vendredi 19 avril 2013

un flic, finalement, c'est...




Avant toute chose, je tiens à remercier Kaptain'Flam de m'avoir rejoint sur ce blog. Lorsqu'il a évoqué ses envies d'écrire, j'ai immédiatement sauté sur l'occasion, en lui proposant de s'associer sur ces pages.
Il a désormais franchi le pas, posé quelques meubles, et j'espère qu'il se sent bien par ici, que la déco lui plait. J'en profite pour lui adresser un message personnel: Kaptain, range tes calbutes, s'il te plait ;)

Plus sérieusement, nous pourrons désormais à deux, tenter vous faire comprendre, au mieux, la manière dont nous fonctionnons, ce que nous pouvons ressentir, de l'Intérieur.
Et nous ne serons pas trop de deux à nous y employer.

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                                                        petit fond musical pour la lecture...

Depuis que ce blog existe, j'ai toujours eu la volonté de -re-dresser, en quelque sorte, l'image de la police. Démontrer, s'il le faut, qu'un flic, ce n'est pas juste des contraventions, des bavures, un pourri ou encore un alcoolique-dépressif qui met le nez dans la cocaïne  Parce que, au fond, c'est ce que je pense. Enfin, j'imagine que c'est ce que certains pensent à force de films et séries pleins de clichés.
A l'évocation de ce lieu qui sert, entre-autre, d’exutoire, alors que j'en discutais avec un ancien chef de groupe, celui-ci m'avait fait la réponse suivante:
"qui crois-tu que tu vas convaincre? Ceux qui apprécient la police le sont déjà; et les autres ne le seront pas plus"
Je ne sais, encore aujourd'hui, s'il a tort. Si j'ai pu, ne serait-ce qu'à une seule reprise, convaincre du bien-fondé de mon métier, et de ce que, sans être parfaits, nous y tendons sur chacune de nos enquêtes, sur chacune de nos interventions... si j'y suis arrivé une seule fois, j'en serai satisfait.

L'autre image renvoyée par le métier de flic, c'est le boulot "cool". On arrête les méchants, une bonne baston de temps à autre pour se défouler, des "filoches", des "planques"... c'est aussi une bonne bière après le boulot, un calibre à la ceinture, et éventuellement un uniforme pour séduire ces dames...
ah l'imaginaire...

Etre, flic, c'est aussi les " belles affaires" qui sortent, qui font notre fierté, mais aussi la réussite de nos supérieurs, en même temps que la une de certains quotidiens de presse. Si l'affaire est médiatisée, le Préfet est content; une ou deux fois, sur une carrière, on voit le ministre qui arrive, pour voir quelque somme d'argent, des stupéfiants, ou des armes saisies...
Et pourtant, tout cela ne représente que peu de choses, en fait.

Mais tout ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg, celle qui est la plus visible ...

J'ai tendance à résumer le bon enquêteur à un flic qui pose les bonnes questions.... mais surtout, qui sait à qui les poser, ces questions, pour en tirer de bonnes réponses.

Le boulot de flic, c'est chercher... chercher, et encore chercher... pendant des heures, des semaines, voir des mois...c'est passer des heures avec un casque sur les oreilles, à écouter ceux qui sont des objectifs; avec, bien entendu, toutes sortes de conversations. Je dis bien TOUTES sortes. Dont la plupart n'ont aucun intérêt pour quelqu'un d’extérieur à la conversation. C'est, en complément, passer des heures devant un ordinateur, à faire des recherches, toutes aussi variées les unes que les autres, pour identifier un individu, relier les individus entre eux, tenter de comprendre leurs interactions, que certains mettent tant de mal à vouloir nous cacher .
C'est rentrer chez soi le soir à vingt heures, après avoir passé près de douze heures au bureau. Et puis repartir, parfois au bout de quelques minutes, parce que "ça bouge", et entamer une filoche.

Etre flic, c'est aussi se lever parfois à quatre heures du matin, pour aller interpeller un suspect chez lui, alors même qu'il habite à l'autre bout du département! C'est retourner au service à midi, après la perquisition  les embouteillages, pour rédiger les procès-verbaux en relation avec la garde à vue, en ayant mangé un sandwich, sur le pouce. C'est finir le soir, à minuit passé, et revenir le matin au bureau, à huit heures, pour continuer à gérer la garde à vue. Si tout va bien, il n'y en a qu'un à gérer. Si ça va moins bien, il faut chercher d'autres gars, procéder à d'autres perquisitions.

Etre flic, c'est parfois voir arriver le vendredi, et se dire que, toute la semaine, on n'a pas -ou peu- vu les enfants... et c'est là qu'arrive une affaire. GAV ou saisine du vendredi... week-end pourri  Ce n'est pas encore là qu'on va passer un peu de temps en famille... et puis arrive, comme un cycle sans fin, le début de la semaine. Les dossiers qui sont toujours là, et sur lesquels il ne faut pas prendre de retard, ou en tous les cas éviter de l'accumuler... ce qui est, je vous assure, loin d'être évident. Bien sur, l'affaire qui "tombe", ce n'est jamais au bon moment, toujours lorsque l'on est débordé....

Etre flic, c'est aussi, parfois, une enquête de plusieurs semaines sans réussite. On cherche à sortir une affaire qui nous est confiée, d'en identifier les auteurs...  mais rien n'y fait! Tout se dérobe. Les pistes, les unes après les autres, finissent en impasse. Arrive un moment où l’investissement a été tel qu'on a du mal à se résoudre à l'échec. Alors on recommence. Peut-être depuis le début, ou par le biais d'autres pistes. Et toujours rien. On tire les ficelles les unes après les autres, et elles pètent toutes.

Alors, le flic, il rentre chez lui. Comme tous les soirs. Plus ou moins tard. Avec pas trop le moral.... les affaires n'avancent pas, l'ambiance du groupe n'est, de fait, pas au beau fixe, pour peu que le copain de bureau n'ai pas eu sa mutation, et le chef de groupe n'a pas eu sa promotion au grade supérieur, ou encore que l'affaire qui nous tenait à cœur ait été confiée à un autre service, soit-disant plus prestigieux ...
Comme le péquin moyen, ce flic, il va rechercher l'équilibre du foyer. Voir ses enfants, et puis sa femme..
Et puis, finalement, ce réconfort, il ne le trouvera pas non plus; parce que, à la maison, comme au boulot, eh bien ça ne va pas fort... les résultats à l'école du petit dernier ne sont pas bons, madame se dit qu'elle passe plus de temps seule qu'avec son mari, se demandant à quoi bon attendre.  Parfois... ou souvent, je ne sais pas, être femme d'un flic, surtout en PJ, c'est un peu sacrifier sa carrière professionnelle... parce que, forcément, si déjà le père n'est pas à la maison, il faut bien que quelqu'un y soit. Et, une carrière, ça se gère rarement entre 8h/12h et 14h/18h...

Je me dis parfois qu'être flic, avec une fonction de police judiciaire, c'est un peu d’égoïsme...

Il est une phrase que j'ai entendu dans tous les services de PJ où j'ai fait un passage:
 "l'essentiel, c'est de se faire plaisir".
 Je vois bien vos visages interloqués, à vous demander ce que peut bien signifier cette expression, alors même que l'on côtoie une misère sociale certaine, avec ou des victimes, ou des mis en cause...

Les enquêteurs ont bien souvent compris qu'ils n'avaient que peu à attendre de l'administration. La PJ n'est pas une spécialité, au sein de laquelle les avancements sont les plus rapides; pour vous donner un exemple, un flic de PJ qui se présente à un examen, ne va pas devoir réciter le Code de Procédure Pénale, mais plus certainement les différents régimes horaires pratiqués dans l'administration policière, ou encore lister les différentes catégories de sanctions... Il n'y a pas, non plus, en PJ, de facilité de mutation, bien au contraire; pour beaucoup, partir en mutation, c'est retourner en tenue. Peu importe l’expérience accumulée en judiciaire...
 Bref... se faire plaisir, c'est, pour celui qui est sur le terrain, être "bon" en filoche... pour celui qui est au bureau, c'est identifier l'auteur du crime dont il a la charge de l'enquête... pour un chef de groupe, ça sera de réussir à gérer l'humain comme les dossiers... bref, y trouver son compte...
Et pourtant... pourtant, parfois, le plaisir n'y est pas. Alors, que reste-t-il?
Comme le dirait un de mes camarades, "on est payé".... voilà, c'est ce qu'il reste. On fait le boulot, parce qu'on est payé pour ça, c'est le minimum "syndical". Point barre...

bref, tout ça pour dire que, finalement, un flic...
... un flic, c'est monsieur ou madame tout le monde. Avec ses hauts, mais aussi ses bas... qu'ils soient professionnels ou personnels... voir les deux.

Rien de plus.... rien de moins...
Pas mieux, mais pas moins bien non plus.

2 commentaires:

  1. "qui crois-tu que tu vas convaincre? Ceux qui apprécient la police le sont déjà; et les autres ne le seront pas plus"

    Il a tort, il est nécessaire que les policiers faisant correctement leur métier (ça existe) sortent de l'ombre et se fassent entendre de leur hiérarchie. Si la police est si mal perçue c'est bien parce que cette minorité qui la détruit (les pourris) est capable de se mobiliser pour couvrir ses turpitudes....

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  2. Mes 12 piges de PJPP et moi, on t'offre une binouze bien fraîche pour ton joli texte, camarade !
    Tiens ! Voilà une modeste contribution évoquant mon pot d'arrivée dans mon nouveau groupe.
    Ce qui tue, dans un pot, ce n'est pas le 19h-22h, quand tout le monde est là...
    Non... Noooon... C'est plutôt le 23h/02h... Quand on est plus que 4 ou 5 (avec des mecs de la Sûreté qui sont venus nous visiter) et qu'on se raconte nos guerres de poulets. Les saisines, planques, les zonzes, les flags, les serrages, les kilos, les brakos, les constatations, les autopsies, les collègues, les petites et les grandes histoires...
    Bref, une vie de poulet résumée dans un saladier de rhum planteur et de chips, parce que la boîte, finalement, c'est tout et rien...
    La boîte, finalement, c'est nous et rien.

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