samedi 19 janvier 2013

quelque part entre les Antilles et Stockolm...


On peut définir le syndrome de Stockolm comme est un phénomène psychique caractérisé par un sentiment de confiance, parfois même de sympathie, que développe une victime de prise d'otages envers ses ravisseurs. Ce sentiment peut aussi apparaître chez le ravisseur qui se laissera influencer par la victime. 
Cette définition, je ne l’ai pas inventé, vous trouverez un article bien plus précis ici.
Qu’est-ce que cela vient dans la choucroute (normal, pour un alsacien), me direz-vous ?

Me voilà au sortir de quelque 45 heures de travail accomplies en trois jours. Avec, autour, deux journées « normales », d’une dizaine d’heures. Bref, une semaine bien chargée, qui a commencée par des surveillances, s’est poursuivie par des interpellations, et une séquence de garde à vue en criminalité organisée. L’issue s’est avérée, pour nous, positive, puisque ces interpellations se sont traduites par l’exécution d’un mandat de dépôt, pour les gardés à vue, à la prison locale.
Bien entendu, je ne parlerai pas du fond, secret de l’instruction oblige. Mais plus de l’ambiance… au sens large…
Le premier jour est celui, systématiquement, de l’interpellation. Il va de soit, et c’est on ne peut plus logique, que le gardé à vue ne nous porte pas dans son cœur ; il voit, par le biais de son interpellation, et de la garde à vue qui s’en suit, ses perspectives d’avenir s’assombrir… et ce, d’autant plus que, plus on  grimpe la hiérarchie des services judiciaires (ce n’est bien sur pas systématique, mais assez souvent vérifié) plus les chances d’en sortir à l’issue sont réduites. Les services que je fréquente depuis quelques années, et l’expérience qui est désormais la mienne me font dire qu’il est assez rare qu’un individu interpellé par nos soins ne soit pas placé en détention provisoire à l’issue de la garde à vue. Je me répète, mais c’est important, ce n’est pas une vérité absolue, mais un constat. Il est évident que chaque affaire est différente, et que ce sont toujours les magistrats qui prennent les décisions de mise en examen, et placement en détention provisoire. Mais ne nous égarons pas…
Donc, le premier jour, celui de l’interpellation, est assez souvent « tendu ». Le gardé à vue ne sais pas à quelle "sauce" il va être mangé. Et, du coté du policier, il a beau en connaitre pas mal sur son "client" (avec les écoutes, surveillances, etc…), le fait de l’avoir en face, ce n’est pas pareil. Bref, le policier et le gardé à vue se jaugent l’un l’autre.
Et le temps passe. Les auditions se suivent… les versions évoluent. On passe, bien souvent, du mensonge éhonté, dans la première audition (que l’on appelle audition de chique) à quelque chose qui se rapproche souvent plus de la vérité. Je mets de côté les menteurs professionnels qui, pris dans la main dans le pot de confiture, ne reconnaîtront pas l’avoir touché. Bref, n’en déplaise à certains avocats, une certaine complicité s’installe. Cela n’enlève rien à la place de chacun. Ce qui est écrit le demeure. Mais, en dehors, tout se passe beaucoup mieux. On élargi un peu le contexte pour, finalement, parler de la vie.
Arrive alors la fin de garde à vue.

 Et c’est là l’expérience nouvelle qui est la mienne. Enfant gâté que j’étais à Paris, une fois le « client » au dépôt, tout était fini. On se fait une petite fiesta entre collègues pour décompresser, et on passe à autre chose.
Mais il en est tout autre en province. Il s’agit, là, d’amener les gardé à vue auprès du Juge d’Instruction, pour le déferement ; et ce sont donc les enquêteurs qui assurent la sécurité durant les débats. De fait, d’abord devant le juge d’instruction, puis, éventuellement, devant le juge des libertés et de la détention, le fameux JLD.
Pour la première fois, j’ai donc assisté à ces débats, aujourd’hui. Pour en arriver à ce jeune de 25 ans, qui se trouve devant le juge, assisté de son avocat, qui accepte de répondre aux questions du magistrat. Je ne suis même pas sur qu’il le comprenne toutes. Mais il répond. Juste. Sans surprise. A l'issue, là aussi sans surprise, il est mis en examen ; le Parquet demande son placement en détention provisoire, tout comme le juge d’instruction.  Nous sortons du bureau, dans l’attente d’être reçus par le JLD. Entre temps, l’avocat se charge de récupérer deux membres de la famille, puisque l’audience est publique.
Et là, il a envie de parler ; plutôt besoin, en fait. Il est sorti de prison il y a quelques mois seulement, sous bracelet éléctronique. Il bosse… un peu, mais cela ne lui permet pas de vivre avec sa petite amie, et leurs deux enfants. Et il est obligé de rentrer un peu d’argent, pour vivre, et faire vivre cette petite famille. C'est du moins ce qu'il m'explique Il est, à cet instant, spontané ; rien ne l’oblige, et tout est « off », comme diraient les politique. Ce qui me fait dire qu’il est sincère.
Sa femme et sa tante, qu’il considère comme sa mère, arrivent. Il retrouve le sourire, le temps d’un bisou volé auprès de sa bienaimée. Pour l’occasion, elle s’est « bien » habillée. C’est important de bien paraître au tribunal. Un peu comme à l’Église. Finalement, il s’agit de se montrer sous son meilleur jour devant celui qui va décider pour vous…
L’audience commence ; le représentant du Parquet est entendu. Puis le client, et son avocat. Le magistrat demande quelques minutes pour délibérer. Il s’agit alors de dire au revoir à la famille. La petite amie garde le sourire ; cela semble remonter le moral du jeune homme. L’homme va pour embrasser sa tante. Il lui bise la joue gauche, puis tend sa joue droite. Mais rien ne vient. Nouvelle tentative…. Pas plus fructueuse. Il a, en retour, un regard froid. Sur le coup, il reste fier, mais, aussitôt qu’il doit lui tourner le dos, les larmes commencent à couler sur sa joue. L’attitude de celle qu’il considère un peu comme sa mère l’a touchée au plus haut point.
J’avoue, il me fait de la peine. A 25 ans, il semble plein de bonne volonté, depuis trois jours que nous nous côtoyons, il est très respectueux (ce qui est loin d’être la règle) mais n’arrive pas à trouver de travail; le chômage des jeunes est ici un gros problème. Il fait bien de la mécanique, pour les copains, les connaissances.. ; arrive à gagner un petit billet, à droite à gauche… mais ça ne fait pas vivre. Comme souvent, la facilité s’est emparée de lui. L’argent facile. Dur de résister, surtout lorsque l’on n’a pas d’autre opportunité, et des mauvaises fréquentations !
J’éprouve beaucoup d’empathie, pour lui. Il me fait de la peine. C’est là que je voulais en arriver.
Que les choses soient claires ; à aucun moment, l’enquêteur n’a quoi que ce soit de personnel contre celui qu’il va ou qu’il a arrêté. Chacun sa place. Le policier fait son métier, mais il n’y a jamais rien de personnel. Soyez-en certain. Nous nous devons d’être neutres, notre seul but étant de résoudre l’énigme, l’enquête qui nous est confiée.

Celui qui est désormais partie à l'enquête, puisque mis en examen, est vraiment touché ; au plus profond de lui. Et je suis gêné… ; enfin, pas gêné, il n’y a pas d’erreur, dans l’enquête, et ce qu'il a fait est grave; certainement sans qu'il en ai conscience… l’homme est à sa place… Mais, d’une certaine manière, comment pourrait-il en être autrement ? Il n’a, semble-t-il, aucun environnement positif, personne pour l’emmener vers le meilleur. Quelles solutions s’offrent à lui ? La réinsertion ? Un petit coup de canif, et l’engrenage a fait le reste…

Décidément, je faiblis, avec le temps…

Me voilà donc, ce soir quelque part en Suède… pas très loin de Stockolm…  

dimanche 13 janvier 2013

Intolérance pour tous


Je ne voulais pas trop rentrer dans le débat, mais, une fois de plus, je n’ai pas le choix.
C’est aujourd’hui qu’a lieu, la manifetation des « anti » mariage pour tous. Plusieurs dizaines de milliers de manifestants sont attendus à Paris, en attendant, celle qui verra se réunir les « pro ».
Et je lis beaucoup de choses, mais principalement beaucoup d’intolérance, et pas forcément où on le croit. J’entends ceux qui pensent que les « anti » sont intolérants, qu’ils sont contre l’égalité pour tous. J’entends cet argument.
J’entends aussi celui qui m’a été soufflé par Marie-Anne Soubré, par lequel à partir du moment où une réforme était partie intégrante du programme d’un candidat, l’on devrait se plier à ce changement, une fois le candidat élu. Parce que, tout simplement, c’est un principe républicain. Cet argument est, pour moi, un argument « massue », fort. Il m’a fait pas mal réfléchir. Et même si j’y met quelques petites réserves, je ne suis pas loin de penser que c’est un des seuls qui vaille.
Quelle réserve ?La première vient du fait que, pour qu’il tienne, encore faudrait-il  que tous les politiques, de tous bords, s’y accordent. Ce qui ne sera jamais le cas.
Autre limite : En votant un candidat, on peut être d’accord avec une partie de son programme, et en désaccord avec l’autre. On peut être pour le programme économique de Francois Hollande, et contre d’autres mesures. Ne peut-on pas imaginer qu’un candidat est élu sur certaines idées, et pas sur d’autres ? Imaginons que les votants de Francois Hollande l’aient élu sur son programme d’ouverture, qui comprend le mariage pour tous, ou encore le droit de vote pour les étrangers, et qu’à l’inverse, les votants soient en désaccord avec son programme économique ou sécuritaire. Ces gens-là devraient-il se taire ?
En ce qui me concerne, étant plus idéologiquement de droite, j’étais en accord avec certaines propositions de la droite, et en désaccord profond avec d’autres. N’aurais-je donc pas eu le droit de le dire ? J’étais profondément sarkozyste en 2002, et je n’étais pas d’accord avec la RGPP ou encore la chasse aux statistiques ; n’aurais-je pas eu le droit de le dire, parce que j’avais voté pour lui ?

Bref, si tu me lis, Marie-Anne, je t’ai entendu (ou lu), mais… il y a un mais…
Et pourtant, aujourd’hui, il est une chose qui me fatigue profondément. En ce jour de manif, comme un peu tous les jours, je parcours twitter. Si je fais une analyse rapide de ma TL, je constate que 95% de mes abonnés sont favorables au mariage pour tous. Soit. Je lis certains arguments qui se tiennent, d’autres un peu moins (attention à ne pas chercher d’argument où il n’y en a pas). Ok. Mais ce débat est désormais tellement passionné qu’il fait la part belle à l’intolérance. J’aime beaucoup le média qu’est twitter, parce que, justement, je trouve que l’on s’enrichi des débats qui peuvent s’y dérouler ; débat qui se déroule avec des personnes que l’on aurait jamais rencontrées autrement. Chacun argumente sa position, on prend certains arguments, on en combat d’autres… bref, c’est le principe du dialogue. Et j’aime beaucoup cela. A titre personnel, à combien de reprises me suis-je déjà « battu » avec certains avocats,  sur des sujets police/justice ? Et en général, même si ces débats ont pu être, parfois, un peu « tendus », ils se sont toujours déroulés dans le respect ; d’un coté ou de l’autre, sans jamais aucune insulte. . Enfin, je pense… même si, j’avoue, j’ai un peu de mal avec le second degré. Soit. On ne se refait pas.
Mais là, aujourd’hui, cela dépasse l’entendement. Ce que je vois passer  n’est tolérance  C’est donc la journée, je me répète, de manifestation de ceux qui sont hostiles au mariage pour tous. Et je suis outragé de lire certaines choses. Outragé de voir que l’on peut comparer les manifestants, pour faire simple, à Hitler, les réduire à des fascistes et/ou débiles qui n’ont rien dans la tête. Que penser lorsque je vois passer « dimanche, il y aura trois rassemblements, en fonction de si t’es complètement nazi,  juste homophobe ou tout simplement con ».
A l’inverse, que dire de ce manifestant qui a comparéFrançois Hollande à Hitler ? Tout aussi con et stupide.
Vous voyez, encore une fois, la règle est respectée ; les cons n’ont pas de couleur, pas de visage, ils sont partout.
Ces personnes, qui se veulent donneuses de leçons devraient avant tout se regarder en face. Cette propagande est juste contraire à ce qui est défendu. Arrêtons un peu les insultes et autres rabaissement des autres. Chacun ne peut-il avoir ses idées et être respecté en tant que tel ?
Alors, s’il vous plait, vous, qui me suivez et que je suis, arrêtez d’essayer de ressembler à ces personnes. Tenez-vous en à des arguments et surtout, respectez les idées qui ne sont pas les vôtres. Elles ont le droit d’exister. 


Pour finir, en un mot comme en cent: sus aux cons. 

jeudi 10 janvier 2013

un peu d'humanité, que diable...


En moins d’une semaine, la société française se trouve confrontée à deux actualités "douloureuses". Et ce, à double détente, si je puis dire.
Il y a quelques jours, une grand-mère, âgée de 94 ans, se fait expulser d’une maison de retraite, alors que, semble-t-il, sa famille n’a pas payé l'établissement depuis plusieurs mois. Au total, ce ne sont pas moins de 40.000€ qui ont manqué d’être réglés.
Aujourd’hui, c’est une petite fille qui est ramenée chez elle par la Police municipale, alors que les parents  ont, semble-t-il, cessé de payer la cantine.
Ces deux affaires, distinctes, ont émues les français, et ont été largement été reprises par la presse.

Pourquoi à double détente ?
Il y a là, un double problème. Le premier, humain, est celui de se voir en quelque sorte mis à la porte, pour une histoire d'argent. Et, pour le coup, il s’agit, à deux reprises, et c'est le plus grave, de personnes dites vulnérables ; un enfant, et une personne âgée. Toutes deux n’ayant aucun lien direct avec, non seulement la décision d’éviction, mais surtout, avec le problème initial du non-paiement.
Il s’agit là d’un problème d’humanité.

Et pourtant, demeure le problème initial.
Prenons les choses dans l’ordre inverse.
Un établissement, ici une cantine et une maison de retraite, proposent des prestations, lesquelles n’ont pas été payées. Le principe même de toute entreprise (même si l'une d'elle est publique), est de se voir payé la prestation qu’elle a réalisée. Si ce n’est pas le cas, que doit-elle faire ?

Pour autant, il est une évidence ; dans les deux cas, il s’est agi de maladresse. Il existe, c’est certain, des solutions juridiques ; surtout dans le premier cas, où cela fait plus d’une année que les impayés demeurent. Dans le cas de la cantine, y a-t-il eu assez de discussions entre la mairie et les parents ? Ces derniers ont-ils tout simplement voulu aller « jusqu’au bout » ; on ne le sait pas trop ! Toujours est-il que faire ramener une enfant de 5 ans à la maison par la police (même municipale) est très maladroit ! Et même infamant. Un enfant ne devrait jamais avoir à être dans ce genre de situation ! Tout comme expulser une grand-mère d’une maison de retraite, en la ramenant à une adresse qui n’a, de plus, pas été vérifiée, puisque avérée comme étant ancienne.
Au final, ce sont deux graves erreurs, qui ont été commises. 
Encore une occasion de rappeler que, dans le cas de litiges, il existe, à tous points de vue, des solutions juridiques. Même si la justice peut paraître lente (puisque surchargée), elle ne doit pas moins rester la solution ultime. Surtout, rappelons-le, lorsqu’il s’agit de personnes vulnérables, comme le sont les enfants, les personnes âgées, ou même handicapées.
Voilà ce que l'on récolte, à faire des raccourcis, en ayant une gestion quelque peu "légère" des conflits. A chaque fois, la "une" de la presse qui se trouve être, au mieux, une très mauvaise publicité pour chacun des établissements. Avec, par la suite, des répercussions qui sont loin, finalement, bien plus importantes que le problème initial. 
Une leçon à retenir, pour certains. 

dimanche 9 décembre 2012

Tranche de vie.... à l'hopital

Il est déjà vingt et une heure. 
Trois heures, que nous sommes dans cet hôpital  La chance est avec nous, puisque le personnel médical s'occupe de nous, et fait ce qu'il peut. 
Ah, j'ai oublié un détail: ce n'est pas moi, ni même mes collègues, qui avons des problèmes de santé. 
Non, ce sont deux de nos gardé à vue. Comme la loi le leur en donne la possibilité, ils ont demandé à voir un médecin, durant leur garde à vue. Cinq heures plus tard, le praticien est venu. Pour nous dire que, sur l'ensemble des gardé à vue que nous avions, deux nécessitaient un contrôle au sein d'un établissement hospitalier. Soit. 
Nous voilà donc, tous les quatre, à attendre... en partant du service, j'ai misé sur "la nuit". Deux GAV, avec une radio, des pansements à changer, le pompon, comme dirait l'autre... 
Ce soir, la chance est avec nous, l'infirmier répartiteur nous a pris "à la bonne", il est sympa, et s'occupe de faire avancer les choses. 
Il faut dire que je ne suis jamais très à l'aise, avec des gardé à vue, en dehors d'un service de police; Plus le temps passe, et plus le risque de fuite est réel. Toujours se méfier. 
Tout se passe bien. Enfin, pour nous. 
Le lieu n'est pas très approprié à la rigolade, certes; pourtant, cela nous aide à passer le temps. 
L’espace d'un instant, je me retrouve seul. Seul face à la réalité, où un peu par hasard, je sors de ma petite bulle policière  Nous sommes dans un hôpital  Qui dit hôpital dit patients. J'ouvre les yeux; il y en a partout. Et nous ne sommes que dans les couloirs. Ce sont les murs qui longent les lits, et non l'inverse. Je parcours les visages, les uns après les autres, et c'est le désarroi, que je lis. Le personnel médical passe, repasse, dans un sens, puis dans l'autre. Et eux, comme les vaches qui regardent les trains, ils observent, peu ou proue, sans mot dire. Bref, les patients patientent.


La configuration des lieux fait que nous sommes juste de l'autre coté d'une paroi où patientent les familles. Devant m'adresser à une infirmière, j'ouvre la porte. Lui donne les documents dont elle a besoin. Comme d'habitude, réquisition judiciaire, mémoire de frais, et certificat médical initial, établi par le médecin, dans nos locaux. 
Une jeune femme en profite pour tenir la porte ouverte; cette porte qui sépare familles et patients. Très joli brin de femme. Elle me demande si elle peut aller voir son papa! Qui suis-je pour lui répondre, ici? Spontanément, elle me dit venir d'une petite commune de montagne, à trente kilomètres de là. Bref, comme l'on dit, une petite "trotte". Nous conversons, lorsqu'elle me dit qu'elle est embêtée, à cause des "clients qui attendent". J'enfile ma carapace... quoi, une avocate? (oui, je sais, réflexe débile, mais je suis bien conditionné (lol) sait-on jamais, attention aux pièges... retour de la parano); nous discutons quelques instants. Finalement, le temps, pour elle, de s'assurer que je ne lui barrerai pas la route. Et puis, elle se décide, franchit le seuil de la porte, et disparaît dans les couloirs, à la recherche de son papa.
Je vais pour retourner auprès de mes collègues, mais la porte est retenue. C'est une femme âgée, qui apparait dans l'encadrement de la porte. Les traits tirés, le visage triste...  
Nos regards se croisent, je vais pour continuer, lorsqu'elle m'adresse la parole. Je ne puis faire autrement que me retourner.
 "C'est mon mari, qui est là. Nous sommes là depuis treize heures - il est alors 20h - . Personne ne nous dit rien. Il a fait un AVC. Il faut dire que c'est le troisième... en deux mois. La deuxième fois, il est tombé par terre. Dans la chute, il s'est ouvert, sur le crâne; et sa blessure ne cicatrise pas! Vous avez, monsieur, il est tout, pour moi... 32 ans que nous vivons cote à cote". 
Je lis, sur le visage de cette femme, tout le désespoir qui est le sien. Elle cherche du réconfort, mais je ne sais quoi lui dire.
 "Il ne parle quasiment plus, vous savez; ne me reconnait plus... mais il mange bien", essaye-t-elle de se rassurer. Evidemment  sans être médecin, on ne peut que se dire que, passé trois AVC en si peu de temps, forcément, le monsieur doit avoir un problème assez important et, à chaque fois, un peu plus de séquelles.
 "Vous savez, nous avons un petit restaurant, dans la montagne; et nos clients attendent, là. Heureusement, ma nièce est restée, ce soir, pour les servir". Elle continue à me parler de son restaurant que j'arrive, finalement, à localiser. "C'est ma fille, que vous avez vue, tout à l'heure". 
Ah, "l'avocate", me dis-je, plus stupide que la moyenne! 
La conversation dure une petite dizaine de minutes; C'est tout le poids du monde, qui repose sur les épaules de cette femme. "Tata Linette; tenez, voici la carte du restaurant; passez nous voir, quand vous le pourrez". 
Et elle continue à me parler de sa vie, de son mari... je sens qu'elle en a besoin. Même si je ne peux faire grand chose pour la soulager, je vois bien que, à cet instant, elle a juste besoin d'une oreille qui l'écoute. 
Huit heures qu'elle attend, dans une salle d'attente, des nouvelles de l'homme qui représente la moitié de sa vie. Huit heure que pas une seule personne ne lui a donné de nouvelles. Je la sens désespérée  vraiment perdue. Elle me fait de la peine. Elle a l'air tellement gentille, si humaine.... 
"c'est bon, on a le certif... ". Ca y est, c'est l'heure de repartir; il est presque vingt deux heures. Les deux GAV sont menottés, retour dans le véhicule. 
Au passage, je croise "l'avocate", finalement restauratrice; je l'entend dire qu'elle a vu son papa, que "ça va bien". "Tata Linette" esquisse un sourire, en fait un soulagement. Elle va se rassoir, maintenant qu'elle a repris une dose de moral qui la fera patienter encore un peu. Je conduis mes deux "clients", nos regards se croisent, elle me gratifie d'un joli sourire. Que je lui renvoie. 
Bon courage à vous, Tata Linette, me dis-je. 
Bref,  pour moi, un autre instant d'humanité, une tranche de vie, au milieu de cette course contre le temps qu'elle une garde à vue.
Aujourd'hui encore, je pense à cette femme. Ému... 
A très bientôt, madame; je me ferai un plaisir de venir vous saluer. Vous, et, je l’espère votre mari. 

samedi 1 décembre 2012

un seul être vous manque et tout est dépeuplé... alors imaginez deux!

C'est un peu triste, ce soir, que j'écris ces quelques mots.
Voilà quelques mois... que dis-je - le temps passe - quelques années, que je me laisse aller à la blogosphère, ou encore sur les réseaux sociaux. Tout ce temps pour tenter de dépeindre ce qu'est mon métier, montrer que nous policiers, ne sommes pas si loin des citoyens que nous devons protéger  et que, d'ailleurs, nous sommes, avant toute chose.
Montrer que nous ne sommes qu'humains, finalement; professionnels, certes. Mais humains. De fait, avec des défauts. Et, j'ose espérer  quelques qualités. J'insiste, mais finalement, ni mieux, ni moins bien que d'autres. Pareils. La seule chose que nous avons, c'est une éspèce de procuration de l'Etat, d'agir en son nom, selon les textes que nos représentants ont voté.
Par ma présence, j'essaye, en quelque sorte, de dépeindre mon environnement d'une manière différente que ce peuvent en raconter les journalistes, en général les seuls ayant accès à une partie de ces données.

Et pour cause, rien n'est mieux dit que lorsqu'il l'est de l’intérieur, par celui qui vit l'évènement.
J'ai commencé par un blog, et j'ai continué via le microblogging "Twitter".
Plus le temps est passé, moins je me suis senti seul .Je me suis fait la remarque, il y a peu; j'étais le premier à critiquer magistrats, avocats et autres journalistes. Ils représentent désormais 70% des gens avec qui je suis en contact via ces réseaux sociaux; Oh, je n'en connais, IRL, comme l'on dit -comprenez In Real Life - que très peu. Ce n'est pas faute d'en avoir envie... Et, jour après jour, échange après échange, on apprend un peu à se connaitre .Tantôt au travers d'un sujet personnel, la plupart du temps au travers d'un fait divers que nous commentons, et parfois, par le biais des commentaires que nous faisons tous sur nos professions respectives.
Puisque, finalement, c'est là que se trouve l'échange, le vrai. parler de ce que l'on connait, des difficultés rencontrées. De l'autre coté, le twittos, qui, peut-être comme moi, avait quelques idées préconçues et qui, au fil des discussions, comprend les difficultés "d'en face".
Le ton est différent chaque jour; l'humour, la colère, l'ironie. chaque jour, et chaque interlocuteur sont différents. Question de caractère, aussi. Parfois même chamaillerie; et je ne suis pas le dernier.
Il y a quelques temps, j'aurai dit "c'est de leur faute...", pour ne parler, finalement que de manière corporatiste. Aujourd'hui, je dis "qu'est-ce qui a pu conduire..." ; oh, j'en arrive parfois à la même conclusion. Mais pas toujours.
Policiers, gendarmes, magistrats, avocats... faisons partie d'une chaîne extrêmement complexe.
Une société idéale voudrait que toute cette chaîne fonctionne à la perfection. que les rouages soient huilés, et que le tout soit à plein régime... constamment, tout le temps.  Mais nous sommes tous humains, avec, parfois nos erreurs, mais aussi nos difficultés respectives, qu'elles soient personnelles ou professionnelles.
Toutes ces petites raisons qui font qu'un jour ne ressemble jamais à un autre. Que l'on apprécie les bons jours comme l'on déteste les mauvais.

Bref, je m'étend.... je m’égare, même.

Mais je me sens enrichi, au contact de toutes ces connaissances, aussi, puisque j'apprend, au quotidien, ce qu'est leur vie, mais surtout quelles sont leurs contraintes et leurs difficultés. J'ose espérer que eux, derrière leur écran, ressentent, au moins un tout petit peu, la même chose.
Tout cela n'empêche pas les désaccords, qui peuvent parfois être profonds. Mais toujours respectueux.
Mais au moins, on essaye de se comprendre; bref, même si on ne se voie pas, on communique.

Pourtant, nous rencontrons une difficulté. Tous, autant que nous sommes, magistrats et policiers, relevant du pouvoir que nous délègue  chacun en ce qui nous concerne, l'Etat, devons nous imposer un devoir de réserve. Quelques lignes de recherche me font découvrir qu'en fait, ce devoir, nous est imposé depuis 1935, et qu'il est, en fait, issu de la jurisprudence. Bien que repris, pour ce qui me concerne, dans le Code de Déontologie de la Police Nationale, issu de l'article 11 du Décret du 18 Mars 1986, lui portant création.

Bref, nous devons donc faire attention à ce que nous disons, aux opinions exposées.

En 1986, Twitter n'existait pas; je ne parle même pas de l'an de grâce 1935.
En ces temps, n'existait pas, non plus, l'anonymat qui confère à celui qui parle, une sécurité, une distance, sans pour autant qu'il soit dans l'obligation de renier ce qu'il est, sa profession, information qu'il serait alors censé porter un peu comme une croix, un boulet... une honte, dont il ne faudrait parler à personne.

Twitter et les blogs permettent à tout un chacun de s'exprimer, tout en permettant de mettre en avant, ou du moins de ne pas le cacher, ce qu'il est, ce qu'il fait.
La seule condition nous nous imposons tous: Pas de noms, pas ou peu de précisions géographiques. De sorte à ne pas mettre à mal une affaire dont nous aurions connaissance, ainsi, et surtout, ses acteurs.

Et voilà qu'un journaliste (est-ce bien la bonne appellation?), qui avait du temps à perdre (c'est comme cela qu'il se décrit lui-même), vient remuer tout ça, pour faire le "buzz".Ce journaliste descend dans la fosse pour "dénoncer" deux professionnels évoquant leur quotidien. Non sans humour, d'ailleurs, et c'est même ce qui tend à rapprocher de telles fonctions du citoyen "lambda".
On reproche tellement souvent aux policiers, comme aux magistrats, d'être dans leur tour d'ivoire.
Imaginez un peu les horreurs auxquelles nous faisons face tous les jours. Vols, viols, meurtres, alcool, drogue... Mais sans l'humour, la dérision... ou serions-nous?
Que ferions-nous, sans mêler cette distance à ce quotidien finalement si tragique?

En voilà deux, donc, qui ont voulu en descendre, de cette tour, pour se mêler à  la foule. Plutôt que de dépeindre une situation glauque, ils ont pris un ton humoristique pour évoquer une affaire qui leur revenait. Encore une fois sans aucun détail permettant d'identifier la dite affaire.
Ce qui n'a, et j'insiste, à aucun moment remis en cause leur travail puisque chacun est donc resté à sa place, dans le rôle qui est le sien. Cette affaire s'étant, de fait, déroulée, comme toutes les autres, jour après jour, sur tout le territoire français, sans incident.

Voilà donc un homme qui pense qu'il serait interdit de penser. Ou du moins de dire ce qu'on pense, même anonymement, sur un ton autre que grave, limite depressif!
A quand la lobotomie qui nous empêche directement de penser?

Mais j'en veux encore plus à cet homme qui, en plus, s'est permis de livrer en pâture - il n'y a pas d'autres mots - les identité de ceux qui se voulaient anonymes.

Monsieur Dewitte, vous n'avez rien compris. Rien. Aujourd'hui, j'ai pu lire ce commentaire qui trouve là tout son sens: hier, les magistrats voulaient censurer la presse; désormais, c'est la presse qui censure les magistrats".
Votre article est juste contre-productif; A contre courant de la société.

Devant ces faits, j'ai pensé à m'auto-censurer, à me limiter, comme certains.. mais à y réfléchir  je n'ai rien à me reprocher. Je n'ai donc aucune raison de me cacher. J'assume ce que j'écris, en faisant attention, toujours, à ne pas nuire, ni à mon institution, ni, directement, à mon travail, et aux enquêtes auxquelles il m'est donné de participer. Bien au contraire, mon but est de défendre l'institution et le travail que je suis fier d'accomplir tous les jours.

Pour finir, amis lecteurs, je ne peux que vous conseiller cette lecture: rassurez-vous. Si vous avez tenu jusqu'ici, il vous sera bien plus facile de lire ces quelques lignes.



A deux twittos qui n'ont toujours fait que respecter la noble profession qui est la leur. 

mercredi 3 octobre 2012

Toutes les vérités sont bonnes à dire... y compris en garde à vue


Ah... que ça faisait longtemps.. ah... que ça faisait longtemps.... la bonne vieille marotte!
Voilà que Maitre Eolas nous fait un retour sur la garde à vue à l'occasion de l'affaire qui secoue actuellement le handball français. 
Théoriquement, vous avez lu le billet d'Eolas... mais; si ce n'est pas le cas, allez-y, ici. 



Comme vous l'imaginez, je ne pouvais m'empêcher de lui répondre... et je vais donc le faire "point par point", afin que je sois certain d'être bien clair.

D'avance, je m'excuse des citations parfois longues, mais il me parait utile détailler mon avis, sur tous les points abordés. 

Déjà, ces joueurs ont donc fait appel, comme vous l'avez dit, à des pénalistes réputés. Il m'arrive parfois de pester contre les voyous que je croise, qui ont les moyens, et on se demande bien comment, de se payer des avocats réputés, dont les honoraires le sont tout autant.
Dans le cas présent, la question se pose moins (encore que, vue l'infraction elle-même...), donc, cela ne me gêne pas. Ajoutez à cela les possibilités qui font que, du fait de la "publicité indirecte" qui leur est faite, les défenseurs peuvent choisir de ne pas se faire payer leurs émoluments.
Ils ont choisi des avocats qu'ils estiment "bons". Soit.
Ceci étant, et j'en ai eu la démonstration hier, vous ne pouvez empêcher l'inconscient de certains, de se dire, et c'est facile, je le concède "ah, ils ont donc quelque chose à se reprocher". Je le répète, c'est un raccourci, soit.
Vous nous faites ensuite remarqué que "tous ont fait le choix, manifestement coordonné...." Ah, ça veut donc dire qu’ils se sont préparé à l'éventualité de la garde à vue; ok, ok... ils ont donc eu le temps d'en discuter, entre eux, avec leurs avocats... bref, on peut donc considérer qu'ils ont eu le temps de coordonner leurs versions! ok, ok... soit!

Ah, un de mes moments préférés.... le pays "droitdelhommiste"... oh, je vais m'attirer les foudres de Jupiter, je le sens... mais je suis d'avis que ce genre d'adjectif (qui n'en est pas un, mais bon, il est employé ainsi) nous cause, chaque jour, plus de soucis que la veille; on veut tellement créer du droit qu'il en devient parfois absurde, voir incongru, et parfois bien loin de ce que l'on imagine être la justice. Ceci étant, je ne peux nier le fait qu'il faut poser des limites à tout, et que c'est bien le rôle du droit que de le faire.... mais nous sommes désormais bien plus loin que ce que l'on peut attendre de la justice. Et notre société est le reflet du droit appliqué.

Ah, mon passage préféré. Si si, je vous assure, je l'adore, celui-là; histoire de bien faire éveiller l'inconscient des lecteurs:
" Le policier est libre, le gardé à vue ne l’est pas (il peut même être menotté au cours d’une audition, alors qu’il est formellement interdit à un juge d’entendre une personne entravée"
Non, vraiment, je l'adore; je pense encadrer ce passage et le mettre dans mon bureau; j'espère avoir un jour l'honneur de vous revoir, Maitre, et peut-être consentirez-vous à me le dédicacer.
Plus sérieusement; à quoi sert ce passage? Pourquoi se sentir obligé de rabaisser la fonction policière... j'ai l'impression que, dans ces mots, il y a, non pas de la haine (je sais bien que ce n'est pas le cas), mais quelque chose d'indescriptible, mais si loin de l'image de la police; dans les faits et dans la réalité. Vraiment; je suis... non pas choqué (il m'en faut un peu plus, désormais), mais désabusé par ce genre de phrase, qui nous renvoie à une image de tortionnaire, encore une fois....Je rappelle que lorsque le policier entend quelqu'un qui est menotté, c'est qu'il estime qu'il y a un danger potentiel; que la personne est susceptible de s'évader ou d'être violente. 

Bon, bref; je sais bien que je ne vous apitoie pas.Mais, non las, vous continuez:
"Le policier fait un service de huit heures et rentre se reposer..." Là, vous lisez dans mes rêves; comment avez-vous deviné? Oh, certes, il est des policiers qui font des journées de huit heures (allez, je vous le concède, il y en a même qui en font moins); remettons les choses à leur place, si vous le voulez: ces policiers (bande de fainéants) lorsqu'ils ne font que ces heures-là, sont donc en "équipe"; c''est à dire qu'ils sont de matin ou d'après-midi. Ils commencent donc très tôt et finissent tard. D'ailleurs, ceux qui sont d'après-midi, font, 90.% du temps, des heures supplémentaires, dans la mesure où, vous ne l'ignorez pas, la garde à vue est limitée dans le temps... eh oui, il est loin, mon rêve, où je ne fait, sur une garde à vue, que huit heures, parce que je sais que j'ai tout le temps que je veux pour procéder aux actes nécessaires...
Donc, ces collègues fainéants qui ne font que huit heures ne représentent donc pas toute l'institution judiciaire. Eux font ce qu'on appelle le "ramassage"; certes, en terme de chiffre de garde à vue, un nombre certain de mesures qui tend d'ailleurs à baisser. Mais toutes les affaires judiciaires que vous pouvez voir au travers des médias, qui sont le fruit de longues enquêtes... toutes ces affaires sont traitées par des policiers qui font bien plus que les 8 heures. Et bien souvent ces heures ne sont pas "notées", et donc ni récupérées ni payées. Ces heures sont faites dans le seul but d'accomplir le travail de la meilleure manière qui soit. Et il n'est pas rare que ces heures se rapprochent bien plus de la vingtaine que des 8 petites heures décrites plus haut.
Attention, je ne cherche pas à faire pleurer dans les chaumières. Je veux juste, encore une fois, remettre les choses à leur place.

ah, les conditions de la garde à vue... un point sur lequel je suis partagé. Souhaiteriez-vous, peut-être, que l'on donne des "étoiles" aux cellules de garde à vue, A celles qui auront la télé, celles qui auront une bibliothèque bien remplie, un large choix de musique, un téléphone.. peut-être un lit double (sait-on jamais, les rencontres dues au hasard....). Non, sérieusement. Je puis concevoir qu'il y a des choses qui ne devraient pas avoir cours.. le minimum étant un matelas propre avec une couverture (et je sais bien que c'est loin d'être toujours le cas), et des toilettes propres. Pour le reste, oui, il s'agit de mesures de sécurité. Et vous n'imaginez pas l'ingéniosité dont savent faire preuve certaines personnes. Je préfère donc prendre le risque d'empêcher 200.000 personnes de lire pendant  24 heures (j'espère qu'elles ne comptaient pas sur la garde à vue pour se cultiver) que d'en voir une seule qui s'est étouffée avec du papier.

"Quand je suis commis d’office pour assister un gardé à vue, je sais que je suis confronté à une personne qui n’a qu’une hâte : que ça se termine le plus vite possible, et qui est prête à dire toutes les sottises qui lui passeront par la tête dans l’espoir que ça se termine".

Le jour où il viendra à l’esprit que la vérité, c'est bien, aussi. Que jamais il n'est demandé à un gardé à vue de mentir. Certes, les questions sont posées, reposées, reformulées, c'est vrai; mais c'est notre job. Et l'on parle bien de vérité, pas d'inventer. Bien souvent, les ennuis commencent avec les mensonges. Et, une fois de plus, les déclarations doivent être corroborées par des éléments, qui sont plus ou moins nombreux, parfois absents, c'est vrai... de là à dire que les enquêtes sont transmises, et jugées avec un "oui, c'est moi, je l'avoue", et point barre... Non.

"Pendant le temps que vous vous languissiez, la police a travaillé".... faites attention, vous pourriez être pris de regrets, que d'écrire de tels mots!

"Le résultat de ces investigations a été consigné dans des procès-verbaux. Le policier les connait. Le procureur les connait. Le juge d’instruction les connait. La presse les connait. En fait, tout le monde les connait sauf deux personnes : votre avocat et vous. Et pourtant, c’est vous qui allez être interrogé sur le contenu de ces PV".

Allez, un brin de mauvaise foi... "tout le monde sauf vous et votre avocat". Ben voyons! 
L'avocat qui assiste aux auditions, avec un un brin de logique, dispose de nombre d'éléments qui figurent dans le dossier. Certainement plus que ce qui fuite dans la presse (fuites qui demeurent une aberration). Pour ce qui est du reste du dossier, vous l'aurez... plus tard... 

"La plupart des questions posées sont des questions dont la police a déjà la réponse".
Ah, une vérité; une vraie. Ce principe sert à jauger, autant que faire se peut, de la bonne ou mauvaise foi de la personne qui nous fait face. 

« Le réflexe des gardés à vue étant de mentir, c’est un jeu de massacre »
Ah, drôle de réflexe, mais soit. C’est vrai ; j’espère que nos handballeurs n’étaient chez leur maîtresse au moment d’enregistrer leurs paris ! Mais, je vous le concède, le mensonge peut vouloir cacher autre chose. Maintenant si comme vous le dites, l’enquêteur connait déjà toutes les réponses, il va pouvoir mettre à l’aise le client, et lui faire comprendre qu’il est informé de la double vie du gardé à vue. Surtout s’il était sur écoute.
Allez, je me livre à un petit tuyau ; je ne devrai pas, mais bon… lorsque vous êtes sur écoute, toutes les conversations sont enregistrées et écoutées. Je dis bien TOUTES. Mais n’apparaitront dans le dossier, retranscrites, que celles qui intéressent l’enquête. Tirez-en les conclusions que vous voulez…

Petit cours d’histoire du droit, sur l’origine de la présomption d’innocence. J’apprends ; comme beaucoup. Soit. Passage intéressant, « la loi punissait sévèrement le faux témoignage sous serment… ». Que l’on revienne à cela, et dès demain, je donne moi-même le dossier à l’avocat, et je le lui photocopie, même. C’est bien là le problème ; jamais on ne sanctionne le mensonge. Qu’il soit devant les policiers, devant le juge d’instruction…. On a beau jeu de dire que la peine est aggravée, si l’auteur est convaincu de mensonge… mais ce n’est pas vrai. Auquel cas, les prisons seraient deux fois plus remplies qu’elles ne le sont.

"Il n’y a que les coupables qui refusent de prouver leur innocence. N’est-ce pas monsieur Aphatie" ?
De mon point de vue, c’est une réalité. Pourquoi refuser ? Ah oui, au nom des sacro-saintes libertés, c’est vrai. Celui qui n’a rien à se reprocher, qu’il souffle. Si, effectivement, cette personne roule à l’eau claire, eh bien quelques instants plus tard, elle pourra repartir.

Vient maintenant ce que je qualifierai d'équivalent au "point Godwin" de la garde à vue! Cela me fait penser que je devrais trouver un terme à ce moment que nombre d’avocats nous servent à toutes occasions… C'est donc à ce moment précis qu'on nous repasse les Richard Roman, Outreau, Dils, Loic Secher…. Oh, ces cas ne me laissent pas indifférent. Loin de là. Mais, je vous rassure, aucun d’eux n’a fait de prison pour avoir truqué des paris sportifs. Bien sûr que ces erreurs judiciaires sont terribles pour ceux qui les ont vécues. Rien ne pourra jamais remplacer cette liberté qu’on leur a prise injustement. Mais combien y a-t-il d’erreurs, sur le nombre d’affaires traitées ? Bien évidemment, qu’il y en qui n’ont pas fait l’objet de tant de publicité, mais au regard de ce qui est traité tous les jours, la statistique est vraiment très faible. Cela n’enlève rien au fait que, celui qui s’est vu injustement condamné, pour lui, c’est du 100%. Bien sûr, qu’il faut tendre à ce qu’il y a le moins d’erreurs possibles. Mais aucun système n’est parfait. Aucun ; ni le nôtre, ni le système anglophone, ni aucun autre. La Justice des hommes ne peut être parfaite, puisqu’humaine.
Mais dire à un gardé à vue de ne pas parler, c’est un peu comme dire au potentiel acheteur d’une voiture de ne pas l’acheter, parce que, tous les ans, il y a des morts sur la route. Ou encore demander au policier de ne pas courir après le voleur, il pourrait se blesser ! Bref, dans tous ce que l’on fait, au quotidien, il y a des risques. Certes, la garde à vue n’est pas du fait de celui qui la subit. Mais, croyez-moi, les garde à vue « injustes » représentent une infime partie du chiffre global. Et, bien évidemment, si on savait à l’avance que la personne était innocente, elle ne serait pas en garde à vue. Mais cela, on ne le sait qu’après. Oui, il y a la présomption d’innocence. Celui qui n’a pas été condamné est considéré comme présumé innocent. Mais là aussi, un vide subsiste. Celui que tous les éléments accablent a droit au même traitement que celui sur lequel des doutes subsistent. Prenez l’exemple du voleur pris la main dans le sac. Eh bien il est considéré comme présumé innocent. Jusqu’au procès.

«  Il suffit pour cela qu’un officier de police judiciaire estime qu’il existe contre vous des raisons plausibles de soupçonner que vous avez commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement. De simples raisons plausibles. Qu’il estime souverainement, il n’existe aucun recours, aucune voie de droit pour contester cette appréciation d’un policier qui va vous coûter jusqu’à 48 heures de liberté ». 
Ah, cet OPJ, empêcheur de vivre en rond ! C’est un peu trop facile, que de décrire la décision de garde à vue ainsi. Certes, c’est la définition du Code de Procédure Pénale. Pour autant, je ne me suis jamais levé, un matin, en me disant « tiens, je vais mettre Bidule en garde à vue ce matin. Pourquoi ? Je m’en fous, c’est moi qui décide ». Ni moi, ni aucun de mes collègues n'avons jamais agi de la sorte ! La mesure de garde à vue fait l’objet d’un avis (même si c’est par mail ou fax) à un magistrat qui, au cours de la mesure va demander à ce qu’on lui rende des comptes sur les éléments . Ajoutez à cela le contrôle administratif qu’exerce la hiérarchie du policier. Chaque mesure que je vais prendre sera, au préalablement discutée avec cette hiérarchie.
Arrêtons donc, une fois de plus, de vouloir faire croire que les OPJ sont des tortionnaires sans aucun contrôle...

« Vous allez être confronté à un policier qui, lui, est convaincu que vous avez quelque chose à vous reprocher. Sa conviction repose sur quelque chose : une raison plausible à tout le moins, un indice, un témoignage, il y a quelque chose. Mais ce quelque chose, vous le ne connaitrez pas. On vous le cachera. On préfère que vous parliez librement, dans l’espoir que vous vous contredirez, que vous direz quelque chose démenti par ce quelque chose contre vous, que vous cacherez quelque chose que la police sait déjà. Et vous vous planterez forcément à un moment ou à un autre. »
Voilà le retour du policier (il n’était pas bien loin) qui n’attend qu’une chose, pouvoir enfoncer, juste parce qu’il l’a décidé au réveil (il devait avoir passé une mauvaise nuit), n’importe qui, pour n’importe quelle raison ! Et pourquoi donc tout le monde se planterait à un moment ou un autre ? De la même manière, il y a des choses largement compréhensibles ; on ne va pas demander le même niveau de détail sur ce qu’il s’est passé dans la vie d’un homme la veille, et sur le souvenir d’une journée de trois ans auparavant !

« … votre premier réflexe sera le plus fatal de tous : vous ne prendrez pas d’avocat, parce que seuls les coupables ont besoin d’un avocat, que cela contrarie visiblement le policier et qu’il vous a laissé entendre que cela rallongera la durée de la garde à vue, ce qui est inexact la plupart du temps, puisque le déferrement dépend d’éléments extérieurs comme la disponibilité d’une escorte et l’organisation matérielle du service : à Paris, le déferrement a lieu entre 18 et 19 heures, même si la dernière audition a eu lieu à 10 heures du matin ». 
J’ai aussi connu le cas d’une garde à vue durant laquelle j’ai dû attendre l’avocat ; et puisque ce dernier est venu plus tard qu’il n’était prévu, le gardé à vue a passé le reste de la nuit en cellule . Mais bon, quoi qu’il en soit, je n’ai jamais déconseillé un gardé à vue de prendre un avocat.

« Par définition, il n’y a pas de preuves de votre culpabilité, puisque vous êtes innocent ».
Alors celle-là, je me la passe dans la tête depuis tout à l’heure… je ne dois pas être bien intelligent, puisque je ne la comprend pas ! Donc, toutes les garde à vue sont des erreurs judiciaires ???  Les prisons sont donc remplies d’innocents !!!! OK, je note…

« La défense s’exerce à armes égales, c’est à dire dossier ouvert, et les preuves étalées devant vous. Vous avez le droit d’être confronté à vos accusateurs et à toutes les preuves réunies contre vous. Ce droit vous est dénié en garde à vue. La seule conséquence à en tirer est de ne pas collaborer à cette mascarade ».

On vous l’a dit, Maitre ; la garde à vue n’est pas contradictoire. C’est ainsi. Et ce n'est pas moi qui l'ai dit, mais le Conseil Constitutionnel. Tous les éléments seront connus du gardé à vue ultérieurement. Arrêtons de croire que les policiers n’ont qu’une envie, mettre tout le monde en prison. Ce que nous voulons, c’est arrêter les auteurs d’infractions. Cela tombe sous le sens.
« ... quand on se tait, on ne se contredit pas, on ne se trompe pas, on ne s’enfonce pas sans le vouloir »
En tous les cas, "on" ne s’explique pas. Donc, une raison de plus pour l’enquêteur de se dire qu’il y a quelque chose à cacher. Et, si le magistrat était indécis, peut-être la goutte qui va remplir le vase, et conduire à une incarcération. Alors que répondre aux questions aurait pu clarifier la situation très rapidement.

Enfin voilà, Maitre Eolas, vous nous refaites le procès de cette mauvaise police, contre tous ces gens innocents. Je ne reviendrais pas sur les raisons matérielles, de sécurité, d’organisation, qui font que l’accès au dossier ne doit pas vous être autorisé (même si tout le monde semble convaincu qu’il le sera un jour).  Jamais, dans votre billet, vous ne parlez de vérité. Ni de mensonge, d’ailleurs ! Que le gardé à vue mente ou dise la vérité vous indiffère  Une fois encore, votre intérêt, en tant qu’avocat, et ce n'est pas un reproche, juste un constat, n’est pas la vérité. Il est de satisfaire votre client, de faire en sorte qu’il soit le moins durement « punis ».
N’inversons pas les rôles. 


Pour ce qui est de nos champions du monde, je ne porterai pas de jugement sur le fond. Nous verrons bien l’issue de cette affaire. Une chose est certaine. Nous sommes passé, et là, je vous rejoint, de l’âge d’or du handball à l’âge de glace. Je suis de ceux qui pensent qu’il devrait tout simplement être interdit de donner tant de détails sur les affaires en cours ; surtout si elles sont de nature à faire l’objet d’une médiatisation plus qu’à la « normale ».
Cette affaire est sortie voilà quelques mois, déjà ! Tout était écrit ; à partir du moment où la presse s’est faite l’écho d’une supposée tricherie, la machine était lancée. C’est, de fait, la presse elle-même, qui a piégée les joueurs. Une fois l’affaire dans les journaux, les joueurs auraient visiblement paniqué, et passé des coups de téléphone plus qu’à l’habitude, en faisant état de l’affaire. Bref, c’est lors de ces instants qu’ils ont été les plus crédibles.  Quelle a été la teneur exacte de leurs propos ? Seuls les enquêteurs le savent. Les enquêteurs… et les parties prenantes au dossier.
Nous verrons bien, d’ici à quelques mois, l’issue de cette affaire. Mais, quoi qu’il arrive, innocents ou coupables, les joueurs auront été lynchés. 
Pour ce cas, on ne peut pas "refaire le match". 

samedi 22 septembre 2012

un fil et deux pots de yaourt... ne vous inquiétez pas, la police veille!

Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas vous parler d'actualité, mais plutôt du quotidien des policiers. Tous les policiers. Qu'ils soient en tenue, en Sécurité Publique, en Police Judiciaire, en CRS ou encore en sûreté du Territoire. Ce sont des métiers bien différents, mais qui ont tout de même des points communs. Et ces points communs sont avant tout matériels.
Si je vous parle matériel, vous allez, avant tout, penser à l'arme à feu, puisque c'est la plupart du temps son usage qui en est médiatisé. Elle a son importance, certes, mais se trouve être bien plus utile dans la dissuasion que réellement utile en tous temps.
Les plus tordus vont ensuite penser aux menottes. Oui oui, je vous vois, là... on s'est compris. lol Bref, les menottes, bien sur, utiles aux interpellations, et permettant d'éviter qu'un individu interpeller puisse prendre la fuite, ou encore frapper les policiers interpellateurs. Bref, elles aident à maîtriser celui qui est interpeller.
Tous les policiers de France et de Navarre, pour peu qu'ils soient 'actifs" sont équipés d'une arme individuelle et d'une paire de menottes.
Mais il est un élément qui me semble bien plus indispensable encore que tout cela: la radio.
La Police Nationale est dotée, depuis 1994, du système ACROPOL, qui n'est autre que l'acronym de "Automatisation des Commumnications Radiotéléphoniques Opérationelles de Police".
Ce système est sécurisé, numérique, et a surtout le mérite d'être utilisable sur tout le territoire national. Que l'on soit à Lille, Marseille, Paris.... et, fonction de certaines options, que tout ce petit monde soit sur le même canal; enfin, depuis la mise en place de ce système, on appelle ça une "conférence". Petit à petit, ce système a donc étendu. Avec un cout non négligeable. 640 millions d'euro, selon Wikipedia. Outre le système radio que l'on a tous en tête, cet appareil permet des appels directs, de style téléphonique, entre deux appareils, via un numéro d'identification unique.
Par ailleurs, ce système peut être couplé avec les réseaux d'autres services de secours, comme les Pompiers, le Samu... via le système Antares. Les gendarmes, quand à eux, utilisant le réseau "Rubis", lequel peut aussi être mis en réseau avec Acropol ou Antares.
Alors que j'étais en poste à Paris, j'ai souvent critiqué ce matériel. Problèmes de relais dans certaines rues, postes qui font 3x la taille d'un téléphone mobile, batteries fragiles....
Mais ce système a le mérite d'exister.

Voilà maintenant un mois que je suis arrivé aux Antilles, et que je suis affecté. J'apprend donc le fonctionnement du service, comme le fait n'importe quel "petit nouveau". Même s'il s'agit d'une antenne, il s'agit d'un service réputé. Je n'en dirai pas plus. La seule chose que l'on puisse dire, c'est que, dans l'inconscient de tous mes collègues, ce service est bien "doté".
Eh bien force est de constater que ce n'est pas le cas. Et même loin de l'être. Toutes les voitures ont près de huit ans, plus de 100.000km au compteur. Et, autant dire que ce kilométrage, aux Antilles, vaut un bon 200.000 en métropole, tant les voitures se dégradent du fait de la chaleur et de l'humidité qui plombent le matériel  Ajoutez à cela une bonne RGPP, donc une réduction des dépenses (comme toutes les administrations), et vous arrivez à la situation actuelle.
Ah si, j'oubliais.... enfin non... c'est là que je voulais en venir. Le service n'est doté d'aucun système radio.
Si si, c'est vrai. Si vous êtes policier, comme moi, vous devez penser, dans votre imaginaire, que n'importe quel service de police dispose d'un système de radio, hein??? Eh bien non! Ce n'est pas le cas! Le commissariat a des radios, mais la PJ... non!
j'avoue être carrément choqué! Il n'en va QUE de la sécurité des fonctionnaires! Très peu de choses, hein!!!
Bien évidemment, pour les surveillances, j'en parle pas... c'est juste quasi infaisable. Alors oui, certains me disent "on fait comme ça depuis six ans, et on a quand-même fait des affaires". Eh bien je dis "bravo", très bien. Ce n'est effectivement pas simple. Mais, pour autant, doit-on s'en contenter? Il n'y a, jusque là, jamais eu de problèmes... ce qui en veut pas dire qu'il n'y en aura pas!
Déjà que, par le simple fait de l'île, de sa construction, ce n'est pas simple, mais sans même pouvoir communiquer, c'est juste quasi impossible! Imaginez une filature.... je précise qu'il n'y a presque pas de noms de rues, ici... ajoutez à cela le fait de n'avoir aucun moyen radio... bref, vous vous amputez d'une réussite.... ajouter les véhicules qui sont connus d'à peu près tous les voyous... des moyens technologiques inexistants... bref, j'ai fait un retour en arrière de 20 ans, sans les radios, avec des voyous qui, eux, sont bien armés, et dangereux!
Imaginez la sécurisation d'une rue, un peu avant une interpellation à domicile; aucun moyen de communiquer, entre le chef du dispo, et ceux qui sont autour de la maison!!!
Tout ceci est assez étonnant.
Et, comme d'habitude, l'administration compte sur la motivation de ses troupes. Et elle est là. Je suis motivé, je vais bosser....mais qu'on nous donne un minimum de moyens, pour travailler, à minima dans la sécurité, et être efficaces!
Je me dis que, si la PJ a eu des résultats avec si peu de moyens, quels seront-ils avec des moyens qui sont juste minimalistes, par rapport à ce qui existe en métropole.
Lorsque je parlais d'aventure, je ne pensais certainement pas à devoir utiliser deux pots de yaourt reliés par un fil pour pouvoir communiquer!
Bref... je découvre... mais, j'en suis sur, ça va marcher. Heureusement, j'ai de bons collègues. C'est déjà ça, me direz-vous