dimanche 3 juillet 2011

Cinq jours de folie...


1 vol à main armée, 500.000€ de préjudice, 3 braqueurs interpelés, 5 jours d’enquête, 69h de travail réparties sur 4 jours1/2 et 488 feuillets de procédure photocopiés par quatre.
C’est là le bilan de la petite semaine qui vient de s’écouler. Et,  le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a été intense; à plusieurs titres, d’ailleurs. Physiquement, on peut l’imaginer, et émotionnellement, également. Ce qui parait moins.
Cette affaire est l’une de celles qui compte. Il y en a une par an, à peu près. Comment juger une affaire ? Parce qu’elle réunit, au final, plusieurs éléments : bien évidement la réussite, le fait que les malfaiteurs soient arrêtés. Mais aussi parce que le déroulement de l’enquête fait qu’il y a un sentiment du travail bien fait. Il fallait procéder à X investigations ; et la chance, mêlée au travail (il faut des deux, pour faire une belle affaire) fait qu’au bout, il y a interpellation. Pour le coup, ce n’était pas évident, puisque l’horloge tournait. Des auteurs étrangers, susceptibles de retourner dans leur pays. Pour être efficace, il fallait faire vite. Après, cela serait devenu beaucoup plus compliqué. Mais tout a bien fonctionné. Une ficelle en amenant une autre, 30h après les faits, les auteurs sont interpelés. Mais c’est une chose, que d’interpeler. Une bonne chose, mais ce n’est toujours que la moitié du chemin (bien sur, le chemin du policier, pas de la justice). Il faut ensuite continuer les investigations pendant la garde à vue. Et là, ce n’est plus pareil. Le temps s’écoule. Le temps, pour le coup, c’était 96h au maximum, puisque l’on tombe dans un régime de criminalité organisée.
Et là, on découvre avec stupéfaction les réalités de la nouvelle procédure. Non pas que l'on n’était pas prévenus (quand-même), mais là, il a fallu mettre en application.
Dès le début, les complications nous sont apparues : les interpelés ne parlent pas un mot de français. Il est 18h passé, et l’on est à deux jours des vacances scolaires estivales. Coté interprète, on ne décroche pas beaucoup ; les messages sont laissés, mais peu de réponses, encore moins de rappel. C’est le premier problème. Il faut ensuite faire les perquisitions. Et le seul qui parle à peu près le français veut un médecin et un avocat. Soit. On appelle l’avocat, et on se met d’accord pour le rappeler à l’issue de la perquisition. Cela s’éternise un peu ; pour cause, il y ‘a d’autres interpellations qui sont intervenues entre temps. Ok. L’avocat vient aux nouvelles ; ça tombe bien, mais le mis en cause doit aussi voir un médecin (eh oui, on se doit de montrer le certificat médical du médecin à l’avocat). « Maitre, je vous rappelle dès que votre client a vu le médecin ». Donc, on va voir les unités médico judiciaire (ce service est désormais obligatoire). Et là, deuxième problème : il y a 8 personnes en attente, et c’est l’heure de la pause déjeuner des médecins. "rappelez dans deux heures, messieurs". Ok. Finalement, on rappelle l’avocat, pour qu’il puisse venir par commencer à s’entretenir avec son client.
Notons, au passage, qu’il est déjà 23h. ok, une demi-heure d’entretien. Maintenant, il faut retourner voir le médecin. Au bout d’une demi-heure d’attente, le médecin : « messieurs, il faut aller aux urgences ». soit ; on va aux urgences. Il doit bien y avoir une raison.
Aux urgences, premier médecin « il faut passer une radio ». ok, va pour la radio.
J’oubliais, il n’y a, au service, qu’un seul interprète. Et il y a 2 GAV à assister ; ça veut dire les auditions, les entretiens avec l’avocat, le médecin. Bref, tout.
Il est 1h du matin. Le médecin revient ; « pour nous, c’est ok ; il faut retourner aux UMJ » ; ok. Et là, c’est l’attente… l’attente… l’attente. Il est 7h du matin lorsque les deux policiers et le mis en cause ressortent. Mais, heureusement, il n’a rien. Même pas un petit doliprane pour le mal de crâne ; tout va bien. Ouf, on a eu peur (ironie).
Il a bien fallu ramener l’interprète ; vu que rien ne se dessinait chez le médecin, à 3h30, il est décidé de le ramener. Interprète qui, bien sur, se doit d’être présente à nouveau le lendemain à 09h05. Pourquoi les 5 minutes ? C’est le retard autorisé, pour le peu de sommeil de la nuit (c'est bon, je plaisante).
Plus sérieusement. On est quand-même sympa ; on ne va pas laisser l’interprète rentrer en taxi. Allez, on la ramène. Vous habitez où ? ah…. C’est… à l’opposé de chez moi.  Ce n’est pas grave, allez ; une petite heure de voiture… trankilou.
Allez, maintenant c’est dodo. Ah, mais pas trop longtemps. Eh oui, il y a des auditions, à faire, quand-même ! Allez, à 08h30, on y retourne. Il y a les premières recherches à acter ; On fait les premières auditions, les recherches qu’il y a à faire. Mais, très vite, il faut penser à la prolongation de GAV. Et c’est présentation au parquet, maintenant. Finalement, il n’y aura pas de présentation. Bon, c’est déjà ça de gagné. On notifie les prolongations de garde à vue, on appelle les avocats pour les entretiens. Cette fois-ci, c’est retour maison à 22h30. La chance.
On arrive le lendemain à 08h30. Il faut faire de nouvelles auditions ; et donc, prévenir les avocats. On attend, en moyenne, 3/4h, 1h pour qu’ils arrivent. On a de la chance, on a un 2èmeinterprète. Ok. Mais tout se bouscule quand-même. Il faut jongler avec le temps. Ok. Et là, en fin de matinée, maintenant qu’il y a un interprète, on entend le mis en cause qui ne veut pas d’avocat. Bingo, maintenant, il en veut un. Ok. Appel au barreau, l’avocat rappelle. Il sera là dans 45mn. Ok, pas de problème.
1h plus tard, il est là. Ah, mais oui ; il faut un entretien, maintenant. Allez ; 20 minutes. On commence l’audition, il est 13h, environ. On pose les questions, toutes les questions…. A l’issue « maitre, avez-vous des questions à poser à votre client ». Ca, c’est fait. Au mis en cause « vous êtes certain de n’avoir rien de plus à dire » ? Et ce dernier « est-ce que je peux m’entretenir avec mon avocat, en privé ». Et là, qu’est-ce qui me prend ???? J’en sais rien, la fatigue, certainement : « d’accord ». Et c’est parti ; on descend. Petit entretien rapide. On remonte « j’aimerais modifier quelques déclarations ». Très bien, on continue, mais en fait, on recommence, puisqu’il faut expliquer les mensonges. Ils s’expliquent. Ok. Sauf que le défèrement était prévu à 18h. Mais là, devant les dernières déclarations, il y a de nouvelles investigations à faire. Allez, va pour la prolongation. Mais là, c’est JLD obligatoire. Ok y va. Il nous attend.
Et là, c’est le show ; on arrive au JLD. Les prolongations GAV passent en priorité, devant les détentions provisoires. Saut que le juge est occupé ; Ok ; on attend 10mn, 20mn, 30mn…. Euh…. La fin de GAV, c’est dans 20mn, là. Ah, j’oubliais. Bien sur, il n’y a plus qu’un seul interprète (eh oui, l’autre est au TGI, chez le JLD). Et pourtant, l’interprète va devoir partir ; week-end, vacances…
Bref, le JLD accorde ses prolongations ; pour l’un des GAV, à 5mn près ! Retour service, et il faut notifier ces prolongations. Et là, c’est médecin obligatoire pour tout le monde. Ouf ; cette fois-ci, c’est le médecin qui va passer. On appelle les avocats. « Maitre, votre client est prolongé, et on va procéder à de nouvelles auditions ». Forcément, la version d’un malfaiteur a changée ; il faut donc en parler aux autres. C’est reparti. les auditions se terminent, il est une heure du matin passé.
A priori, on n’aura rien de plus dans les auditions. Ok. Retour maison après, il faut l’avouer, une petite bière au passage, pr se détendre un peu des quelques heures de stress passées….
Déferement prévu samedi à 14h. le temps de monter la procédure, faire les photocopies, les quelques actes qui manquent, les fins de garde à vue, la numérotation des feuillets… c’est parti.
Voilà, il est 14h, départ pour le TGI. Il y a donc 488 feuillets de procédure.
Ce qui est certain, c’est que cette équipe, qui vient d’être interpellée, est d’un très bon niveau (si si, même s’ils ont été interpelés, il y a une organisation qui dénote de ce que l’on voit habituellement). Et ceux-là, sont de ceux que l’on peut appeler les « beaux » voyous ; même si le terme est ambiguë. Ils sont respectueux des policiers ; quand bien-même on « joue » les uns contre les autres, il n’y a pas de problème. Pas un mot plus haut que l’autre. Du respect. Et, parfois, même, de l’humour. On peut discuter cinq minutes au détour d’une cigarette autorisée. Bien sur, rien qui ne puisse être en lien avec la procédure en cours ! Parler des quelques connaissances communes (un homme interpellé quelques années auparavant, connaissance du malfaiteur ici présent). Et pourtant, les choses sont claires ; il y a le voyou et les policiers. Chacun reste à sa place. Mais, par rapport à la situation tendue du début, tout s’aplanit au fil du temps. Les langues se délient, les contradictions s’effacent.
Ah, mais il faut y aller. Le Proc attend la procédure, et le dépôt attend les mis en cause. Qui  seront probablement bientôt mis en examen.
Ah, j’oubliais ; une autre grosse affaire est tombée, entre temps. Lundi, c’est reparti comme en 40 !
Sauf que, en plus, je suis de permanence pour le week-end. Enjoy.

lundi 16 mai 2011

Et si cela se passait en France...


L'affaire "DSK" appelle, depuis48 heures, beaucoup de commentaires. On a vu le patron du FMI menottes au poignet hier, on l'a vu aujourd'hui au tribunal et, ce soir, il reste, on peut le dire, contre toute attente en prison, sur la décision d'un juge américain.
J'avoue ne pas connaitre la procédure accusatoire, et vous invite à faire comme moi, et lire le blog de Maitre Eolas. Loin de moi l'envie de faire de la pub, mais il faut reconnaitre une chose, il y a des connaissances chez ce conseil, c'est un fait.
Voilà donc un des hommes les plus influents de ce monde, un des plus puissants, en prison, et ce, au moins, jusqu'à vendredi. Nous verrons la suite.
Mais, que se serait-il passé si l'affaire s'était déroulée en France, avec un haut dignitaire américain? Même si cela ne sert pas à grand chose vis à vis de cette affaire, elle permet de mettre en lumière deux systèmes différents; le système inquisitoire (notamment français) et le système accusatoire (anglo-saxon, d'une manière générale).
Prenons donc l'exemple d'un fait se déroulant à Paris; l'auteur présumé étant en partance pour un autre continent.
Je précise, avant toute chose, qu'il ne s'agit-là que de mon point de vue, et qu'il n'engage que moi, étant précisé qu'en France, la Police agit sur les instructions du Parquet, autorité judiciaire (même si ce principe est décrié, notamment par la CEDH).
Le début de l'enquête française aurait été, à mon sens, assez similaire. Les policiers, apprenant que l'auteur présumé s'apprête à prendre l'avion, l'auraient interpellé de la même manière. De façon tout aussi similaire, ils auraient procedé à des constatations dans l'hotel, entendu les éventuels témoins, pris la plainte de la victime (avec, sur sa personne, des prélèvements ADN), et certainement visionné les caméras de vidéo-surveillance disponibles.
De son coté, le mis en cause aurait été placé en garde à vue. Il aurait droit à voir un avocat et, depuis maintenant un mois, à en être assisté durant les auditions. Avec, également, le droit de garder le silence. Le tout notifé par ce que l'on appelle le Procès-verbal de placement en garde à vue et notification des droits; bref, le PV de GAV.
S'agissant d'une personnalité de premier plan, il est évident qu'il y aurait eu une pression particulière, non pas une influence de qui que ce soit, mais une volonté de toutes les autorités d'avoir des informations en quasi "temps réel". Que ce soit l'autorité administrative (la Direction d'emploi) ou Judiciaire (le Parquet, lui-même dirigé par le Ministre de la Justice).
Toujours est-il que le Parquet, régulièrement informé du déroulement des investigations policières, aurait décidé, à l'issue de la garde à vue, de faire déférer (ou non) devant lui, la personne en garde à vue. Vraisemblablement, il aurait décidé de ce que l'on appelle une ouverture d'information, qui a pour effet de faire désigner un Juge d'Instruction (par le doyen des Juges d'Instruction). Ce jour aurait alors décidé (ou non, mais en l'occurence, probablement) la mise en examen de la personne ayant été placée en garde à vue.
La première différence notable survient à cet instant. Le Juge d'Instruction français aurait alors demandé (ou pas) le placement en détention provisoire, ou le contrôle judiciaire.
Il m'est permis de penser, de par les quelques connaissances que j'ai, qu'en France, il cette personnalité aurait été mise en examen et placé sous contrôle judiciaire. C'est à dire une obligation d'aller signer, de manière régulière, un registre prévu à cet effet, dans un tribunal ou un service de Police.
Si, par le plus grand des hasards, le Juge d'Instruction avait demandé le placement en détention provisoire, la décisions serait revenue au Juge des Libertés et de la Détention. Encore moins de chance qu'il place en détention provisoire une personnalité de premier plan.
Pourquoi pas de détention provisoire?
Avant tout, certainement que le contrôle judiciaire aurait été assorti d'une confiscation du Passeport, susceptible de l'empêcher de quitter le pays. Le juge aurait éstimé, conformément au droit en vigueur, que la personne avait des garanties de représentation, une famille, des revenus, bref aucune raison valable de quitter le territoire durant l'enquête en cours et de vouloir fuir la justice française.
S'en serait alors suivie une instruction, dirigée par le Juge d'Instruction, lequel aurait probablement délivré une Commission Rogatoire à un service de Police spécialisé dans ce genre d'affaire. On peut tout à fait imaginer que la Brigade Criminelle de Paris aurait été saisie de ces faits.
L'enquête aurait alors prise un certain temps, disons quelques mois pour le moins. Même un juge d'instruction bien occupé (ils le sont, en fait, tous) aurait subi une pression à finir rapidement son enquête; et, même s'il est indépendant, il aurait considéré ce dossier prioritaire, dans la mesure où susceptible d'être source de désagréments.
La personne mise en examen aurait été entendue sur le fond des faits reprochés durant cette instruction, et peut-être confrontée à son accusatrice.
Une fois l'instruction achevée, le magistrat aurait rendu une ordonnance décidant, soit un renvoi devant une juridiction de jugement, soit un non-lieu, qui aurait mis fin à l'enquête.
Les faits sont passibles, en France, de la Cour d'Assise. En l'éspèce, il est question d'une fellation forcée, en d'autres termes, en droit français, un viol. Qui dit viol, dit infraction criminelle, et donc Cour d'Assise. S'en serait suivi un jugement, devant des jurés non professionnel

Grosse différence par rapport à ce que l on a pu voir: En France, l on aurait jamais diffusé des images de la personnalité menotée; l article 803 du Code de Procédure Pénale l'interdit formellement. Il semblerait d'ailleurs que ces images, que l'on a vues, seraient également susceptibles d'entrainer des poursuite auprès des diffuseurs! ( Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la press, art. 35 ter, merci Mr Bachelet)

vendredi 29 avril 2011

Garde à vue.... suite... mais pas forcément "fin"...



Ca y est. La garde à vue « à la française », comme l’on disait, a changée. Le 15 Avril 2011, quatre arrêts de la chambre pleinière de la Cour de Cassation ont « revisité » la mesure alors que, la veille, était promulguée la loi réforme de cette garde à vue, votée par le Parlement. Loi qui aurait dû entrer en vigueur, dixit le texte « le premier jour du deuxième mois après promulgation de la loi ou, au plus tard, au 1er Juillet 2011.
Mais la Chancellerie n’a pas voulu attendre, et a donnée pour instruction d’appliquer, immédiatement (c'est-à-dire dès la diffusion des quatre arrêts de la Cour de Cassation), la loi du 14 Avril. Branle-bat de combat dans tous les commissariats, les barreaux et Palais de Justice ; il a fallu se mettre à la page plus vite que prévu.
Je passe sur le fonde la réforme ; il me semble que le droit y perd, mais c’est ainsi. C’est voté, enterriné ; désormais il faut appliquer, et on fera le bilan dans quelques temps (même si je pense que personne n’ira dire que cette réforme n’est pas bonne, quand bien-même des chiffres le démontreront).
Donc, désormais, c’est « notification du droit au silence » (qui, selon moi, ne sert pas à grand-chose ; celui qui ne veut pas parler ne parlera, de toute façon, pas) , mais surtout « présence de l’avocat » pendant les auditions. Soit.
Des premiers retours, il semblerait qu’il n’y ai pas eu de gros problèmes (pour le moment). En même temps, de part et d’autre, il me semble qu’il y a des gens intelligents ; à quoi s’attendait-on ? Que les policiers se mettent à frapper les avocats (à défaut de le faire sur les mis en cause) ? Plus sérieusement, il ne pouvait en être autant.
Le problème est ailleurs, et il est, à mon sens, bien présent. La Cour de Cassation n’a jamais demandée l’application immédiate de la réforme de la garde à vue, dans le sens de la loi votée au Parlement. En fait, elle a, notamment dans on arrêt 592 P+B+R+I, précisé que « les Etats adhérents à la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont tenus de respecter les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, sans attendre d’être attaquées devant elle ni d’avoir modifié leur législation. On comprend donc (enfin c’est ce que moi, je comprend, en tous les cas) que, sans même attendre qu’une nouvelle loi soit promulguée, on se doit (l’Etat, donc, à mon sens, la police et la magistrature), de respecter les décisions de la CEDH. Et cette Convention va plus loin que notre loi, dans la mesure où elle demande à ce que les personnes gardées à vue puissent être, non seulement assistées de leur avocat pendant les auditions, mais aussi que ces derniers aient accès à l’ensemble des actes incriminant leur client, durant cette même phase de garde à vue.
Conclusion : si la Cour de Cassation nous dit qu’on doit respecter la CEDH avant-même un changement de loi, on devrait donner accès au dossier aux avocats (sur le fond, je suis contre, mais je parle bien, là, de la théorie).
Donc, non seulement,à ce jour, la Chancellerie nous demande d’appliquer un texte qui n’est pas en vigueur, mais en plus, on risque d’aller droit dans le mur puisqu’on ne va pas assez loin ! Et là, cela se complique, puisque même les magistrats, entre eux, ne sont pas d’accord. D’où une véritable incertitude juridique dans laquelle nous sommes désormais plongés. Plusieurs manières de faire, plusieurs décisions différentes qui seront prises en fonction des avis divergents.
Et j’en veux pour preuve la décision que l’on peut consulter ici
 Une procédure déjà cassée au motif que l'avocat n'avait pas accès au dossier !
Bref, on navigue à vue avec, parfois, des procédures lourdes qui risquent d’être cassées, de manière aléatoire, fonction du magistrat qui sera appelé à prendre les décisions !
Pour résumer : du grand n’importe quoi. Et qui va payer?

mercredi 9 mars 2011

HW2: Jamais deux sans.... !


Rappel des faits: en Décembre 2008, le bijoutier "Harry Winston" se fait braquer par quatre hommes, déguisés en femme, qui font main basse sur 85 millions de dollar de bijoux. Le "casse du siècle", et probablement l'un des tout plus gros braquages de tous les temps dans le monde (allez, disons dans le "top" 3).  
C'était une énième perquisition, menée dans un pavillon de la banlieue parisienne. Elle est le fruit d'environ 30 mois d'enquête, une année et demi après les premières interpellations. En Juin 2009, les perquisitions avaient amené à la découverte de près de 60% du butin. Une autre grosse partie a été découverte, cette fois-ci. La fois précedente, il avait fallu jouer les "plaquistes"; cette fois-ci, c'était du gros oeuvre, les égoutiers.... Parmi les bijoux retrouvés (une vingtaine), l'un est estimé à 6 millions d'euro, avec ses 31 carats. J'ai envie de dire, comme ca, éffrontément, que cette bague n'est même pas "belle", au sens esthétique du terme; elle n'a aucun raffinement, plus grosse que la largeur d'un doigt. Mais je vois déjà certaines femmes prêtes à me jeter des oranges à la figure. Bien évidemment que tout le monde aimerait avoir cette bague; ou plutôt la valeur qu'elle représente. Dire que le bijou ayant le moins de valeur est éstimé, tout de même, à environ soixante dix mille dollars ! Ce genre d'affaire nous fait perdre les repères relatifs à la valeur de l'argent. Hallucinant, autant de valeur dans un seul petit objet; rien à voir avec un tableau inestimable! Nous ne sommes pas dans la même recherche !
D'une manière générale, l'avantage, avec de telles "affaires", c'est que le temps nous est laissé, pour travailler. Et sereinement. Souvent (pas toujours, malheureusement), le travail paye. Présentement, c'est le cas.
En plus de la satisfaction claire de résoudre une affaire, il faut avouer qu'il en est une autre, qui m'est toute personelle: celle de se dire qu'un voyou ne va pas "tranquillement" purger sa peine, avec la satisfaction intérieure, la sérénité, même,  de se dire qu'il aura, en sortant, un petit magot, mis de coté, et qu'il pourra "se refaire". Après tout, quelques années de prison sacrifiées pour 14 millions cachés (même si ces bijoux auraient probablement été revendu à un prix bien inférieur à celui du marché).
 C'est, pour moi, déjà, une forme de justice, une des motivations (s'il en faut) qui m'animait. Ne dit-on pas "bien mal acquis ne profite jamais"? Ce sera le cas. Et pourtant, ces gens, présumés auteurs (j'avais pas envie de le mettre, ce mot, mais bon) n'auront pas besoin d'aller aux restos du coeur, en sortant de prison. C'est une autre réalité; à mon sens (et cela n'engage que moi) des petits ont été mis de coté (c'est mon sentiment, et rien d'autre).
Voilà; j'ai là, pour cette affaire, le sentiment du travail bien fait. Je suis, de mon coté, fier d'avoir pu participer à cette affaire, fier de faire partie du groupe qui l'a traitée et réussie, fier d'avoir passé plusieurs centaines d'heures sur ce dossier. Et j'ai la conscience de ne probablement plus jamais faire une aussi "belle", en tous les cas par le montant de son préjudice. Certes, d'autres arriveront probablement, et tout aussi probablement, me rendront fier, pour d'autres raisons.
Maintenant, d'ici quelques mois, la justice fera son travail. Cette équipe sera jugée pour l'ensemble de son oeuvre. Esperons-le, jugée comme il se doit.

lundi 28 février 2011

une journée.... pas commes les autres...


Je suis tranquillement à travailler un dossier. J'y suis depuis quelques jours déjà, à faire ce travail, et c'est assez fastidieux. Il est dix neuf heures. je me décide de rentrer chez moi. Et, comme toutes les six semaines, avec trois de mes collègues, je suis d'astreinte, pour la nuit. S'il devait y avoir une affaire pour le service, je serai appelé.
Comme tout bon parisien qui se respecte, je m'engage dans les bouchons. Les grandes artères parisiennes, le périph, l'autoroute.
19h20, un coup de fil. Juste "pour info", il vient d'y avoir un braquage. Normalement, c'est pas pour nous, mais bon. L'adresse? Mais je la connais ! Ne serait-ce pas notre victime de la dernière fois? J'appelle, puisque j'ai gardé contact avec ce monsieur. Oui, c'est bien lui qui a de nouveau été braqué ! Et les faits ne sont pas ceux qui étaient rapporté dès le départ. Finalement, c'est "pour nous"; il faut y aller. Je fais demi-tour, et quelques minutes plus tard, j'arrive sur place avec les collègues d'astreinte, comme moi.
C'est comme cela que démarre un dossier; un coup de fil, une "histoire" (pour la victime, souvent une douleur, un drame, voir un traumatisme). Ok; on fait le boulot; on se répartie les tâches. Pour moi, ce soir, ce sera quelques témoins, que je ramène au service pour les auditionner.
Il est 23h; avant de partir, je m'arrête prendre une "tite mousse", avec les collègues; un petit quart d'heure, le temps de débriefer, et dégager les premiers axes d'enquête.
Le lendemain, retour à huit heures. Le temps, quelques minutes, de poursuivre le travail de bureau entamé la veille; et, lorsque les collègues arrivent, au se remet sur le nouveau dossier.
Au fur et à mesure que les éléments sont à exploiter, on "tire la ficelle".
Et là, tout s’accélère; la ficelle est de plus en plus grosse. C'est un fil. Qui, rapidement, devient une pelote.
Ca y est. On les tient. Mais.... mais.... zut, ils sont déjà partis. Non, peut-être pas. Ils n'ont pas encore passé la frontière, c'est certain. On sonne l'alerte, les collègues de la PJ en province, la Police aux Frontières. Il faut filtrer. Mais, surtout, il faut y aller.
La voiture? Trop long, on a du retard. Le train? Il est dans 20 minutes.
Un coup de fil au parquet, un autre aux collègues locaux. Un troisième par ici, un quatrième par là, puis un autre, encore un autre. Ok, on peut partir; on a le droit. Cela ne plait pas à tout le monde, visiblement, mais on a le droit. A croire qu'on ne marche pas tous dans le même sens. M'enfin !
18h30. Départ du train. Ouf, il n'est que 18h27; mais le contrôleur nous attend, il parait ! Arrivée prévue trois heures plus tard. Un peu de temps pour se reposer de la journée, réfléchir à la manière de procéder....
"Vous êtes en service"? C'est le contrôleur, qui me parle."Euh oui, pourquoi"? "Il a une femme, dans le train; je pense qu'elle m'a donné un billet de train falsifié; et cette dame, n'a pas de papiers; Vous pourriez aller voir"?"Ok, pas de problème".Avec le collègue, on y va. On discute (pas évident, en chinois), on cherche.
" Elle n'a pas de papiers", me dit-on, au bureau. Comprendre, elle est en situation irrégulière.
" Non, attend; je l'ai trouvé; il y a une lettre de différence, le prénom n'est pas orthographié pareil. Mais l'adresse est bonne".
Ok. Une mise en garde auprès de madame, toujours avoir une pièce d'identité sur sois. C'est mieux.
Allez, je me rassois. Je ferme un oeil.
"Hum..."
Oh non, encore lui.
"J'ai un autre souci, là. Un monsieur, au fond du train; il n'avait pas de billet, et il m'a reglé avec un chèque; il m'a présenté une pièce d'identité, mais j'ai l'impression que c'est une fausse".
Nous voilà reparti à l'autre bout du train.
"Bonjour monsieur, Police Nationale. Avez-vous une pièce d'identité"?
"OUi, bien sur; que se passe-t-il"?
Le monsieur nous tend sa carte d'identité.
"Le contrôleur a émis un doute sur l'authenticité de votre chèque; donc on fait quelques vérifications".
"Quel chèque? Je n'ai jamais remis de chèque au contrôleur" !!!!
Ah ben voyons. Celle-là, je l'avais pas vu venir. Ca sent pas bon !
"Donc, le contrôleur ment"!
Début du colère pour ce dernier; il est assermenté, patati, patata.
On vérifie le chèque; et, badaboum, Monsieur X a commandé un chéquier à sa nouvelle agence, mais il ne l'a jamais eu.
Ok; le "flag" est consommé; on a une tentative d'usurpation d'identité, un recel de vol, et une tentative d'escroquerie.
Je m'adresse au contrôleur: "Il ne vous reste plus qu'à appeler la gare d'arrivée, pour prévoir un accueil pour monsieur".
Comme le temps passe vite. Dix minutes plus tard, on est arrivé. Et le comité d'accueil est là.
Ok, on passe à autre chose. Vite, on est attendu à l'autre bout de la ville. On est là pour notre affaire, quand-même!
On y va. Les collègues locaux ont commencé sans nous. ils procèdent au contrôle.
Zut, ce n'est pas bon. On s'est trompé.
Déception.
A défaut, on va faire connaissance avec les collègues. Mine de rien, on n'a même pas mangé. l'accueil est sympa.
Mais il faut trouver un hôtel.
"t'inquiète pas, collègue; c'est vu; on vous a réservé deux chambres à coté de la gare".
Ça, c'est de l'accueil, dites-donc.
Allez, une petite nuit, et on reprend le train dans l'autre sens.
Pfff.... même pas un change, rien. C'est ca, quand on part à l'arrachée, comme ca"! Pas terrible, mais c'est un peu ce que j'aime, dans ce boulot.
On ne sait jamais ce qui peut se passer dans l'heure qui suit.
Ca y est; c'est l'heure de reprendre le train, dans l'autre sens. Ca ne fait même pas 24h qu'on était parti !
Voilà le contrôleur qui vient nous voir: "Bonjour, messieurs; vous êtes de service"? Oh non, ca recommence ! "Euh oui". "Bon, super; si j'ai un problème, je vous appellerai". "Pas de problème, on est là pour ca"... Ca y est, ca recommence; on va recommencer à arpenter le train de long en large.... Il ne le fera pas. Tout ce petit voyage se passera bien. Finalement, à 13h, retour au service. Mais y'a du taf, pas question de rentrer tout de suite. Allez, on s'y remet. Mais je vais quand-même partir un peu plus tôt. Histoire de voir les enfants quelques minutes.Maintenant, je vais aller dormir; j'en ai besoin. La nuit dernière a été courte. Et celle d'avant l'avait déjà été; le petit dernier ne voulait pas dormir.
Eh oui, il faut tout combiner.
Mais il ne faut pas se plaindre.
Demain, nouvelle journée de travail. Mais, pas de panique, c'est bientôt le week-end. A moins que...

vendredi 14 janvier 2011

Journaliste et/ou voyou...



L’affaire de Villiers, telle qu’on l’appelle. Voilà une grosse affaire de banditisme qui a connu de grosses avancées, cette semaine. Huit mois après les faits, la BRB a procédé à une série d’interpellations en région parisienne.  Une « affaire » qui avait bien mal commencée, dans la mesure où une collègue de la Police Municipale est décédée, abattue par les voyous puissamment armés. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit.  D’une personne abattue.
Le seul hic, il manque, dans ces interpellations, Faid Redouane qui a « échappé aux enquêteurs ». Comme par hasard ! Je me comprends.
Qui est Faid Redouane ? Rappelez-vous, il y a quelques jours ; Canal+ vous annonçait la diffusion d’une émission choc sur les « caïds des cités », le nouveau banditisme. Non, ca ne vous rappelle rien ? Regardez le menu de cette émission. On nous parle d’abord de « Renard », un voleur de voiture à priori chevronné, d’un homme qui s’adonne aux go-fast (comprenez importation expresse d’une grosse quantité de drogue), des meurtriers d’Aurélie Fouquet, cette jeune collègue de Villiers, puis…. Et puis…. Et là, ca me choque… l’image suivante… je dis bien l’image suivante… j’insiste, c’est important. L’image et le reportage suivants sont consacrés (ca fait mal de dire ça, mais c’est bien le mot) à Faid Redouane qui a été condamné dans le cadre d’au moins une attaque de fourgon blindé. Et lui-même nous dit, dans le reportage que, lors de cette attaque, à Villepinte, pour échapper à la Police, lui et ses complices ont fait feu, à la Kalachnikov, sur les policiers qui arrivaient. Mais « il n’y a pas eu de blessés », nous dit-il. Et, donc, désormais, Faid Redouane est recherché par la BRB dans le cadre de l’enquête relative au meurtre d’Aurélie Fouquet.
Et la suite ? Mais elle est écrite à l’avance. Je ne pense pas (et c’est une idée tout à fait personnelle) qu’il restera en cavale. Il va faire comme les voyous qui sont loupés à l’interpellation ; il va attendre que les autres soient présentés à la justice, que les avocats aient accès au dossier. A partir de ce moment-là, il aura connaissance des éléments d’enquête à son encontre, et pourra inventer son histoire, avec son avocat. Et, à ce moment-là, il ira se constituer prisonnier devant le magistrat ; ce dernier, espérons-le, le dirigera vers la police. Il fera une garde à vue, au cours de laquelle il ne dira rien, attendant que le temps passe. Et il sera mis en examen. Ensuite, placé en détention ou libéré, selon les instructions du magistrat.
Ce qui est pratique, dans cette affaire, c’est que la presse en sait autant que les enquêteurs ; non, c’est bien. Le secret de l’instruction est « presque » (je reste correcte, là) respecté, c’est plaisant. Depuis le début, la médiatisation de cette affaire est ahurissante. Pour vous dire, au moment d’aller procéder aux interpellations, c’est tout juste s’il n’y avait des paris qui concernaient l’heure du premier flash info qui ferait part des interpellations ! Voir-même, aurions-nous pu nous attendre à être accueillis par les journalistes au bas des immeubles !
J’en reviens à l’émission, diffusée par  Canal +, c’était le pompon. Déjà, voir les deux reportages sur la victime, et un des individus recherchés dans le cadre de cette affaire, m’a choqué. Que dire du journaliste qui a fait ce reportage ? Lorsque l’on sait que le livre qu’a sorti Faid Redouane a été écrit par ce même journaliste ! Où commence la déontologie, chez lui?
Et je vais aller plus loin, sur ce reportage : bien heureusement, je n’ai pas d’enfant adolescent qui était susceptible d’avoir regardé Canal+, ce soir-là. Auquel cas, à sa place, je me dis « moi, je veux aller habiter dans la cité, et faire comme eux. Ca rapporte bien, leur truc, là ; et ca a l’air facile ».
La liberté de la presse… oui, mais à quel point ? à quel prix ?
Décidément, je ne comprendrai jamais ce journalisme !

samedi 11 décembre 2010

Le fossé se creuse

Voilà quelques temps que ce blog restait muet. Pour plusieurs raisons. Peu d’inspiration, dira-t-on.
Il m’était difficile de ne pas réagir à l’actualité policière. Pour rappel, à Bobigny, une Chambre Correctionnelle a condamné sept policiers à des peines de prison ferme. Les faits : en septembre dernier, un policier est blessé après avoir été percuté par un véhicule. Selon la procédure judiciaire qui s’engage, le conducteur d’un véhicule qu’ils avaient pris en chasse est désigné comme l’auteur des faits ; l’enquête semble démontrer que le fonctionnaire n’a pas été heurté par le véhicule de l’individu initialement désigné, mais en fait par un autre véhicule de police.
L’enquête s’est donc retournée contre les policiers qui étaient jugé cette semaine à Bobigny. Au résultat, les peines citées plus haut, supérieures aux réquisitions du Parquet.
Alors, quel peut être le sens de cet écrit ? Je suis policier, donc forcément, je vais défendre mes collègues. Oui et non. Je commencerai par le non, parce que si les faits sont tels qu’on les raconte (je n’ai aucune source directe, juste, comme tout le monde, le dires des médias), ils ne sont pas en adéquation de ce que l’on peut attendre d’un policier. Avant tout, probité. Pour autant, je ne vais pas faire de leçon de morale. Je ne suis pas parfait. Je m’abstiens. Joker.
Nous sommes d’accord, ce qui s’est passé, tel qu’on nous le présente n’est pas bien. Mais je m’interroge. On condamne donc ces policiers à des peines de prison ferme. Ces policiers vont donc aller en prison (en théorie, puisque, en deça d’une peine d’un an, les peines ne sont pas appliquées). Mais c’est bien cela que souhaitent les magistrats de Bobigny qui ont procédé aux condamnations.
Je ne vais même pas parler politique, mais je vais faire le lien avec ce que, d’où je suis, je peux voir.
Oui, c’est une réalité, les relations qu’entretiennent les policiers avec la magistrature de Bogigny sont différentes de celles que l’on vit avec d’autres parquets. Et, d’où je suis, ce sont 4 tribunaux auxquels je suis susceptible d’avoir à faire ; moi, mon groupe, ou mon service. Donc, des retours, j’en dispose ; directement ou indirectement. Mais ce sont des réalités.
Combien ai-je pu voir de mis en cause (qui sont réellement auteurs) sortir juste après leur comparution ? Que ce soit au cours d’une instruction ou d’une comparution immédiate. Et les affaires en parallèle sont nombreuses, donc les comparatifs tout à fait faisables. Nombre de décisions prises sont surprenantes, et en tous les cas ne vont pas dans le sens de la justice ; en tous les cas, pas celles qu’une victime est en droit de réclamer ! Pourquoi ? Comment en arrive-t-on là ?
J’ai la faiblesse de croire, sans chercher d’excuse, qu’il ne pourrait en être autrement. Je m’explique : prenons le cas d’un vol simple, à priori punissable d’une peine de 3 ans de prison, comme le prévoit le Code Pénal. Essayons de juger cette même affaire, en même temps, dans deux tribunaux différents ; à Bobigny (pour le coup), et en Creuse. Il est évident, et su de tous que la condamnation ne sera pas la même. A coup (presque) sur, le mis en cause sera bien plus fortement condamné en Creuse ; et, tout aussi surement, sortira libre de son audience à Bobigny. Mais personne ne fait rien pour lutter contre ces différences.
Explication : pendant que la Creuse voit 30 vols sur un mois (les chiffres sont imaginaires, et juste explicatifs), la Seine Saint Denis en voit 900 (là aussi, le chiffres est imaginaire, mais il illustre la disproportion entre les 2). Et à force de voir tous ces mis en cause, on leur trouve des excuses. Et tous les jours un peu plus. Et, chaque jour, on se dit qu’on ne peut pas envoyer tout le monde en prison, auquel cas, la population carcérale serait facilement triplée. Donc, les magistrats font des choix ; peut-être par proportion (je dis bien « peut-être »). Du genre, « pas plus de dix condamnation ferme par jour ». J’insiste bien, mes chiffres sont imaginaires, et ne défendent que MA théorie. Et donc, on condamne, sur une journée (ou sur un autre laps de temps) les dix faits les plus graves. Encore une fois pour ne pas faire exploser les chiffres. Et, ma foi, pour le reste, eh bien on fait avec.
A l’inverse, les affaires mettant en cause des policiers, sont bien moins nombreuses ; elles existent, c’est une réalité. Mais, au regard du nombre de vol, ou autre infraction, elles sont proportionnellement bien moins nombreuses. L’occasion, donc, de faire un exemple. Et c’est bien de cela dont il s’agit. L’exemple, chez les délinquants, il est inutile. Mais, devant les policiers, on se dit que peut-être cette condamnation va servir.
Et c’est typiquement ce qui s’est passé à Bobigny il y a 24 heures. Je n’excuse en rien les collègues qui ont, à priori, fauté. Mais, en termes de proportion, c’est tout simplement indécent. D’autant que, encore une fois, le policier subira une double peine ; la condamnation pénale, et la condamnation administrative qui le verra rayé des cadres de la Police Nationale.
Un jour ou l’autre, il faudra pouvoir juger des affaires similaires de la même manière, d’un coté à l’autre du territoire ; au risque d’en arriver où nous sommes. Et, forcément, de créer des tensions entre magistrats et policiers qui devraient normalement travailler ensemble ; ou, pour le moins, de manière cordiale. Et là, on fait tout le contraire ; les uns sont opposés aux autres.
Et je ne parle même pas de politique ; où l’on sait que la magistrature est, par nature, à gauche, et la police, à droite… allez comprendre ce qui s’est passé à Bobigny. Mais, une fois de plus, il ne s’agit pas de justice ! Mais le fossé se creuse !