mercredi 9 mars 2011

HW2: Jamais deux sans.... !


Rappel des faits: en Décembre 2008, le bijoutier "Harry Winston" se fait braquer par quatre hommes, déguisés en femme, qui font main basse sur 85 millions de dollar de bijoux. Le "casse du siècle", et probablement l'un des tout plus gros braquages de tous les temps dans le monde (allez, disons dans le "top" 3).  
C'était une énième perquisition, menée dans un pavillon de la banlieue parisienne. Elle est le fruit d'environ 30 mois d'enquête, une année et demi après les premières interpellations. En Juin 2009, les perquisitions avaient amené à la découverte de près de 60% du butin. Une autre grosse partie a été découverte, cette fois-ci. La fois précedente, il avait fallu jouer les "plaquistes"; cette fois-ci, c'était du gros oeuvre, les égoutiers.... Parmi les bijoux retrouvés (une vingtaine), l'un est estimé à 6 millions d'euro, avec ses 31 carats. J'ai envie de dire, comme ca, éffrontément, que cette bague n'est même pas "belle", au sens esthétique du terme; elle n'a aucun raffinement, plus grosse que la largeur d'un doigt. Mais je vois déjà certaines femmes prêtes à me jeter des oranges à la figure. Bien évidemment que tout le monde aimerait avoir cette bague; ou plutôt la valeur qu'elle représente. Dire que le bijou ayant le moins de valeur est éstimé, tout de même, à environ soixante dix mille dollars ! Ce genre d'affaire nous fait perdre les repères relatifs à la valeur de l'argent. Hallucinant, autant de valeur dans un seul petit objet; rien à voir avec un tableau inestimable! Nous ne sommes pas dans la même recherche !
D'une manière générale, l'avantage, avec de telles "affaires", c'est que le temps nous est laissé, pour travailler. Et sereinement. Souvent (pas toujours, malheureusement), le travail paye. Présentement, c'est le cas.
En plus de la satisfaction claire de résoudre une affaire, il faut avouer qu'il en est une autre, qui m'est toute personelle: celle de se dire qu'un voyou ne va pas "tranquillement" purger sa peine, avec la satisfaction intérieure, la sérénité, même,  de se dire qu'il aura, en sortant, un petit magot, mis de coté, et qu'il pourra "se refaire". Après tout, quelques années de prison sacrifiées pour 14 millions cachés (même si ces bijoux auraient probablement été revendu à un prix bien inférieur à celui du marché).
 C'est, pour moi, déjà, une forme de justice, une des motivations (s'il en faut) qui m'animait. Ne dit-on pas "bien mal acquis ne profite jamais"? Ce sera le cas. Et pourtant, ces gens, présumés auteurs (j'avais pas envie de le mettre, ce mot, mais bon) n'auront pas besoin d'aller aux restos du coeur, en sortant de prison. C'est une autre réalité; à mon sens (et cela n'engage que moi) des petits ont été mis de coté (c'est mon sentiment, et rien d'autre).
Voilà; j'ai là, pour cette affaire, le sentiment du travail bien fait. Je suis, de mon coté, fier d'avoir pu participer à cette affaire, fier de faire partie du groupe qui l'a traitée et réussie, fier d'avoir passé plusieurs centaines d'heures sur ce dossier. Et j'ai la conscience de ne probablement plus jamais faire une aussi "belle", en tous les cas par le montant de son préjudice. Certes, d'autres arriveront probablement, et tout aussi probablement, me rendront fier, pour d'autres raisons.
Maintenant, d'ici quelques mois, la justice fera son travail. Cette équipe sera jugée pour l'ensemble de son oeuvre. Esperons-le, jugée comme il se doit.

lundi 28 février 2011

une journée.... pas commes les autres...


Je suis tranquillement à travailler un dossier. J'y suis depuis quelques jours déjà, à faire ce travail, et c'est assez fastidieux. Il est dix neuf heures. je me décide de rentrer chez moi. Et, comme toutes les six semaines, avec trois de mes collègues, je suis d'astreinte, pour la nuit. S'il devait y avoir une affaire pour le service, je serai appelé.
Comme tout bon parisien qui se respecte, je m'engage dans les bouchons. Les grandes artères parisiennes, le périph, l'autoroute.
19h20, un coup de fil. Juste "pour info", il vient d'y avoir un braquage. Normalement, c'est pas pour nous, mais bon. L'adresse? Mais je la connais ! Ne serait-ce pas notre victime de la dernière fois? J'appelle, puisque j'ai gardé contact avec ce monsieur. Oui, c'est bien lui qui a de nouveau été braqué ! Et les faits ne sont pas ceux qui étaient rapporté dès le départ. Finalement, c'est "pour nous"; il faut y aller. Je fais demi-tour, et quelques minutes plus tard, j'arrive sur place avec les collègues d'astreinte, comme moi.
C'est comme cela que démarre un dossier; un coup de fil, une "histoire" (pour la victime, souvent une douleur, un drame, voir un traumatisme). Ok; on fait le boulot; on se répartie les tâches. Pour moi, ce soir, ce sera quelques témoins, que je ramène au service pour les auditionner.
Il est 23h; avant de partir, je m'arrête prendre une "tite mousse", avec les collègues; un petit quart d'heure, le temps de débriefer, et dégager les premiers axes d'enquête.
Le lendemain, retour à huit heures. Le temps, quelques minutes, de poursuivre le travail de bureau entamé la veille; et, lorsque les collègues arrivent, au se remet sur le nouveau dossier.
Au fur et à mesure que les éléments sont à exploiter, on "tire la ficelle".
Et là, tout s’accélère; la ficelle est de plus en plus grosse. C'est un fil. Qui, rapidement, devient une pelote.
Ca y est. On les tient. Mais.... mais.... zut, ils sont déjà partis. Non, peut-être pas. Ils n'ont pas encore passé la frontière, c'est certain. On sonne l'alerte, les collègues de la PJ en province, la Police aux Frontières. Il faut filtrer. Mais, surtout, il faut y aller.
La voiture? Trop long, on a du retard. Le train? Il est dans 20 minutes.
Un coup de fil au parquet, un autre aux collègues locaux. Un troisième par ici, un quatrième par là, puis un autre, encore un autre. Ok, on peut partir; on a le droit. Cela ne plait pas à tout le monde, visiblement, mais on a le droit. A croire qu'on ne marche pas tous dans le même sens. M'enfin !
18h30. Départ du train. Ouf, il n'est que 18h27; mais le contrôleur nous attend, il parait ! Arrivée prévue trois heures plus tard. Un peu de temps pour se reposer de la journée, réfléchir à la manière de procéder....
"Vous êtes en service"? C'est le contrôleur, qui me parle."Euh oui, pourquoi"? "Il a une femme, dans le train; je pense qu'elle m'a donné un billet de train falsifié; et cette dame, n'a pas de papiers; Vous pourriez aller voir"?"Ok, pas de problème".Avec le collègue, on y va. On discute (pas évident, en chinois), on cherche.
" Elle n'a pas de papiers", me dit-on, au bureau. Comprendre, elle est en situation irrégulière.
" Non, attend; je l'ai trouvé; il y a une lettre de différence, le prénom n'est pas orthographié pareil. Mais l'adresse est bonne".
Ok. Une mise en garde auprès de madame, toujours avoir une pièce d'identité sur sois. C'est mieux.
Allez, je me rassois. Je ferme un oeil.
"Hum..."
Oh non, encore lui.
"J'ai un autre souci, là. Un monsieur, au fond du train; il n'avait pas de billet, et il m'a reglé avec un chèque; il m'a présenté une pièce d'identité, mais j'ai l'impression que c'est une fausse".
Nous voilà reparti à l'autre bout du train.
"Bonjour monsieur, Police Nationale. Avez-vous une pièce d'identité"?
"OUi, bien sur; que se passe-t-il"?
Le monsieur nous tend sa carte d'identité.
"Le contrôleur a émis un doute sur l'authenticité de votre chèque; donc on fait quelques vérifications".
"Quel chèque? Je n'ai jamais remis de chèque au contrôleur" !!!!
Ah ben voyons. Celle-là, je l'avais pas vu venir. Ca sent pas bon !
"Donc, le contrôleur ment"!
Début du colère pour ce dernier; il est assermenté, patati, patata.
On vérifie le chèque; et, badaboum, Monsieur X a commandé un chéquier à sa nouvelle agence, mais il ne l'a jamais eu.
Ok; le "flag" est consommé; on a une tentative d'usurpation d'identité, un recel de vol, et une tentative d'escroquerie.
Je m'adresse au contrôleur: "Il ne vous reste plus qu'à appeler la gare d'arrivée, pour prévoir un accueil pour monsieur".
Comme le temps passe vite. Dix minutes plus tard, on est arrivé. Et le comité d'accueil est là.
Ok, on passe à autre chose. Vite, on est attendu à l'autre bout de la ville. On est là pour notre affaire, quand-même!
On y va. Les collègues locaux ont commencé sans nous. ils procèdent au contrôle.
Zut, ce n'est pas bon. On s'est trompé.
Déception.
A défaut, on va faire connaissance avec les collègues. Mine de rien, on n'a même pas mangé. l'accueil est sympa.
Mais il faut trouver un hôtel.
"t'inquiète pas, collègue; c'est vu; on vous a réservé deux chambres à coté de la gare".
Ça, c'est de l'accueil, dites-donc.
Allez, une petite nuit, et on reprend le train dans l'autre sens.
Pfff.... même pas un change, rien. C'est ca, quand on part à l'arrachée, comme ca"! Pas terrible, mais c'est un peu ce que j'aime, dans ce boulot.
On ne sait jamais ce qui peut se passer dans l'heure qui suit.
Ca y est; c'est l'heure de reprendre le train, dans l'autre sens. Ca ne fait même pas 24h qu'on était parti !
Voilà le contrôleur qui vient nous voir: "Bonjour, messieurs; vous êtes de service"? Oh non, ca recommence ! "Euh oui". "Bon, super; si j'ai un problème, je vous appellerai". "Pas de problème, on est là pour ca"... Ca y est, ca recommence; on va recommencer à arpenter le train de long en large.... Il ne le fera pas. Tout ce petit voyage se passera bien. Finalement, à 13h, retour au service. Mais y'a du taf, pas question de rentrer tout de suite. Allez, on s'y remet. Mais je vais quand-même partir un peu plus tôt. Histoire de voir les enfants quelques minutes.Maintenant, je vais aller dormir; j'en ai besoin. La nuit dernière a été courte. Et celle d'avant l'avait déjà été; le petit dernier ne voulait pas dormir.
Eh oui, il faut tout combiner.
Mais il ne faut pas se plaindre.
Demain, nouvelle journée de travail. Mais, pas de panique, c'est bientôt le week-end. A moins que...

vendredi 14 janvier 2011

Journaliste et/ou voyou...



L’affaire de Villiers, telle qu’on l’appelle. Voilà une grosse affaire de banditisme qui a connu de grosses avancées, cette semaine. Huit mois après les faits, la BRB a procédé à une série d’interpellations en région parisienne.  Une « affaire » qui avait bien mal commencée, dans la mesure où une collègue de la Police Municipale est décédée, abattue par les voyous puissamment armés. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit.  D’une personne abattue.
Le seul hic, il manque, dans ces interpellations, Faid Redouane qui a « échappé aux enquêteurs ». Comme par hasard ! Je me comprends.
Qui est Faid Redouane ? Rappelez-vous, il y a quelques jours ; Canal+ vous annonçait la diffusion d’une émission choc sur les « caïds des cités », le nouveau banditisme. Non, ca ne vous rappelle rien ? Regardez le menu de cette émission. On nous parle d’abord de « Renard », un voleur de voiture à priori chevronné, d’un homme qui s’adonne aux go-fast (comprenez importation expresse d’une grosse quantité de drogue), des meurtriers d’Aurélie Fouquet, cette jeune collègue de Villiers, puis…. Et puis…. Et là, ca me choque… l’image suivante… je dis bien l’image suivante… j’insiste, c’est important. L’image et le reportage suivants sont consacrés (ca fait mal de dire ça, mais c’est bien le mot) à Faid Redouane qui a été condamné dans le cadre d’au moins une attaque de fourgon blindé. Et lui-même nous dit, dans le reportage que, lors de cette attaque, à Villepinte, pour échapper à la Police, lui et ses complices ont fait feu, à la Kalachnikov, sur les policiers qui arrivaient. Mais « il n’y a pas eu de blessés », nous dit-il. Et, donc, désormais, Faid Redouane est recherché par la BRB dans le cadre de l’enquête relative au meurtre d’Aurélie Fouquet.
Et la suite ? Mais elle est écrite à l’avance. Je ne pense pas (et c’est une idée tout à fait personnelle) qu’il restera en cavale. Il va faire comme les voyous qui sont loupés à l’interpellation ; il va attendre que les autres soient présentés à la justice, que les avocats aient accès au dossier. A partir de ce moment-là, il aura connaissance des éléments d’enquête à son encontre, et pourra inventer son histoire, avec son avocat. Et, à ce moment-là, il ira se constituer prisonnier devant le magistrat ; ce dernier, espérons-le, le dirigera vers la police. Il fera une garde à vue, au cours de laquelle il ne dira rien, attendant que le temps passe. Et il sera mis en examen. Ensuite, placé en détention ou libéré, selon les instructions du magistrat.
Ce qui est pratique, dans cette affaire, c’est que la presse en sait autant que les enquêteurs ; non, c’est bien. Le secret de l’instruction est « presque » (je reste correcte, là) respecté, c’est plaisant. Depuis le début, la médiatisation de cette affaire est ahurissante. Pour vous dire, au moment d’aller procéder aux interpellations, c’est tout juste s’il n’y avait des paris qui concernaient l’heure du premier flash info qui ferait part des interpellations ! Voir-même, aurions-nous pu nous attendre à être accueillis par les journalistes au bas des immeubles !
J’en reviens à l’émission, diffusée par  Canal +, c’était le pompon. Déjà, voir les deux reportages sur la victime, et un des individus recherchés dans le cadre de cette affaire, m’a choqué. Que dire du journaliste qui a fait ce reportage ? Lorsque l’on sait que le livre qu’a sorti Faid Redouane a été écrit par ce même journaliste ! Où commence la déontologie, chez lui?
Et je vais aller plus loin, sur ce reportage : bien heureusement, je n’ai pas d’enfant adolescent qui était susceptible d’avoir regardé Canal+, ce soir-là. Auquel cas, à sa place, je me dis « moi, je veux aller habiter dans la cité, et faire comme eux. Ca rapporte bien, leur truc, là ; et ca a l’air facile ».
La liberté de la presse… oui, mais à quel point ? à quel prix ?
Décidément, je ne comprendrai jamais ce journalisme !

samedi 11 décembre 2010

Le fossé se creuse

Voilà quelques temps que ce blog restait muet. Pour plusieurs raisons. Peu d’inspiration, dira-t-on.
Il m’était difficile de ne pas réagir à l’actualité policière. Pour rappel, à Bobigny, une Chambre Correctionnelle a condamné sept policiers à des peines de prison ferme. Les faits : en septembre dernier, un policier est blessé après avoir été percuté par un véhicule. Selon la procédure judiciaire qui s’engage, le conducteur d’un véhicule qu’ils avaient pris en chasse est désigné comme l’auteur des faits ; l’enquête semble démontrer que le fonctionnaire n’a pas été heurté par le véhicule de l’individu initialement désigné, mais en fait par un autre véhicule de police.
L’enquête s’est donc retournée contre les policiers qui étaient jugé cette semaine à Bobigny. Au résultat, les peines citées plus haut, supérieures aux réquisitions du Parquet.
Alors, quel peut être le sens de cet écrit ? Je suis policier, donc forcément, je vais défendre mes collègues. Oui et non. Je commencerai par le non, parce que si les faits sont tels qu’on les raconte (je n’ai aucune source directe, juste, comme tout le monde, le dires des médias), ils ne sont pas en adéquation de ce que l’on peut attendre d’un policier. Avant tout, probité. Pour autant, je ne vais pas faire de leçon de morale. Je ne suis pas parfait. Je m’abstiens. Joker.
Nous sommes d’accord, ce qui s’est passé, tel qu’on nous le présente n’est pas bien. Mais je m’interroge. On condamne donc ces policiers à des peines de prison ferme. Ces policiers vont donc aller en prison (en théorie, puisque, en deça d’une peine d’un an, les peines ne sont pas appliquées). Mais c’est bien cela que souhaitent les magistrats de Bobigny qui ont procédé aux condamnations.
Je ne vais même pas parler politique, mais je vais faire le lien avec ce que, d’où je suis, je peux voir.
Oui, c’est une réalité, les relations qu’entretiennent les policiers avec la magistrature de Bogigny sont différentes de celles que l’on vit avec d’autres parquets. Et, d’où je suis, ce sont 4 tribunaux auxquels je suis susceptible d’avoir à faire ; moi, mon groupe, ou mon service. Donc, des retours, j’en dispose ; directement ou indirectement. Mais ce sont des réalités.
Combien ai-je pu voir de mis en cause (qui sont réellement auteurs) sortir juste après leur comparution ? Que ce soit au cours d’une instruction ou d’une comparution immédiate. Et les affaires en parallèle sont nombreuses, donc les comparatifs tout à fait faisables. Nombre de décisions prises sont surprenantes, et en tous les cas ne vont pas dans le sens de la justice ; en tous les cas, pas celles qu’une victime est en droit de réclamer ! Pourquoi ? Comment en arrive-t-on là ?
J’ai la faiblesse de croire, sans chercher d’excuse, qu’il ne pourrait en être autrement. Je m’explique : prenons le cas d’un vol simple, à priori punissable d’une peine de 3 ans de prison, comme le prévoit le Code Pénal. Essayons de juger cette même affaire, en même temps, dans deux tribunaux différents ; à Bobigny (pour le coup), et en Creuse. Il est évident, et su de tous que la condamnation ne sera pas la même. A coup (presque) sur, le mis en cause sera bien plus fortement condamné en Creuse ; et, tout aussi surement, sortira libre de son audience à Bobigny. Mais personne ne fait rien pour lutter contre ces différences.
Explication : pendant que la Creuse voit 30 vols sur un mois (les chiffres sont imaginaires, et juste explicatifs), la Seine Saint Denis en voit 900 (là aussi, le chiffres est imaginaire, mais il illustre la disproportion entre les 2). Et à force de voir tous ces mis en cause, on leur trouve des excuses. Et tous les jours un peu plus. Et, chaque jour, on se dit qu’on ne peut pas envoyer tout le monde en prison, auquel cas, la population carcérale serait facilement triplée. Donc, les magistrats font des choix ; peut-être par proportion (je dis bien « peut-être »). Du genre, « pas plus de dix condamnation ferme par jour ». J’insiste bien, mes chiffres sont imaginaires, et ne défendent que MA théorie. Et donc, on condamne, sur une journée (ou sur un autre laps de temps) les dix faits les plus graves. Encore une fois pour ne pas faire exploser les chiffres. Et, ma foi, pour le reste, eh bien on fait avec.
A l’inverse, les affaires mettant en cause des policiers, sont bien moins nombreuses ; elles existent, c’est une réalité. Mais, au regard du nombre de vol, ou autre infraction, elles sont proportionnellement bien moins nombreuses. L’occasion, donc, de faire un exemple. Et c’est bien de cela dont il s’agit. L’exemple, chez les délinquants, il est inutile. Mais, devant les policiers, on se dit que peut-être cette condamnation va servir.
Et c’est typiquement ce qui s’est passé à Bobigny il y a 24 heures. Je n’excuse en rien les collègues qui ont, à priori, fauté. Mais, en termes de proportion, c’est tout simplement indécent. D’autant que, encore une fois, le policier subira une double peine ; la condamnation pénale, et la condamnation administrative qui le verra rayé des cadres de la Police Nationale.
Un jour ou l’autre, il faudra pouvoir juger des affaires similaires de la même manière, d’un coté à l’autre du territoire ; au risque d’en arriver où nous sommes. Et, forcément, de créer des tensions entre magistrats et policiers qui devraient normalement travailler ensemble ; ou, pour le moins, de manière cordiale. Et là, on fait tout le contraire ; les uns sont opposés aux autres.
Et je ne parle même pas de politique ; où l’on sait que la magistrature est, par nature, à gauche, et la police, à droite… allez comprendre ce qui s’est passé à Bobigny. Mais, une fois de plus, il ne s’agit pas de justice ! Mais le fossé se creuse !

jeudi 28 octobre 2010

Policiers = voleurs casseurs?


Depuis maintenant quelques jours, on assiste à une nouvelle vendetta. Enfin nouvelle, rien de moins sur.
Quoi qu'il en soit, désormais, nonobstant le fait qu'elle ne fait jamais ce qu'il faut quand il le faut, voilà que maintenant, elle passe de l'autre côté. Comment ? Quel côté ? Je m'explique.
Au milieu des tensions liées à la réforme des retraites, et des manifestations qui entourent les discussions parlementaires, voilà certains politiques et syndicalistes qui arrivent à bout d'arguments. Enfin, on pourrait le penser devant leur attitude.  Voilà que, devant la multiplication des incidents liés aux casseurs qui se mêlent aux manifestants, ils nous annoncent que, en fait, ces casseurs, ou du moins certains, ne seraient que des policiers.

Ces pseudo dirigeants nous expliquent leur théorie: ces policiers-casseurs seraient donc chargés d'envenimer une manifestation qui a tout de pacifique, pour en faire un gros "bordel", le tout pour les beaux yeux des journalistes, alors chargés de diffuser les images de violence. Avec, en bout de chaîne, le client du média qui, outré de ce qu'il voit, en arrive à se désolidariser des manifestations.
Là, je dis « chapeau bas ». Il fallait y penser!
Mais ce n'est pas fini.
Depuis trois jours, une autre information tourne sur l'ensemble des médias français: en l'espace de quelques semaines, trois journalistes se seraient fait voler leur ordinateur portable. Tous contenant des données sensibles relatives à leur enquête sur l'affaire « Woerth-Bettencourt ».
Le premier fait remonterait au début du mois d'octobre ; ce jour-là, un journaliste du site web « mediapart » se fait dérober du matériel informatique. Le 21 octobre, ce sont deux autres journalistes, du journal « Le Point » et « Le Monde » qui se font également voler du matériel.  Et, là, surprise, à demi-mot (voir un peu plus), les policiers seraient à nouveau à l'origine de ces vols !!!
Là, je n'ai que peu de mots devant cette grosse enquête. Un député en rajoute alors pour demander « qu'on détermine si les vols sont bel et bien liés et qui en sont le ou les auteurs ». Personellement, je ne doute pas que les enquêteurs en charge de ces vols aient attendu les instructions de ce parlementaire !
Comment peut-on imaginer que, désormais, des policiers puissent être à l'origine de ces basses œuvres. Mais peut-être suis-je naïf! Je vais alors citer l'un ou l'autre de mes collègues, en espérant qu'ils me pardonnent pour le droit d'auteur :
« il me vient un doute affreux
et si tous les sauvageons des cités et les casseurs n étaient que des policiers hors service qui s adonnent à un vice caché ou bien des policiers en service agissant sur ordre du ministère pour créer de l emploi
et si... tous les automobilistes en infraction étaient des policiers en civil agissant sur ordre
et si.... »
Au suivant de répondre :
« Et si on arrêtait tous de travailler pour vérifier que l'ordre public est bien maintenu et que la société fonctionne mieux sans notre présence !!! »
Et je vous passe des remarques suivantes.
Il est vraiment regrettable que de telles affirmations soient portées sur la place publique. De deux choses l'une :
  • les auteurs de ces allégations disposent de preuves, et c'est alors de leur devoir de les transmettre à la Police des Police ou quelque autre pouvoir ou contre pouvoir (à moins qu'ils ne soient désormais tous à la solde du gouvernement) qui existent en France; il me semble qu'il en existe suffisamment. Et à ce moment-là, qu'ils attendent les résultats d'enquête pour parler. Mais ils n'ont rien à faire sur les plateaux télé pour parler de cela. Il me semble qu'il y a d'autres chats à fouetter, en ce moment.
  • ces gens-là ne font que reprendre des rumeurs, font des interprétations d'images pour en tirer des conclusions. Et là, on appelle cela de la manipulation.
Ce qui est certain, c'est que les policiers, en plus de ne plus soutenus par qui que ce soit, sont maintenant, accusés d'être à l'origine des troubles à l'ordre public ! Le tout ayant pour effet d'amenuiser la confiance de tout un chacun vis-à-vis de sa police.
A quoi sert la Police? En tous les cas, pas aux règlements de comptes politiciens. Ca, c'est certain.


mardi 19 octobre 2010

Ça y est, c’est fait. Comme je le redoutai, la Cour de cassation, suivant les recommandations du parquet général, a déclaré, aujourd’hui, la garde à vue « à la française » non conforme au droit européen. Y compris pour ce qui relève de la criminalité organisée.

De fait, à compter du 1er juillet 2011, la présence de l’avocat au cours de la garde à vue devra être modifiée. Alors, un texte a déjà été élaboré au Ministère de la Justice, mais il devra être retoqué, puisqu’il n’avait pas changé le régime dérogatoire.  
Un pas de plus est franchi dans la défiance vis-à-vis des policiers et gendarmes. C’est dommage, mais c’est ainsi. Il va falloir faire avec.
Désormais, il va falloir que nos institutions s'organisent, et j'avoue craindre cette phase-là. Je ne suis pas sur que nous soyons prêts. Mais on verra bien.
Ci-dessous, l'arrêt concerné, tiré du site de la Cour de Cassation:
Arrêt n° 5699 du 19 octobre 2010 (10-82.902) - Cour de cassation - Chambre criminelle
Rejet
Communiqué relatif aux arrêts rendus le 19 octobre 2010 par la Chambre criminelle de la Cour de cassation
Demandeur(s) : M. J... X...
Vu l’ordonnance du président de la chambre criminelle, en date du 31 mai 2010, prescrivant l’examen immédiat du pourvoi ;
Vu le mémoire produit
Attendu qu'il résulte de l'arrêt attaqué et des pièces de la procédure que, dans une information suivie du chef d'infractions à la législation sur les stupéfiants, M. X... a été placé en garde à vue, en exécution d'une commission rogatoire délivrée par le juge d'instruction ; qu'il a sollicité l'assistance d'un avocat mais que la garde à vue, d'une durée totale de soixante-cinq heures, a pris fin avant l'expiration du délai de soixante-douze heures à l'issue duquel il aurait pu bénéficier de cette assistance, conformément à l'article 63-4, 7e alinéa, du code de procédure pénale ; que, mis en examen, il a présenté une demande d'annulation des actes accomplis durant sa garde à vue et des actes subséquents, au motif qu'il avait été porté atteinte à son droit à un procès équitable au titre, notamment, de l'article 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l'homme en ce que, d'une part, il n'avait pu bénéficier de l'accès d'un avocat au dossier de la procédure et que, d'autre part, il n'avait pas reçu notification du droit de se taire ; que la chambre de l'instruction a rejeté sa requête ;
En cet état ;
Sur le moyen unique de cassation, pris de la violation des articles 9 et 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, 6 § 1 et 6§ 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, 591 et 593 du code de procédure pénale ;
“en ce que la chambre de l'instruction a rejeté la requête en nullité présentée par M. X... ;
“aux motifs que M. X... est recevable à invoquer devant la chambre de l'instruction l'application de la Convention européenne des droits de l'homme qui a une autorité supérieure à celle des lois conformément à l'article 55 de la Constitution ; que, sur le moyen tiré de divers arrêts de la Cour européenne tels que cités dans la requête, il est à rappeler qu'aux termes de l'article 46, alinéa 1er, de la Convention européenne des droits de l'homme, les hautes parties contractantes s'engagent à se conformer aux arrêts définitifs de la cour dans les litiges auxquels elles sont parties ; qu’en réponse à l'argumentation développée à titre principal, il y a lieu d'objecter que :
a) contrairement à l'affirmation du mémoire, il est parfaitement erroné de soutenir qu'il est de jurisprudence constante que les solutions dégagées par la Cour européenne ont vocation à s'appliquer à tous les Etats signataires ; que, si tel était le cas, le requérant n'aurait pas manqué de produire les décisions de nature à conforter sa démonstration ; qu’or tel n'est pas le cas ;
b) est dépourvu de tout fondement textuel l'argument tiré de la distinction entre l’exécution des arrêts rendus par la Cour européenne des droits de l'homme qui s’applique seulement à l'Etat partie au litige et les solutions jurisprudentielles dégagées qui s'appliquent à l'égard de tous les Etats qui ont ratifié la Convention ;
qu’il est rappelé à cet égard qu'il appartient aux juridictions d'appliquer la loi, telle que définie par les textes applicables interprétés le cas échéant par la Cour de cassation dans les cas où les décisions de cette juridiction s'imposent aux juges du fond, non une philosophie dégagée d'une convention internationale ; qu’en conséquence, en application des principes généraux et de l'article 46, alinéa 1er, de la Convention européenne des droits de l'homme, le juge national n'est lié que par le seul texte de la Convention européenne ainsi que par les décisions de la Cour européenne ayant statué dans un litige auquel est partie l'Etat dont il dépend ; qu’en l'absence d'une décision de condamnation expresse de la France sur l'assistance concrète et effective d'un avocat dès la première heure de garde à vue par la Cour européenne des droits de l'homme, le moyen invoqué sera rejeté ; que sur le moyen tiré de l'article préliminaire du code de procédure pénale qui prévoit que toute personne poursuivie et suspectée a le droit d'être assistée d'un défenseur, les dispositions de la loi française prévoient, lors de la garde à vue, le droit, renouvelé à chaque prolongation, à l'assistance d'un avocat avec lequel le gardé à vue peut s'entretenir librement et confidentiellement pendant trente minutes, l'avocat pouvant formuler des observations écrites qui sont jointes à la procédure ; que cet avocat peut intervenir dès le début de la garde à vue ; que c'est, dès lors, dénaturer l'article préliminaire du code de procédure pénale que de l'interpréter comme imposant l'assistance d'un avocat dès le début de la mesure de garde à vue ; que quant au régime de la garde à vue pour des infractions particulières dont la nature impose une restriction à ce droit lequel n'est que différé, la requête soutient, d'une part, qu'aucun motif impérieux justifiant l'application de circonstances exceptionnelles n'est retenu, d'autre part, que c'est dans le cas où la garde à vue a pour motif la mise en cause dans un trafic de stupéfiants que l'assistance d'un avocat est primordiale du fait des lourdes condamnations pénales susceptibles d'être prononcées et que les chefs d'accusation dont a fait l'objet M. X... ne doivent pas avoir d'incidence sur le droit à l'assistance d'un avocat pendant la garde à vue ; que le droit français prévoit une intervention différée de l'avocat lorsque le gardé à vue est mis en cause pour certaines infractions d'une particulière gravité, ainsi les infractions à la législation sur les stupéfiants ; qu’est inopérant le moyen invoqué par le requérant, tiré de la décision Poitrimol c/ France rendu le 23 novembre 1993, d'une part, en la forme en l'absence de production aux débats de cette décision, d'autre part, quant au fond la question de l'assistance d'un avocat dès la première heure de garde à vue n'étant pas évoquée dans cette décision ; qu’en l'état de la jurisprudence actuelle de la Cour européenne des droits de l'homme, cette restriction n'apparaît pas contraire aux dispositions de l'article 6, alinéa 3, de la Convention européenne des droits de l'homme ; qu’enfin, n'apparaît pas plus expédiente, pour une démonstration de la nullité des procès-verbaux de garde à vue, l'invocation de l'article 802 du code de procédure pénale lequel dispose qu'en cas de violation des formes prescrites par la loi à peine de nullité ou d'inobservation des formalités substantielles, toute juridiction, y compris la Cour de cassation, qui est saisie d'une demande d'annulation ou qui relève d'office une telle irrégularité ne peut prononcer la nullité que lorsque celle-ci a eu pour effet de porter atteinte aux intérêts de la partie qu'elle concerne ;
“1) alors qu’il résulte de la jurisprudence conventionnelle que toute personne gardée à vue a le droit à l’assistance effective d’un avocat dès son placement sous ce statut ; qu’en jugeant que l’article 63-4 du code de procédure pénale qui donne la possibilité au gardé à vue de s’entretenir avec un avocat ne saurait être regardé comme violant les dispositions conventionnelles, aux motifs, radicalement inopérants, de l’absence de condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme, lorsque cet entretien ne permet pas à l’avocat d’avoir accès au dossier et de défendre utilement son client, la chambre de l'instruction a méconnu l’article 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l’homme ;
“2) alors que toute personne gardée à vue bénéficie des garanties reconnues à la personne « accusée » au sens de l’article 6 § 1 et 6 § 3 de la Convention européenne des droits de l’homme, dont le droit de se taire et de ne pas participer à sa propre incrimination ; qu’en jugeant que l’absence de notification de ce droit n’est pas contraire aux dispositions conventionnelles aux motifs, radicalement inopérants, de l’absence de condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l'homme, la chambre de l'instruction a méconnu le sens et la portée des articles susvisés ;
“3) alors qu’enfin, l’article 64-3 du code de procédure pénale étant contraire au principe constitutionnel d’exercice des droits de la défense en ce qu’il ne permet ni l’assistance effective d’un avocat durant la garde à vue ni la notification du droit de se taire, il y a lieu de transmettre une question prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel ; qu’à la suite de la déclaration d’inconstitutionnalité qui interviendra, l’arrêt attaqué se trouvera privé de base légale au regard des principes constitutionnels de l’exercice des droits de la défense et de la présomption d’innocence” ;
Sur le moyen, pris en sa troisième branche :
Attendu que, par décision du 9 juillet 2010, la Cour de cassation a renvoyé au Conseil constitutionnel une question prioritaire de constitutionnalité présentée par M. X..., à l'occasion du présent pourvoi et formulée dans les termes suivants :"les dispositions du code de procédure pénale, notamment les articles 62, 63, 63-4 et 64, dès lors qu'elles permettent d'entendre une personne en garde à vue sans l'assistance d'un avocat, et ne garantissent pas la notification du droit au silence, sont-elles contraires aux principes des droits de la défense et à la présomption d'innocence exprimés notamment par l'article 9 et à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ?" ;
Attendu que, par décision du 6 août 2010, le Conseil constitutionnel a déclaré l'article 64 du code de procédure pénale conforme à la Constitution et a dit n'y avoir lieu à statuer sur les autres articles déférés renvoyant à la décision qu'il avait rendue sur ce point le 30 juillet 2010 ; que, par cette dernière décision, le Conseil constitutionnel a déclaré contraires à la Constitution les articles 62, 63, 63-1 et 77 du code de procédure pénale et les alinéas 1er à 6 de son article 63-4, avec prise d'effet le 1er juillet 2011 et dit n'y avoir lieu à statuer sur l'article 706-73 du code de procédure pénale et le septième alinéa de son article 63-4 ;
Qu'il s'en déduit que le grief est devenu sans objet ;
Sur le moyen, pris en ses deux premières branches :
Attendu que, pour rejeter la requête aux fins d'annulation d'actes de la procédure de M. X..., l'arrêt se borne à relever l'absence, dans la Convention européenne des droits de l'homme, de mention expresse portant obligation d'une assistance concrète et effective par un avocat de la personne gardée à vue dès la première heure de cette mesure et de notification d'un droit de se taire, et le défaut de condamnation expresse de la France par la Cour européenne des droits de l'homme pour ce motif ; que les juges ajoutent qu'en l'état de la jurisprudence de cette Cour, la disposition du droit français prévoyant une intervention différée de l'avocat lorsque le gardé à vue est mis en cause pour des infractions d'une certaine gravité, tels les crimes et délits de trafic de stupéfiants, n'est pas contraire à l'article 6 § 3 de la Convention susvisée ;
Attendu qu'en prononçant ainsi, la chambre de l'instruction a méconnu le texte conventionnel susvisé, d'où il résulte que, sauf exceptions justifiées par des raisons impérieuses tenant aux circonstances particulières de l'espèce, et non à la seule nature du crime ou délit reproché, toute personne soupçonnée d'avoir commis une infraction doit, dès le début de la garde à vue, être informée de son droit de se taire et bénéficier, sauf renonciation non équivoque, de l’assistance d'un avocat ;
Attendu que, toutefois, l'arrêt n'encourt pas la censure, dès lors que ces règles de procédure ne peuvent s'appliquer immédiatement à une garde à vue conduite dans le respect des dispositions législatives en vigueur lors de sa mise en oeuvre, sans porter atteinte au principe de sécurité juridique et à la bonne administration de la justice ;
Que ces règles prendront effet lors de l'entrée en vigueur de la loi devant, conformément à la décision du Conseil constitutionnel du 30 juillet 2010, modifier le régime juridique de la garde à vue, ou, au plus tard, le 1er juillet 2011 ;
D'où il suit que le moyen ne saurait être accueilli ;
Et attendu que l’arrêt est régulier en la forme ;
REJETTE le pourvoi
Président : M. Louvel
Rapporteur : M. Straehli, conseiller
Avocat général : M. Raysséguier, premier avocat général
Avocat(s) : Me Spinosi

lundi 18 octobre 2010


J’ai eu l’occasion, aujourd’hui, de pouvoir assister à une partie du procès dit « Ferrara », qui se déroule actuellement au Tribunal de Grande Instance de Paris. Pour rappel, Antonio Ferrara et plusieurs présumés complices sont jugés pour avoir fait évader celui qu’ils surnomment « Nino » le 11 Mars 2003, de la Maison d’arrêt de Fresnes, où il était détenu.

Antonio Ferrara

Ce procès, devant la Cour d’Assise d’Appel, a démarré voilà six semaines. Et c’était aujourd’hui les réquisitions du parquet, représenté par Anne Vosgien et Francoise Mothes ont ainsi argumenté toute la journée pour soutenir l’accusation.
Pour Antonio Ferrara, ce n’était pas forcément le travail le plus difficile, dans la mesure où il lui était difficile de nier s’être évadé. Le jeu consistait, pour lui, comme Mesrine en son temps, de dénoncer ses conditions de détention. C’est bien là le seul argument qui peut tenir la route pour un évadé.
 
Pour Dominique Battini, difficile d’argumenter, également. En effet, lors de l’opération, il était sérieusement blessé, allant jusqu’à perdre un œil. Sur place, il laissait des traces de sang, permettant ainsi aux techniciens d’isoler son ADN.
 
Avec Karim Bouabas, ils forment le trio de ce que l’avocat général a appelé les cartes maitresses de ce puzzle. Le réel enjeu, pour ce trio, réside dans le fait que les jurés retiennent, ou non, la tentative d’assassinat à l’encontre des deux gardiens de prison qui étaient dans les miradors au moment des faits.
 
Pour rappel, le commando qui se présente devant la porte dite « chantier », utilise des explosifs, pour rentrer. Pour éviter la défense des miradors, des coups de feu à l’arme de guerre, son tirés, à environ 40 mètres (alors que ces armes peuvent tirer, de manière efficace, selon l’expert, jusqu’à 2 km). A l’intérieur, Antonio Ferrara, avec l’aide d’un gardien véreux (condamné en première instance), fait sauter la grille du quartier disciplinaire, dans lequel il se trouve depuis la veille, pour avoir refusé une fouille à l’issue d’un entretien avec son avocat (lequel est considéré comme le « top départ » de l’évasion).
 
Mais la majorité des observateurs étaient bel et bien présents pour entendre les réquisitions à l’encontre de Karim Achoui. L’avocat controversé avait été condamné, en première instance, à 7 ans d’emprisonnement. Et cette même peine a été requise aujourd’hui par l’avocat général, peine assortie d’une interdiction d’exercer à titre définitif.
 
Qu’est-ce qui a pu pousser l’avocat à franchir la ligne, s’est demandé Francoise Mothes ? Elle n’en avait pas la réponse, dans son réquisitoire, bien qu’elle a émis une idée ; d’ailleurs la seule qui vaille : l’argent. Ajoutez à cela ce que Achoui déclare lui-même dans son livre, lorsqu’il parle de son attirance vers le grand banditisme (qui serait d’ailleurs une des causes de l’éclatement de son cabinet, avec son ancien associé). Bref, un mélange du genre qu’il vaut mieux éviter : l’argent facile et le banditisme.
 
Je n’ai pas assisté au procès dans son intégralité, à l’exception d’une demi-journée, au début. Mais, de ce que j’ai pu entrevoir, et qui a été souligné par l’avocat général, une fois de plus, comme dans tous les procès en relation avec le grand banditisme, le principal angle d’attaque de la défense : le travail des policiers. D’un côté, les gentils, en l’occurrence des hommes qui ont déjà été condamnés, pour trafic de stupéfiants, braquage, évasion…. Et de l’autre, les méchants, les policiers, qui font mal leur travail, et s’acharnent contre les gentils !
 
Quand je vous dis que l’intérêt de l’avocat, c’est de faire sortir son client de prison, peu importe la vérité. Je vais reprendre les mots de Mme Mothes, lorsqu’elle parle des avocats de Karim Achoui : « ils ont essayé de faire éclater la vérité. Leur vérité ». Tout ça est assez loin de l’idée de justice telle qu’on peut la concevoir. Enfin, c’est mon avis.

Karim Achoui