ai rapidement compris que les séances de tir avaient plutôt lieu la nuit assez rapidement. En fait de quoi il n'y avait pas qu'un seul stand, mais plutôt des parcours d'habileté motrices, avec traverse de la cour d'honneur le matelas sur l'épaule. Les mystères de répartition des chambres à coucher sont impénétrables. Entrisme quand tu nous tiens.

       Peu adepte des virées nocturnes pour changer de bâtiment, je demeurais casanier, et ma chambre fût rapidement affublée d'un surnom que la prudence (et mon avocat) me recommandent de taire (jargon désignant les véhicules discrets de surveillance ou sous-marin) pour les nombreuses réceptions qui s'y tinrent. Par extension, ce surnom m'est resté. On aime bien les surnoms dans la boite, ça permet de dépersonnaliser ...

      Je reviens à mon propos initial, et tempère un peu le sombre tableau que je dresse, ce lieu m'ayant permis de faire de belles rencontres, d'en garder quelques solides amitiés, mais surtout d'y trouver ma compagne (sans avoir besoin de me faire choper en "flag" au milieu de la cour d'honneur) désormais mère de ma progéniture.Ce billet est aussi un peu pour eux.

      Mais tout ceci est une autre histoire.

      Dont acte appelant récidive.

samedi 9 mars 2013

d'une nécessaire cohérence de la Justice

Il était une fois une embarcation sur laquelle avaient pris place cinq pêcheurs vénézueliens. Depuis les côtes de leur pays natal, il semblerait depuis le charmant port de pêche de Carupano, alors que Chavez était encore de ce monde, ils avaient décidé de voler au secours d'une embarcation de pêche disparue depuis cinq jours. Ou, peut-être un seul, fonction de qui répond à la question. 
Pour ce faire, ils n'avaient absolument aucune idée de l'endroit où le bateau s'était perdu. Malheureusement, bien que leur embarcation était pourvue de 4 moteurs (plus de 200 chevaux) et quelques 1500 litres d'essence, ils n'avaient  aucune boussole, ni même petite lumière ou quelque appareillage électronique qui puisse les guider dans cette mer des caraïbes. Ils en avaient même oublié de mettre un quelconque pavillon signalant l'origine de l'embarcation.
Il fait déjà nuit depuis trois heures, lorsque l'embarcation, naviguant à vive allure, est repérée par un avion militaire. Le bateau maintient toujours son cap plein nord. Et à vive allure.
L'alerte est alors donnée à la frégate qui s'est rapprochée (à quelques kilomètres tout de même) en envoyant, au plus près, l'hélicoptère embarqué.
L'alerte a, parallèlement, été donnée au Préfet, responsable de l'Action de l'Etat en Mer.
Une fois l'hélicoptère au dessus de l'embarcation, comme l'exige le protocole international, il affiche ses rampes lumineuses "French Army - STOP". Le tout est accompagné d'un message sonore, demandant au pilote de stopper sa progression. Rien n'y fait. Le cap est maintenant, toujours vers le nord. La poursuite dure près de 45 minutes. Il est alors près de vingt trois heures. Durant ce temps, avis est donné à l'autorité chargée de l'Action de l'Etat en Mer. Le Préfet autorise les tirs de sommations puis, au final, les tirs sur les moteurs.
Il faut dire que l'hélicoptère embarque à son bord des tireurs d'élite, équipés de lasers de précision.
Finalement, plusieurs coups de feu sont tirés, rendant les moteurs hors d'usage.


L'embarcation Etraco, qui était alors sur la Frégate, chargée de la visite de l'embarcation, aborde le bateau pirate. Plus rien à bord. Pas une once de cocaine. 
La vidéo, prise depuis l’hélicoptère, montre que les cinq hommes ont eu le temps, avant d'être arraisonnés, de se débarrasser d'au moins un paquet (peut-être deux).
Les cinq hommes sont ramenés à bord de la Frégate, où ils sont retenus administrativement, jusqu'à remise aux autorités civiles, à savoir la Police.
Leur garde à vue se passe tout à fait normalement. Comme tout bon vénézuélien, aussi bien qu'un colombien, ils ne savent rien. Ils ne sont que des pêcheurs, qui gagnent l'équivalent de 125€ par mois, qui étaient parti à la recherche d'un bateau ami perdu depuis X jours. Pourquoi une telle motorisation? Pas de réponse. Pourquoi une telle quantité d'essence? Pas de réponse. Qu'ont-ils jeté par dessus bord? De l'essence. Pourquoi ? Pour s’alléger  après que le tireur d'élite ai fait feu, l'embarcation prenant l'eau. Pourquoi ne pas avoir obéi aux injonctions des militaires? Ils avaient peur qu'on leur veuille du mal. Les injonctions, justement.... ils ne les ont pas vues, ni entendues. La forme de ce qui a été jeté à la mer n'a rien à voir avec les fûts d'essence qui se trouvent à bord? C'est vrai... il s'agissait de petits fûts. Soit! Pourquoi ne pas jeter les grands fûts,  pour s’alléger? Pour garder de l'essence. Pourquoi se diriger vers le nord, en pleine nuit, sans lumière, boussole, ni rien, sur une zone si immense? Pas de réponse.
Bref, des réponses, ma foi... habituelles. Ils ont peur, cela se voit. Mais ne diront rien.

A l'issue de la garde à vue, plusieurs options se sont offertes au Parquet, représentant de l'Etat, chargé de l'action. publique. Le Procureur aurait pu décider d'un classement sans suite, en estimant qu'il n'y avait pas suffisamment d'éléments de preuves à l'encontre des individus.
Il aurait pu décider d'une ouverture d'information, ayant pour conséquence la désignation d'un Juge d'Instruction, s'il avait estimé qu'il fallait procéder à des actes d’enquête complémentaires. D’expérience, on sait qu'en interpellant des vénézuéliens ou des colombiens, aucun acte ne peut être réalisé à l'étranger. Et comme ils n'avaient rien sur eux (pas de téléphone, de document d'identité, etc... ), ces actes ne semblaient pas justifiés, tout comme aucune analyse ou expertise ne semblait utile à l'enquête.
Le Procureur a donc décidé de faire comparaître ces cinq personnes devant le Tribunal Correctionnel, selon la procédure de comparution immédiate. La date étant fixée cinq jours plus tard.
Pour ce faire, et permettre cette comparution, il a demandé, en saisissant le Juge des Libertés et de la Détention, le placement en détention provisoire de ces cinq personnes.
Et là... le JLD remet tout le monde dehors. Certes, la comparution est maintenue, mais les détenus sont libres en l'attente de l'audience.
Le magistrat nous l'a rappelé, et à raison "le principe, c'est la liberté, la détention demeure l'exception". J'insiste, il a raison.
Mais je ne peux, moi aussi, rappeler que nous avions à faire à  cinq vénézuéliens qui ne connaissaient rien à la France, n'y avaient aucune attache, aucune connaissance, rien.
Toujours est-il que, conformément à la décision prise, les cinq vénézuéliens ont été, à leur grande stupeur, relâchés. 
Je précise que leurs vêtements ayant été trempés en mer, nous leur avons trouvé de quoi se vêtir auprès du Secours Catholique. Et qu'ils n'avaient donc que cela. Et pas non plus un seul centime en poche pour s'acheter un quelconque sandwich! 
Voilà donc cinq vénézuéliens au beau milieu des Antilles françaises, avec, en poche, une convocation pour se rendre, la semaine suivante, à une audience correctionnelle. 
Cette audience, qui a bien eue lieu, n'a pas vu arriver les cinq prévenus. Comme de par hasard, ils n'étaient pas présents. 
Et là, je trouve que notre justice a manquée de cohérence. 
Que le Parquet estime que, parce qu'aucune marchandise n'a été retrouvée, il n'y ai pas assez de preuve à les poursuivre... pourquoi pas, je peux l'entendre, et même le comprendre. 
Mais, à partir du moment où on décide de les faire comparaître  on se doit de s'assurer de leurs garanties de représentation. Et ils n'en avaient aucune. Soyons clairs. J'imagine que, en l’espèce  le JLD a estimé qu'il n'y avait pas de quoi poursuivre.... mais ce n'est pas son rôle. Ce n'est pas ce qu'on lui demandait. 
Si les cinq prévenus avaient été incarcérés en attendant l'audience, ils auraient été jugé. Et, là encore, si le tribunal avait décidé de les relaxer, cela ne m'aurait pas choqué outre mesure. J'aurai, encore une fois, pu le comprendre; 
Mais, en décidant de remettre les prévenus en liberté en l'attente du jugement, la justice a manqué de cohérence. 
Et c'est, selon moi bien dommage. Quelle image a-t-on donné de la justice française? En tous les cas, ils auront une belle histoire à raconter, avant, probablement, de recommencer de plus belle.. 

Pour la petite histoire, les cinq vénézuéliens ont été condamné par défaut. A cinq ans de prison ferme. Que, bien sur, ils ne feront jamais! 


lundi 11 février 2013

Quelles réformes pour la police?


C'est donc un fait, les policiers ont, ce que le presse a communément appelé "le blues". C'est une chose que de le constater, et j'éspère que cette étude sera prise en considération. 
Certes, ce ne sont qu'environ 7000 fonctionnaires qui ont répondu, soit moins de 10% des effectifs de la Police Nationale. Pourrait-on imaginer que ceux qui n'ont pas répondu se sentent mieux? C'est possible. 
Il est regrettable que ce genre d'étude n'ai pas été menée directement par l'intermediaire du Ministère de l'Interieur! 

Maintenant que l'on sait que les choses ne vont pas forcément très bien dans la Police, que les policiers le disent eux-même, tout comme certaines voix le laissent également entendre de "l'exterieur", que faudrait-il faire pour guérir ce malade? 
Nous n'en sommes pas encore à nous trouver à son chevet, mais, disons qu'il y a une infection qui menace tout le système immunitaire... 
Alors, docteur? 

Il faut, avant tout, prendre le mal à la racine. C'est à dire le recrutement. 

Recrutement et formation

  • le recrutement

C'est avant tout une question de niveau. Est-il judicieux de recruter, en tant que Gardien de la Paix, des personnes qui ont plusieurs années d'études après le Bac? Ce métier de policier est bien particulier. Peut-on, doit-on, recruter quelqu'un qui, finalement, ne fait que rentrer parce qu'il y a de la lumière en période de chômage  et de repli sur les concours de l'administration? 
Je n'en suis pas sur! Je sais qu'il paraîtrait anticonstitutionnel que d'interdire le concours à des "surdiplomés", mais on doit trouver une solution intermédiaire, utiliser ces capacités différemment. 

De la même manière, on assiste, à l'inverse, à des périodes où l'on a peu de candidats pour entrer dans la Police. Ainsi, on abaisse le niveau du concours parce que l'on veut plus de policiers. Et là, on se découvre que rentrent dans la police des "cas", qu'il va falloir gérer pendant près de trente ans, parce qu'ils n'auront pas le niveau, la volonté ou la motivation. 

  • la formation: 
 "la police française est la seule police au monde où l'on peut commander 400 flicards sans avoir jamais posé le c.. dans un car PS" (Police-Secours). 

C'est une remarque qui a été faite. Et, même si elle est un peu "agressive", elle n'est pas dénuée d'intérêt. J'ai effectivement du mal à comprendre comment un Commissaire peut arriver à commander plusieurs dizaines de policiers, dans ce qui est leur travail quotidien sur la voie publique, alors que celui-ci n'y a jamais été confronté! La seule expérience qu'a le Commissaire avec le terrain, c'est, en général, durant le cursus de formation, lorsqu'il fait des "stages" de découvertes, de quelques semaines. Et encore, là, puisque tout le monde sait que le monsieur est commissaire, on en prend bien soin. Hors de question de l'envoyer au charbon.... 
Et c'est la même chose pour les Officiers. Ils commandent sans avoir jamais (ou très peu) connu ce qu'était le métier. On leur demande de faire du management, c'est très bonne chose. Mais ils n'ont que des connaissances théoriques et quelques petites semaine de découverte en service actif. 

Ma principale proposition viserait donc à ce que, une fois le concours passé, tous les reçus passent par une formation commune. Tout sont, ensemble, mélangés, en école. Et tous sont affectés de la même manière en sortie d'école. Ceux qui ont réussi le concours de gardien de la Paix font leur carrière dans la catégorie B, avec des passages de grades, et les Commissaires et Officiers, après, disons deux ou trois années sur le terrain, retournent en formation. Là encore, une formation commune aux deux grades. Nouvelle affectation pour tous, sur une certaine période, avant que les Commissaire n'aillent terminer leur formation et être affectés en tant que tel. 
Il me semble que, d'une manière générale, on appréhende mieux certaines difficultés de management lorsque l'on a soit-même connu les difficultés rencontrées. 

Il parait également évident que, tout au long de sa carrière, le policier devrait avoir une formation continue ad-hoc. C'est à dire un retour en école durant un certain temps, afin de revoir certains aspects du métier. 
Pourquoi ne pas individualiser quelque peu ces stages par le biais des notations individuelles annuelles? 

De la même manière, pourquoi les notations ne se font-elles que dans un sens? Pourquoi un subordonné ne peut-il pas noter sa hiérarchie? J'imagine bien que cela serait l'occasion, pour certains, de "vider leur sac", et que, dès lors, on perd toute notion de justesse. Mais le concept actuel est-il juste? Tous les policiers (ou presque) se le disent: les notations, au jour d'aujourd'hui, ne servent qu'à peu de chose. Celui qui est bien noté n'est pas plus pris en considération que celui qui ne fait rien! 
Et ça aussi, c'est un problème. L'administration ne sait que faire des "mal noté", de ceux qui "traînent la patte". De nos jours, c'est devenu presque un jeu où la hiérarchie va bien noter certains fonctionnaires parce que ces derniers sont sur le départ; et il ne faudrait pas décourager le futur service de le prendre. En gros, pour imager, on se refile le "pot de pue". 

Je plaide également pour une diversification de la formation. Ou plutôt un complément. 
A ce jour, les policiers se plaignent de voir leur travail mis à mal par les magistrats. C'est peut-être de la naïveté  mais j'aime à croire qu'en fait, il s'agit plus d'un problème de communication qu'autre chose. 
Pourquoi les magistrats n''interviendraient-ils pas, lors de la formation? Et pourquoi ne les verrait-on pas un peu plus souvent dans les services? 
De la même manière, on peut aussi imaginer que la formation des policiers inclue des passages dans les tribunaux. Que cela soit par le biais d'audiences correctionnelles ou au plus près des magistrats, que cela soit à l'instruction ou au Parquet! 
A l'inverse, les auditeurs de justice (magistrats en formation) devraient pouvoir passer dans les services de police; mais pas uniquement les services de PJ. Aussi, un minimum, dans les Commissariats, qu'ils aient à connaitre du quotidien des policiers.


L'ORGANISATION


Le paysage de la France évolue constamment  De la sorte, tout comme le droit évolue, la Police se doit d'évoluer en fonction de la société. Et cela nécessite des changements. De gros changements. 
Et pourtant, il n'est pas aisé de changer l'organisation, lorsque l'on voit comment cela se passe lorsqu'un service est crée, ou muté, etc... Bref.

Je me dis que le "Chef de la Police", actuellement le Directeur Général de la Police Nationale, ne devrait pas être nommé par un politique, mais plutôt par ses pairs, et pour ses qualités. En quoi ce poste se doit-il d'être politique? Je rappelle que la police nationale se doit de faire respecter les lois votées par le Parlement. En quoi est-ce politique? Le métier est le même; il y a des infractions, on interpelle ceux qui les commettent pour les présenter à la justice. Soit. Donc, un poste, non pas politique, mais lié aux qualités de gestionnaire de police.
Pourquoi ne pas imaginer une équivalence au CSM, propre à la Police?

Juste en dessous, il devrait y avoir une organisation bicéphale. A la fois départementale mais aussi spécialisée. Un Directeur par Département, lequel gère toute sa police; qu'elle soit en tenue ou en civil, qu'il s'agisse de la circulation, de judiciaire ou de sûreté. 
A l'heure actuelle, un Directeur Départemental de Police n'est absolument pas tenu au courant des enquêtes qui se tiennent sur son département, puisque l'enquête lui échappe totalement lorsqu'un service de PJ est saisi. De la même manière, il n'a que peu d'idées des mouvances extrémistes présentes sur son département, puisque la Sureté du Territoire est totalement à part et autonome. 

Donc une police départementalisée. Ce qui n’exclue pas l'existence de services régionaux de Police Judiciaire, chargés de la criminalité organisée, ni même de Directions Centrales de PJ luttant contre la criminalité internationale; autant es nationaux qui circulent à travers le territoire que les étrangers qui viennent en France commettre leurs forfaits. 

Autre réforme importante qu'il faudrait mener: la communication.
Plusieurs d'entre vous m'ont fait la même remarque: se sont les organisations syndicales qui communiquent sur les "affaires" en cours. Il y a une raison à cela, mais cela n'est pas, pour autant, normal. 
Il faut, dès lors, adjoindre à chaque département, une sous-direction de la communication. Avoir des policiers expérimentés qui, eux-seuls, seront autorisé à parler d'une affaire en cours, en liaison étroite avec les enquêteurs et le magistrat. J'insiste sur le fait que ce policier doive être expérimenté  puisqu'il sera plus à même de savoir ce qui peut être dit sur une enquête en cours sans que cela ne lui nuise (à l'enquête). 

Plusieurs messages que j'ai reçu m'ont fait part de ce que le policier s'est, selon eux, éloigné de la population. Il est donc question de proximité, d'îlotage. J'avoue ne pas être adepte de la "Police de Proximité", mais il faut avouer que c'est un fait. La population, semblerait-il, a besoin d'être liée à sa police, de pouvoir parler au policier, d'avoir une référent. Soit. Il faut l'accepter. 
Cela passe donc par des services de police, à pied ou à vélo, qui soient au contact, notamment dans les centre-ville.
Ces derniers, en plus d'être "au contact" peuvent se voir source de beaucoup de renseignements. 

J'entend également ceux qui souhaiteraient que les enquêteurs soient directement sous la coupe des magistrats... c'est à creuser... mais ne pourrait-on pas imaginer des magistrats réferents dans les services de police?


RECENTRER LES POLICIERS 
SUR LEUR COEUR DE METIER

C'est un vaste chantier de la Police Nationale. 
- est-il normal que des policiers, après une formation de plusieurs mois, soient utilisé à garder des portes, qu'elles soient d'ambassades, de Préfectures, et autres domiciles de personnalités? 
- est-il normal que des policiers passent par des services administratifs toute une carrière durant? 
- est-il normal que des policiers passent des heures dans un hôpital à attendre qu'un gardé à vue soit examiné? 

A tout cela, je dis "non". Tous ces policiers passent énormément de temps à faire quelque chose qui n'a pas grand chose à voir avec ce à quoi ils ont été formé. 
Et pourtant, ces tâches doivent être accomplies. Il faut donc recruter une catégorie C de la Police Nationale, qui soit astreinte à ces tâches, le plus souvent de "garde". Avec une formation ad-hoc. 

LE ROLE DES SYNDICATS

J'an la sensation que dans la société française, le syndicat, censé protéger les employés, est devenu un frein. Les lourdeurs sont telles qu'une réforme en profondeur, et c'est valable dans tous les corps de métiers, devient impossible.
Mais cette considération est très générale. J'en reviens au sujet.
J'ai lu, encore récemment, l'interview d'un ancien syndicaliste policier. Et elle m'a donné envie de hurler. Ce monsieur, en sortie d'école, a passé cinq années en service actif, avant de se tourner vers le syndicalisme. Et, quinze ans plus tard, il s'inclue toujours dans ceux qui vont "où personne ne veut aller". Ce n'est pas sérieux! 
Les syndicalistes ne doivent pas pouvoir être "hors services actifs" plus de dix ans (et c'est déjà beaucoup). De la même manière, ceux-ci n'ont rien à faire dans d'autres instances administratives comme le Conseil Economique et Social, tout en cumulant les indemnités. Ils sont et doivent demeurer des policiers avant tout. 
Ensuite, bien évidemment qu'ils ne doivent pas être lésés dans l'avancement, mais il ne faut pas non plus que cela soit l'inverse, que l'on assiste à des avancements vertigineux, comme ceux auxquels on a pu assister ces dernières années dans la Police Nationale.

MESURER L’ACTIVITÉ DE POLICE

Il s'agit, là aussi, d'un très grand chantier. Plus les années ont passé, plus la statistique est devenue l’emblème de nos instances directrices. Au jour d'aujourd'hui, ce sont les Garde à Vue qui sont mesurées. Maintenant que c'est un peu plus difficile, on se replie sur le nombre de déférés. Je n'ose pas parler du nombre de contraventions dressées. 
Ces critères doivent changer. D'un point de vue judiciaire, on devrait se fier aux condamnations. Même si cela implique d'autres problèmes, dans la mesure où certaines affaires sont jugées plusieurs années plus tard. 
Devrait-on confier une partie de cette mesure aux magistrats? Pourquoi pas. En tous les cas, pour tout ce qui touche au judiciaire. 
De la même manière, un service comme les BAC peuvent tout à fait être juger fonction de ce critère de "condamnation".
On a vu, trop souvent, des BAC à qui il était demandé de faire, par exemple, 25 interpellations par mois; quelle que soit l'infraction. Peut-on mettre au même niveau l'interpellation d'un fumeur de joint qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, et un cambrioleur? La difficulté n'est pas la même alors que, statistiquement, c'est un "fait élucidé". 
Cela revient à dire qu'il doit y avoir plusieurs indicateurs, aussi différents soient-ils. Pourquoi ne pas y intégrer le ressenti de la population? Les avancées technologiques sont telles qu'on pourrait imaginer une interrogation périodique, par voie informatique! 
Les commerçants, au contact des îlotiers, pourraient, eux aussi, participer à cette notation! 
Bref, tout cela pour dire qu'il faut adapter la mesure de l'activité à la nature de cette dernière. 

LES REMUNERATIONS

Je ne m'y attarderai pas; comme tout le monde, les policiers aimeraient gagner plus. C'est un fait, la police française est une des plus mal payée au monde. Mais je crains que la conjoncture de soit pas à l'heure des augmentations! 
Pourtant, il faut penser à repenser les salaires! On voit passer des "primes d'objectifs", données aux Commissaires de Police, de plusieurs milliers d'euro, lorsque ces derniers ont atteint des objectifs chiffrés. 
Mais ces objectifs, et les primes liées, sont de plusieurs nature: elles peuvent tout aussi bien concerner un chef de service qui aura fait des économies sur le budget! Cela me parait juste incompréhensible! 

MAIS.... 

Il y a toujours un "mais". On peut avoir toutes les volontés du monde (et là, il en faudrait...), il est difficile d'avancer sans moyens. 
Pour faire ce que je viens de proposer, ou mener à bien tout autre projet de réforme en  profondeur, quel qu'il soit, il faut des moyens. Que ce soit en hommes, bien sur, mais surtout, des moyens financiers. Cela passera par des budgets en hausse; et là encore, ce n'est pas la tendance qui se dessine! 

Voilà les quelques idées qui ont été les miennes, durant ces quelques heures, où j'ai pu lire vos messages, par mail, ou même sur ce blog. J'ai repris quelques idées qui y étaient détaillées. 

J'ai bien conscience qu'il n'y a que peu de chances de voir un seule de ces idées être mise en oeuvre. Personne, à ce jour, n'a la volonté de révolutionner les choses. Et ça fait mal, rien que de faire ce constat. 
Je le répète souvent, j'aime mon métier, j'aime ma police. Mais, plus que les sondages, j'ai tous les jours la sensation qu'elle ne tient encore que par la seule bonne volonté de certains. Et c'est un jeu bien dangereux! 

Avoir l'impression d'être malade, et qu'aucun médecin ne veut guérir la maladie! 
Peut-être l'avenir me fera-t-il mentir.... mais j'en doute. 

samedi 9 février 2013

Selon vous, quelles réformes pour la Police

Je vous propose, à tous, lecteurs juste de passage ou habituels, une question simple:

Si tant est que vous pensez qu'il faille réformer la police, quelles seraient ces réformes?
Qu'attendez-vous d'elle?
Que devrait-elle avoir qu'elle n'a pas, et vice et versa ?

Que faut-il changer, selon vous?

Attention, je ne parle pas des infractions du Code Pénal, juste de ce que vous imaginez "mauvais" dans l'organisation, le rôle de la police...

Si vous êtes policiers, n'hésitez pas, tout ce qui doit être anonyme le restera.

Pour répondre, plusieurs moyens à votre disposition:
- Twitter: envoyez un twitt @pj_un_jour
- en commentant le présent billet
- via l'adresse mail de contact, sur ce site (anonyme)
- sur le Facebook du site: pj un jour

Mettons-nous d'accord pour recevoir les copies jusqu'à dimanche soir.

A l'issue, je vous ferai mes propres propositions.

Infographies et statistiques "Le blues des policiers"

La presse s'est faite l'écho, ces jours-ci, de ce qu'elle a appelé le "blues des policiers", et qui fait suite à une étude du CNRS de Toulouse, menée avec l'aide du syndicat de Police Alliance (second syndicat chez les gradés et Gardiens de la Paix). 
Ainsi, c'est un questionnaire qui a été présenté, en trois parties, espacées de plusieurs semaines, aux volontaires, sans distinction syndicale (même si l'on peut forcément imaginer que la grande majorité des sondés sont encartés auprès de ce syndicat).
De l'infographie représentée dans le Figaro, on constate rapidement que les policiers, dans une grande majorité, ne sont pas à l'aise dans "leurs pompes". Non seulement, ils se sentent dévalorisé par les médias (87%) et jugent leur travail discrédité par la justice (85%), mais aussi, et surtout, ils sont critique vis à vis de leur propre administration qui ne penserait qu'à faire du chiffre (70%), tout en omettant de valoriser le travail de ses fonctionnaires.

Parce que cela me parait très "court", comme approche, et trop général, j'ai décidé de m’intéresser de plus près à ces recherches, et aux statistiques qui en découlent. Je me suis donc procuré l'intégralité des chiffres du sondage, pour en extraire les chiffres qui m'apparaissent comme les plus marquants: 

GENERALITES

Ainsi, ce sont 5600 policiers qui ont répondu à la première phase, en Mai 2011, alors qu'ils ne sont plus que 2650 à la troisième, en Janvier 2012!

Premier chiffre, la réparation hommes/femmes: les premiers représentent 86%  des sondés, alors qu'ils ne sont que 76%, sur la répartition globales dans la police. Donc, les femmes se sont un peu moins intéressées à cette enquête.
La moyenne d'âge de ceux qui ont répondu est de 37 ans, 14 ans d'ancienneté dans la police, dont 7 dans le même service.

Il est très intéressant de constater que tout le monde s'est impliqué, et que, la grande majorité des sondés ont donc une expérience certaine de la Police Nationale, sans pour autant être en fin de carrière. Nous avons donc affaire à un panel, de mon sens, assez représentatif.

Autre chiffre important, la région parisienne représente à elle seule plus de 30% des sondés, devant les Bouches du Rhône et le Nord.

LA HIERARCHIE


Quelle relation a  le policier avec son supérieur hiérarchique?

Les policiers jugent leur supérieur très bon lorsqu'il s'agit de "contrôler et superviser", mais en deçà de la "norme" (que j'imagine être de relations professionnelles, en générales, entre agent et cadre), lorsqu'il s'agit de récompenser les efforts, agir en modèle, ou encore encourager son collaborateur.
Ainsi, le manager est plus perçu comme un superviseur, un contrôleur, que comme un manager.

L'ADMINISTATION

90% des policiers interrogés pensent que  l'administration ne se soucie pas de leur bien être,  62% estimant que  la police ne valorise pas leur contribution à l'accomplissement des missions (plus 25% d’indécis).
Plus de 70% pensent que leurs efforts ne sont pas reconnus, et qu'il n'est pas tenu compte de leurs attentes et remarques.
Arrive alors un chiffre qui n'est pas, selon moi, qui suis à l’intérieur  étonnant, mais qui devrait en étonner plus d'un: les policiers ne sont que 25%, environ, à penser que leur travail influe sur leurs récompenses, que ce soit au travers de primes ou de mutation.
Ainsi, on peut en déduire que plus des deux tiers des policiers constatent que leur travail n'est absolument pas primé; même si le raccourci est un peu gros, les policiers considèrent qu'il n'y a aucune différence entre celui qui travaille et celui qui ne travaille pas. Ils sont plus de 75% à penser que l'attribution des récompenses ne se fait pas sur des critères objectifs, mais qu'il s'agit plutôt d'une question de chance.

Quel travail pour les policiers:

Il est alors demandé aux policiers les objectifs réels qui leurs sont demandé. Pour 65% d'entre eux, c'est "faire du chiffre". 75% pensent que les policiers reconnus par leur hiérarchie sont ceux qui font du chiffre. 50% pensent que l'objectif principal de leur métier réside dans la baisse de la délinquance.

Le regard des autres:

Pour 68% des policiers, la population, en général, n'a pas une bonne image de la Police. Ils sont, et ce chiffre me parait énorme, 85% à penser que la justice discrédite leur travail! Et c'est un peu plus important, pour les médias (87%).

Et pourtant...

Malgré ces chiffres importants  qui laissent effectivement apparaître un peu d'amertume, plus de 70% des policiers interrogés estiment que la police représente beaucoup pour eux, et sont fiers de leur métier. Lorsqu'il est question de "police" dans leur entourage, dans les discussions familiales (en bien ou en mal), plus de 80% se sentent concerné. 

Le suite de l'enquête se révèle non moins importante. 

LES FACTEURS DE RISQUES PSYCHO-SOCIAUX

Quels sont les facteurs de risques psycho sociaux? 
On y retrouve les lourdeurs bureaucratiques, le manque de ressources (personnel) et la remise en cause du travail au quotidien (par la presse ou la justice). Ce sont donc les principaux éléments facteurs de stress, et qui nuisent donc, au quotidien, sur le travail des policiers. 
Arrivent alors les risques liés à des facteurs organisationnels, c'est à dire liés à la fonction en elle-même. 
31% disent avoir fait l'objet de plus de dix agressions au cours des six derniers mois, et près de 13% entre 6 e 10 fois, au cours de la même période. 
Concernant les agressions physiques, ils sont 9% à en avoir subi entre 3 et 5, 60% disant ne pas en avoir subies du tout (le reste se situe au milieu). 

Quelle utilité de l'arme de service? 
Pour près de la moitié des policiers interrogés, elle n'est pas un moyen de lutte efficace contre la criminalité; pourtant, 70% estiment qu'elle représente une garantie de sécurité. 

Les statistiques suivantes cherchent à mesurer le "burnout" des policiers; c'est à dire qu'elles tentent d'établir une "mesure du syndrome d'épuisement professionnel", c'est à dire une "détérioration de la santé, suite à une exposition chronique au stress, dans le cadre de son travail". 

Cette mesure est définie par trois facteurs: 
- l'épuisement émotionnel, c'est à dire la fatigue à l'idée même du travail; rien d'alarmant de ce point de vue là, si ce n'est que, mesurée deux fois, à six mois d'intervalle, on note une légère augmentation de cet épuisement
- la perte d'empathie, qui pourrait se traduire par du cynisme ou une attitude négative envers les victimes; rien d'alarmant de ce coté-là non plus, puisque les chiffres sont au même niveau que d'autres mesures, sur des polices étrangères. 
- l'accomplissement personnel, c'est à dire "les effets démotivants d’une situation jugée difficile, répétitive et conduisant à des échecs malgré les efforts consentis": c'est là que les chiffres paraissent important, puisque supérieurs à la moyenne d'autres police. Cela signifie que les policiers "commencent donc à douter très sérieusement de leurs réelles capacités d’accomplissement de leurs missions". Même si ce chiffre n'a rien d'alarmant, selon les scientifiques du CNRS, cela peut être le signe de l'installation d'un épuisement professionnel latent. Bref, une "courbe" à surveiller de près. 

Globalement, il est constaté que, plus on monte dans la hiérarchie, plus les chiffres sont importants, ce qui est également lié à l'ancienneté dans l'administration et, donc, l’expérience. Rien d'illogique, donc. 
A l'inverse, quasiment aucune différence entre hommes et femmes. 
Si l'on fait une comparaison géographique, ce sont les départements des Bouches du Rhône  de Seine-Saint-Denis et Paris, qui sont les plus touchés. 

Tout cela a une répercussion puisque l'on dénote une "diminution de l’enthousiasme et de l'intérêt général du travail des policiers", puisqu'ils déclarent, à plus de 70% être moins enthousiastes dans leur travail, y perdre de l'intérêt et du sens. 

Interrogés sur les sentiments perçus par les équipes, les policiers se disent "dégoûtés et découragés". 
Individuellement, ils se disent "irrités" et "contrariés". 
Question interessante: lorsqu'on leur demande s'ils sont à l'aise dans la "vie privée" et dans la "vie professionnelle", ils le sont tout autant sur les deux plans (5.8/10)

LA statistique effrayante: 67,4 % des policiers interrogés envisageraient de quitter leur emploi de policier pour un autre emploi similaire pour un salaire plus élevé

Les chercheurs du CNRS en arrivent à la conclusion suivante: 


"L’enquête réalisée auprès de policiers a permis de dresser un premier bilan sur le management et le stress au travail au sein de la police. Ainsi, nous disposons de données quantitatives importantes à propos du management et des risques psychosociaux qui apportent des précisions sur le métier de policier aujourd’hui.
Nous pouvons tirer deux enseignements de ces premiers résultats :
- Il existe des dysfonctionnements au niveau du management. Les données recueillies mettent en lumière des lacunes managériales importantes qui nuisent à la performance des forces de police. Les policiers ne disposent pas du support nécessaire afin de progresser dans leurs missions et ont le sentiment d’être abandonnés par leur hiérarchie.
- Nous confirmons également la présence de risques psychosociaux latents et surtout le ras le bol des policiers.
D’autres résultats chiffrés sur la délinquance, les crimes, les arrestations par commissariat permettraient d’enrichir l’étude et d’obtenir une analyse plus fine".


Et vous, quelles sont vos conclusions? 

Personnellement, je n'en tirerai aucune. en tous les cas, pas tout de suite. Cela sera peut-être l'occasion d'un nouveau billet.

A suivre...