jeudi 29 juillet 2010

Paroles de flic


Je me permet de faire un copier/coller d'un témoignage de policier de la BAC. Ce collègue a été envoyé en renfort à Grenoble suite aux derniers évènements.
L'article a été publié sur le site "Le Point":

Denis est policier à la Brigade anticriminalité (BAC). Il fait partie des hommes envoyés en renfort à Grenoble où des policiers sont menacés de mort par des caïds de cité. Il a accepté de témoigner pour Le Point.fr sous couvert d'anonymat. Édifiant.
"ON SE COUCHE DEVANT LES CAÏDS"
"Nos collègues de Grenoble ont leur nom et prénom tagués sur les murs du quartier de la Villeneuve. Et la seule réponse du ministère, c'est de les mettre au repos ou de les muter. Je suis dans la BAC depuis 10 ans. Aujourd'hui, je suis écoeuré. Une fois encore, on se couche devant les caïds. On nous a donné l'ordre de ne plus patrouiller en civil, de remettre nos uniformes pour ne pas être identifiés comme un flic de la BAC. C'est désastreux pour l'image. Les petits caïds se disent dans leur tête que les flics ont peur, qu'ils reculent. Parmi les policiers exfiltrés, il y a un major à deux mois de la retraite avec 15 ans de BAC derrière lui. C'est la honte."
"DE LA CHAIR À CANON"
"On se fout de la gueule des flics, on nous prend pour de la chair à canon. Quand on pense que Sarko avait promis de karcheriser les cités ! La hiérarchie fait tout pour minimiser la gravité de la situation. Personne ne sait ce qu'est devenu l'agent de sécurité qui a failli prendre une balle. C'est l'omerta. Heureusement, l'info circule entre nous, via les portables."
"GILETS PARE-BALLES PÉRIMÉS"
"Le 22 juillet, je me suis pointé au travail à midi. J'ai appris qu'à 16 heures je devais être à Grenoble pour une mission de neuf jours. Si tu refuses, t'es muté dans un service de merde. Alors, tu pars risquer ta peau pour 1.800 euros par mois. Mon métier, c'est de protéger les biens et les personnes. Pas de me faire tirer comme un lapin par un crevard de cité. Notre véhicule affiche plus de 100.000 kilomètres au compteur, à l'intérieur, le chauffage est bloqué. Voilà l'état de la police aujourd'hui, en tout cas de la sécurité publique, dont je fais partie. Rien ne fonctionne normalement, ni les voitures, ni les ordinateurs. Certains ont des gilets pare-balles périmés. Même nos brassards de police sont usés jusqu'à la corde, j'ai un collègue qui a été obligé de repasser au marqueur la lettre P du mot police."
"CE N'EST PAS LES CAÏDS QUI VONT FAIRE LA LOI"
"J'entends certains dire il faut envoyer l'armée. Qu'on nous laisse agir, et ça ira très vite. Ce n'est pas une vingtaine de petits caïds qui vont faire la loi. Ces derniers jours, avec les renforts qui ont débarqué, les types se tiennent à carreau. Hormis quelques marioles qu'il faut savoir calmer. Hier, on est tombé sur un crevard de ce genre. Le type était au téléphone quand on s'est approché pour le contrôler. Je m'adresse à lui en le vouvoyant pour lui demander de mettre fin à sa conversation téléphonique, il me répond en me tutoyant : "Tu es qui toi pour me demander de m'arrêter de téléphoner. Personne ne me contrôle ici." Il a pris direct deux pièces de cinq francs (des gifles). Après, il nous disait : "Bonjour, merci et au revoir." Bien sûr que je me mets hors clous en agissant ainsi. Mais pourquoi devrait-on baisser la tête ? Si tous les flics agissaient ainsi, les problèmes seraient vite réglés. Pour moi, ça, ce n'est pas une bavure, c'est une démarche citoyenne. Il faut arrêter de verbaliser le citoyen lambda et s'attaquer aux caïds, aux dealers, aux braqueurs. Quand un jeune de 20 ans roule dans une X6 qui coûte 120.000 euros et qu'il ne travaille pas, c'est à lui qu'il faut confisquer la voiture sur le bord de la route."
"SARKO NE SAIT PAS CE QUI SE PASSE"
"Il faut que la population sache que les policiers n'ont pas peur d'entrer dans les cités. Si nous n'y allons pas, c'est que nous avons ordre de ne pas y aller. Aujourd'hui, la hantise des autorités, c'est la bavure, l'émeute, l'embrasement. Mais à force de reculer, de renoncer, on arrive à des situations comme aujourd'hui. Un jour, on se réveille, c'est trop tard, c'est l'effet boomerang. Je ne crois pas que les conseillers de Sarko lui disent la vérité sur ce qui se passe. Il faudrait que tous ces délégués à la sécurité, préfets ou autres viennent tourner une nuit avec la BAC pour voir l'étendue des dégâts. On dit ici qu'un flic du Raid a eu dans la jumelle de son fusil un voyou perché sur un toit avec un lance-roquettes. Et qu'il n'aurait pas reçu l'ordre de tirer. Si j'avais été à sa place, j'aurais appuyé sur la détente. Et cela ne m'aurait pas empêché d'aller manger une pizza après. Est-ce qu'on attend qu'il pulvérise un fourgon de flic ?"
"LA PAROLE D'UN FLIC NE VAUT RIEN"
"Les flics vont se mettre à tirer. S'ils ne l'ont pas encore fait, c'est parce que la peur de perdre leur boulot est plus forte. Mais les flics en ont ras le bol. Après 15 ans de police, sans le moindre problème, je me suis retrouvé du jour au lendemain mis en garde à vue, perquisitionné à mon domicile parce qu'un crevard de cité, multirécidiviste, m'avait accusé de l'avoir agressé. Ce qui était faux. Mon service de nuit à peine terminé, je me suis retrouvé en garde à vue, puis mis en examen par le doyen des juges d'instruction. Pourtant, je suis un des flics les plus décorés de ma génération. Le doyen en question qui n'avait jamais mis les pieds dans un commissariat, ni même dans une voiture de flic m'expliquait comment il fallait que j'intervienne sur la voie publique. J'ai été suspendu durant neuf mois, privé de salaire. Je vivais avec 300 euros par mois. Si je ne suis pas mis une bastos dans la tête, c'est parce que mes proches m'ont soutenu. Au bout du compte, j'ai été relaxé par le tribunal. La parole d'un flic aujourd'hui ne vaut rien. Ni devant un jeune de cité, ni devant un juge, ni devant un élu. Le flic est un sous-citoyen."

Ce texte vous explique l'état d'esprit dans lequel se trouvent les policiers, et où en est, exactement, la société vis à vis de la délinquance multirécidiviste (puisque c'est bien de cela dont il s'agit).Quand je vous dit que les politiques reculent devant la voyoucratie. J'appelle cela le syndrome "Malik Oussekine". C'est depuis ce drame que tout le monde ouvre le parapluie. On a peur d'une bavure, donc on recule tous.

mardi 27 juillet 2010

Courage à mes collègues grenoblois...


Voilà une situation qui semble bien tendue, que celle des collègues policiers en poste à Grenoble. Beaucoup ont eu, à minima, vent des éléments qui ont embrasé la ville. Pour rappel, le 16 Juillet dernier, un braquage vient d'être commis au préjudice du casino de la banlieue grenobloise.  
Des policiers, rapidement sur place, prennent en chasse un des braqueurs, Karim Boudouda ; la course-poursuite est engagée sur une quinzaine de kilomètres. A l'issue, au résultat, serait-on tenté de dire, un braqueur est mort, vraisemblablement par un coup de feu provenant d'une arme policière.  Vous aurez remarqué que j'ai évité de parler d'homme « abattu », et c'est volontaire. J'ai donc recherché la définition du mot, qui parle de quelqu'un qui tombe de sa hauteur sous le coup d'une arme à feu. Donc, à priori, pas de problème. Mais, je sens, à titre personne, comme une connotation dénonçant une volonté de tuer avec préméditation. Et ce n'est pas le cas. Mais, soyons précautionneux, une enquête est en cours, sur les circonstances de la fusillade, comme cela se fait systématiquement, j'insiste, en cas de départ de coup provenant d'une arme policière. Et, croyez-moi, si excès il y a, ils sont sanctionnés. Il n'est pas question de protection particulière.
A la suite de ce drame, parce que c'en est un, que la mort d'un homme, des émeutes ont enflammées la cité grenobloise. La tension serait montée d'un cran puisqu'on nous explique que les voyous se seraient donné pour mission de venger la mort d'un des leurs, et donc là, je le dis « abattre » un policier. On entend des termes « un flic une balle ».
La police grenobloise a vu arriver 3 demandes de mutation, et 20 demandes de repos provisoire. C'est compréhensif, mais j'espère que ce sont bien, là, les volontés de la police. Désormais, selon le Ministre de l'Intérieur, le RAID, ainsi qu'un groupe du GIPN seraient déployés, en plus de services des départements voisins (on parle de policiers lyonnais ou marseillais). En parallèle, des « mesures de protection » ont été décidées pour les policiers de la BAC grenobloise. Encore une fois, j'ose espérer qu'il ne s'agit pas là de mesures de sanction pour « éviter de mettre le feu ». ce serai, à mon sens, dramatique, puisque, pardonnez-moi l'expression on « baisserait la culotte ».
Comment en est-on arrivé là ?
Je n'ai pas la prétention de tout connaitre, bien loin de là. Mais combien de témoignages, souvent anonymes, parlent, en quelque sorte, d'abandon des cités. Et c'est une réalité que de dire que, parfois, des ordres sont donnés de ne pas entrer dans une cité pour éviter de l'embraser. A cet instant-là, les voyous gagnent du terrain. Je sais que c'est un sujet sensible, mais parlons des chasses. Les autorités policières ne cessent de répéter qu'elles sont interdites. Vous voyez un véhicule volé, si il « met le pied dedans » pour prendre la fuite, il ne faut rien faire. L'argument avancé : ne pas risquer la vie d'autrui (un passant, par exemple) pour un simple vol. Et cela, les voyous le savent. Ils savent qu'ils peuvent partir, bien souvent, ils ne seront pas suivis. En tous les cas, ils n'ont aucun intérêt à fuir. A mon sens, même si je comprends l'argument avancé, on laisse du terrain aux voyous. D'une manière générale, croyez-moi, ils n'ont absolument plus la « peur » du flic. Loin de là. Je ne vous parle même pas de respect, la notion ayant disparue depuis bien longtemps. Pourquoi, plutôt que d'interdire les chasses, ne formerait-on pas les policiers à la conduite rapide, de manière générale ? Certes, on ne peut nier que le risque zéro est approché, mais quand-même.
Voilà mon sentiment. Depuis maintenant 30 ans, régulièrement, les voyous gagnent du terrain sur les policiers. D'aucuns diraient « la peur a changé de sens ». Il n'y a qu'à voir le reportage que vous trouverez ici, et qui est criant de vérité.
Vous avez, ensuite, une homme, de la communauté des gens du voyage, qui tombe sous les balles d'un gendarme. à Saint-Aignan. Le gouvernement et le Président de la République se saisissent du dossier (tardivement ? à chaud du fait de l'actualité ? certainement), et immédiatement, vous avez des hommes politiques, du bord opposé, qui dénoncent la « stigmatisation de la communauté des gens du voyage). De par ce genre de réaction, on laisse du terrain aux voyous. Tous les membres de la communauté des gens du voyage ne sont pas des délinquants, c'est une réalité, et personne n'a dit cela (ou alors, je n'ai pas entendu). Mais c'est une autre réalité que de dire qu'il existe un réel problème avec nombre de membres de cette communauté. Que ce soient des Roms ou les manouches. Combien de vols, de cambriolages dénombre-t-on, à l'année ? Par certains modes opératoires, les faits sont signés ; sur Paris, par exemple, nombre de roms pratiquent, de manière habituelle, le cambriolage. Et ils sont très malins. Donc, difficile à arrêter.  Ce sont maintenant des jeunes filles, souvent mineures,  qui procèdent aux cambriolages, pendant que les parents sont en bas, à faire le guet. Et pourtant, ces cambriolages sont une réalité. On le sait. Parlez-en aux habitants du 16 ème ou 7 ème arrondissement parisien. Certes, ils n'ont pas connaissance, souvent, de l'auteur du cambriolage dont ils ont été victime, mais bien souvent, ce sont bien des roms qui en sont à l'origine. Mettez des policiers à demeure dans le quartier, et ils iront à coté. Ils savent très bien que les mesures ne sont que provisoires. Et dans trois mois, les rondes policières seront moindres, et ils reviendront. Bref, le jeu du chat et de la souris.
Vous l'aurez compris, mon message est le suivant : l'Etat de droit recule. Et c'est dangereux. A-t-on atteinte un point de non retour ? Je pense que oui. Mais ce n'est que mon avis.

dimanche 11 juillet 2010

Du genre qui marque


  Cela faisait longtemps que je n'y avais plus pensé. C'était dans un coin de ma tête, certainement enfoui. Pourquoi aujourd'hui? Je n'en sais rien...
Ce jour-là, le groupe « crim » avait décidé de se faire un petit repas. A vrai dire, je ne me rappelle pas du menu, mais nous étions attablés ; un petit repas de gala comme il nous arrivait d'en prendre deux à trois fois par an. Une fois avant l'été, l'autre avant Noël, et quelque autre occasion.
Je n'étais pas d'astreinte. C'est-à-dire que, en cas d'appel pour une saisine, je ne devais pas être envoyé en premier rideau. C'était, ce jour-là, un autre binôme.
Nous étions au milieu du repas, lorsque le Commissaire, chef de section était arrivé. J'imagine qu'il devait avoir le visage sombre.
« Un appel de l'Etat-Major, à Paris. De forts soupçons sur un triple homicide. Deux enfants et leur mère auraient été tué par leur  grand-père ». A vrai dire, je ne sais plus s'il était venu nous annoncer la disparition de la famille, avec une suspicion de meurtre, ou s'il était venu nous annoncer les morts, de but en blanc ! Mais, comme on peut l'imaginer, l'ambiance du jour avait rapidement tournée. Plus personne n'avait la tête au repas. Mais il fallait attendre quelques renseignements supplémentaires, avant de partir. N'étant pas d'astreinte, il ne m'incomberait pas de procéder aux constatations sur les cadavres, ni d'assister aux autopsies puisque le fonctionnement était ainsi fait que ceux qui étaient d'astreinte étaient chargé de cette mission! C'est peut-être égoïste, mais je n'en avais pas une folle envie, cette fois-ci. Habituellement, cela ne me faisait pas grand-chose, d'assister à une autopsie  mais là, je ne le sentais pas !
Quelques minutes plus tard, nous étions devant la porte d'un appartement d'une ville moyenne de banlieue parisienne. Là encore, je ne me souviens plus des détails ; étions-nous les premiers à arriver sur place, y avait-il des policiers en tenue déjà sur place ? Je ne sais pas. « L'effet tunnel », diraient-certains.
Mais il y a une chose dont je me souviens. Le premier enfant était allongé dans son lit, dans la première chambre de l'appartement ; il était sur le niveau supérieur d'un lit superposé. Il dormait. La mère était, elle aussi, sur son canapé-lit, allongée, endormie, avec le petit dernier de la famille à coté d'elle. En fait, non, ils ne dormaient pas. Ils étaient morts. Tous les trois. Mais leur visage était comme endormi; c'était... comment dire.... étrange; une ambiance froide... Les enfants se prénommaient Antony et Maeva. La maman se prénommait Laure.
Ce qui est certain, c'est que beaucoup d'entre nous appréhendaient les autopsies à venir. Il faut dire que beaucoup de nos enfants avaient des âges plus ou moins similaires. Le transfert était difficilement évitable ! Et ce jour-là, j'ai apprécié la réaction de celui qui était mon chef de groupe. Nous n'avions pas une entente particulièrement bonne, mais ce qu'il a fait ce jour-là était, à mon sens, digne d'un grand homme. Devant le peu d'entrain à cette mission, il s'était d'office porté volontaire pour y assister. A une année de la retraite, déjà, il en avait vu d'autres; c'était ses paroles. E, en plus, il avait bien compris l'état d'esprit dans lequel beaucoup d'entre nous étaient, et surtout, il l'avait compris. C'était un lourd fardeau. Il l'a porté, sans sourciller.
Rapidement, l'enquête avait démontré que le grand-père avait été incestueux vis-à-vis de sa fille plusieurs années auparavant. Au retour de quelques années en prison, elle l'avait à nouveau accepté auprès d'elle. Jusqu'à ce qu'il récidive avec l'ainé de ses enfants. Ne supportant le rejet des siens, il avait pris le parti de s'en séparer.... à jamais. Après avoir commis son forfait, il s'est suicidé, chez lui. C'est sa femme, en retrouvant le corps, qui avait alerté les services de police. C'est en lisant une lettre à coté de lui qu'elle avait compris le drame qui s'était produit à quelques kilomètres de là.
Le comble de cette enquête avait démontré que frère de Laure était présent au moment du drame. Et plutôt que d'aider sa sœur, une fois tout le monde mort, il n'avait rien trouvé de mieux que de lui voler sa carte bleue, pour « acheter des fleurs pour les enfants », avait-il dit, lors de sa garde à vue. Terrible!


Travailler en Police Judiciaire est un réel plaisir, pour moi. Lorsque je travaillais en groupe criminel, en règle général, il m'était assez facile de mettre une certaine distance avec une affaire dont j'avais à traiter ; aussi terrible soit le meurtre, ou la vue du décédé. Mais un enfant dans une telle situation, cela reste particulièrement difficile. Et marquant.
En tous les cas, moi, ca m'a marqué.

jeudi 24 juin 2010

"plus de flics dehors", qu'il a dit !


Voilà donc Nicolas Sarkozy qui reprend les renes de la Police. Tout dernièrement, il aurait demandé à notre ministre de tutelle, Brice Hortefeux, de revoir l'organisation des services de Police. Plus précisément, il a évoqué les patrouilles de Police qu'il ne souhaite plus voir à trois. J'avoue être bien curieux de l'argumentaire que NS pourrait nous présenter. En réflechissant quelque peu, je pense qu'il va faire état de deux patrouilles de trois qui pourront désormais en former trois de deux ! C'est mathématique. Je n'y vois là que le seul et unique argument qui tienne la route, pour tout un chacun qui ne connait pas trop la police.
Bien évidemment (enfin, pour moi, c'est évident mais bon, sait-on jamais !) cet avis n'est pas du tout partagé par les policiers ! Tout d'abord parce que notre Président sous-entend déjà que le 3ème d'équipage ne sert à rien. Et c'est la première erreur. Ensuite, les policiers y voient une atteinte à leur sécurité.
Et là, tous ceux qui, un jour ou l'autre se sont abreuvés d'une série policière vont se dire « mais aux Etats-Unis, ils sont seuls, dans les voitures ».  C'est vrai, ils sont seuls ; c'est on ne peut plus vrai. Mais j'attend alors de voir la réaction du public lorsque, en France, un policier intimera l'ordre, de par un mégaphone placé sur sa voiture, au chauffeur d'en face, de sortir de sa voiture les mains sur la tête... (trois petits points pour vous épargner la suite, couché au sol, etc...).
Autre point, l'heure est à la réduction du parc auto des services de police, comme je l'ai déjà dit par ailleurs (...). Donc, des véhicules à deux signifierait augmenter le parc ; assez contradictoire !
Mais surtout, et c'est là le point le plus important, dans bon nombre de circonscriptions, franciliennes et de province, beaucoup de véhicules ne sont déjà équipés que de deux fonctionnaires. Il n'est donc pas rare d'avoir, sur une ville, une patrouille a trois, et une seconde patrouille de deux. Et là, d'une manière générale, on s'arrange, en fonction des affaires. Le véhicule à 3 s'occupe des interrventions susceptibles (le mot est important, puisqu'on ne sait jamais où l'on va) d'être les plus risquées, et le véhicule à 2, à contrario, où il y a le moins de chance d'avoir des problèmes de sécurité (une assistance aux pompiers pour une ouverure de porte, un problème de stationnement, un port de pli, etc...).
Parmi tous ces arguments, c'est le problème lié à la sécurité qui est le plus important. En effet, combien dénombre-t-on, en France, de policiers blessés en service, tous les ans ? A n'en pas douter, ces chiffres vont augmenter.
Alors, les bien pensant qui vont me dire qu'il est facile d'intervenir à plusieurs sur un seul, je n'ai qu'un chose à leur répondre : d'un point de vue policier, il ne s'agit pas d'équité, d'équilibrer les forces, mais bel et bien de faire cesser une infraction ou d'interpeler l'auteur d'une infraction délictuelle ou criminelle. Peu importe, donc les moyens, l'essentiel, c'est le but à atteindre. Et donc, forcément, qui dit effectifs répartis dit plus de difficultés à intervenir. Là, je sens qu'on va me dire « mais ils n'auront qu'à intervenir à plusieurs véhicules). Peut-être ; encore faut-il qu'ils soient disponibles, ou encore à proximité. Mais aussi, imaginons une intervention d'initiative de l'équipage, sur un contrôle d'identité, ou même un flagrant délit. Vous avez le chauffeur du véhicule qui doit rester avec son véhicule (ce sont des directives qu'ont les policiers, pour éviter tout incident avec le véhicule) ; il ne reste donc qu'un seul fonctionnaire pour, éventuellement, courir après un homme en fuite (puisque, au risque de surprendre, bon nombre d'hommes ou femmes pris en flagrant délit essaient de prendre la fuite ; si si, je vous assure, c'est vrai, allez comprendre pourquoi !).
Donc voilà ; CQFD. Les patrouilles à 2 fonctionnaires ne peuvent être qu'une mauvaise chose pour les policiers.
Alors certes, NS parle de mieux équiper les forces de l'ordre ; mais lorsque je vois le rafut que chaque nouvel équipement occasionne dans la presse, et donc dans l'opinion publique, je me pose des questions.
Le second point sur lequel a « appuyé » NS, ce sont les CRS qu'il ne souhaite plus voir en attente dans leur camion. Encore une fois, c'est un peu mal connaitre certains aspects de ce métier. C'est vrai que ces policiers (oui oui, ce sont des policiers) attendent, parfois plusieurs heures. Mais il faut rappeler qu'ils sont alors engagés sur ce que l'on appelle des services d'ordre. C'est-à-dire qu'une personnalité française ou étrangère va passer, et qu'ils sont donc chargé de sécuriser l'itinéraire. Et, pour ce faire, vu que les axes sont fermés bien avant le passage du cortège, ils sont employés bien longtemps avant.
L'objectif clairement avouré par Nicolas Sarkozy a donc pour but de mettre plus de policiers sur la voie publique ; et c'est une bonne chose, on ne peut que s'en féliciter. Que ce soit d'un point de vue citoyen ou encore policier. Mais d'autres choses sont à faire avant de s'en prendre aux patrouilles ou aux CRS. Commencons par remettre, sur la voie publique, tous les policiers qui font des tâches indues ; je pense à ceux qui gardent des portes toute la journée, ceux qui sont chargés de surveiller des condamnés dans les hopitaux, ceux qui réparent des voitures, qui font des serrures... bref, les idées ne manquent pas.
Lorsque tous ces policiers seront utilisés à un emploi qui correspond à leur mission première, déjà, on le verra rapidement, les choses iront mieux.
Enfin, ce que j'en dis, moi...

dimanche 20 juin 2010

Une "Equipe de France"? non! Plutôt une cité de France!


 En 1998, nous avions notre slogan « Black, blanc beur » ; la société française n'était pas peu fière de ce qu'elle avait placé en vitrine, vantant son système d'intégration qu'elle jugeait parfait. Tout le monde vivait ensemble, tout le monde s'aimait. Bref, le pays des bisounours. Nous voilà 12 ans plus tard, et voilà notre nouveau casting :
  • - Celui qui met le feu au quartier, qui ne respecte rien ni personne, Nicolas Anelka (est-ce une surprise?); celui-là même qui déclarait voilà quelques semaines qu'il n'avait pas besoin d'une coupe du monde, dans sa carrière!
  • - Le chef de la Cité, le capitaine: Patrice Evra; celui qui va vous expliquer que l'important, ce n'est pas ce qui se passe dans la cité, ce n'est pas les insultes, non non, surtout pas. Non, l'important, c'est trouver celui qui balance!
  • - Le caid, le porte flingue: Franck Ribery ; c'est celui qui décide de vie et de mort dans la cité; euh, dans l'équipe de France, pardon!
  • - Celui qui voulait être Kalif à la place du Kalif, Wiliam; en gros, le concurrent du capitaine. Celui qui joue le caïd, qui fait ce qu'il veut, quand il le veut. Il n'a pas eu son jouet, donc il boude!
  • - La victime, celui auquel on a demandé de rejoindre la cité, parce qu'il pourrait l'améliorer: Yoann Gourcuff. Mais, au final, il est terrorisé par les voyous du quartier, Euh, de l'Equipe de France. Celui qui, au passage des voyous, s'écarte du chemin, n'osant même pas les regarder!
  • - Le maire du village; Jean-Pierre Escalettes; celui qui ne comprend rien, qui pense que tout se passe bien dans sa petite ville. Sa cité s'est embrasée, et il ne comprend rien, puisque totalement dépassé par les évènements.
  • - Les anonymes; ces joueurs de l'Equipe de France qui ne disent rien, qui respectent la loi du silence; bref, les plus nombreux... avec un peu de chances, une fois sortis de la cité, ils en diront un peu plus sur ce qu'ils ont vécu dans la cité.
Et je ne vous parle même pas du sélectionneur, je ne sais pas où le mettre, ce qu'il fait. Le sait-il lui-même ?
Je ne pensais pas qu'on pourrait en arriver là. L'Equipe de France devait être une vitrine de la société française ; elle est devenue la vitrine des cités françaises. Celles où l'on bafoue l'autorité, où tout le monde vit un cauchemard quotidien, mais se tait par peur du petit groupe de voyous qui terrorise tout le monde. L'équipe de France, et, à travers elle, notre pays, est devenue la risée du monde entier. Mais est-ce étonnant ? A vrai dire, non ! Malheureusement.  
En même temps, j'essaye de positiver : nous sommes tout au fond du puits. Et c'est en repartant de zéro, à partir de bases saines, qu'on peut reconstruire. J'ose espérer que le Maire ne sera plus là dans quelques jours. Que son successeur pourra s'appuyer sur un nouveau sélectionneur qui va nous sortir de ce gourbi !
Exit les caïds, les Ribery, Evra, Gallas et Anelka. Dehors, ceux qui ne respectent rien, qui veulent faire leur loi. Mettons en avant desjoueurs fièrs de ce qu'ils représentent, de porter le maillot bleu, ceux qui pourront être des exemples pour les enfants qui les regardent devant leur téléviseur, qui portent leur maillot à la cour de récré !

vendredi 18 juin 2010

l'Histoire qui se répète


Les français aimeraient tellement que l'histoire se répète.
Le 22 Juin 2010, Raymond Domenech signera la réédition des français. 70 ans après celle de Pétain. Nous attendons maintenant le général De Gaulle de 2010.
Certains vont trouver le parallèle gênant, puisqu'il compare une guerre  mondiale avec un match de foot. Mais ce n'est pas directement ce parallèle, que j'ai envie de faire ; trop risqué.
Dans son allocution du 22 Juin 1940, le Général de Gaulle parlait d'honneur, de bon sens et de patrie. C'est cela, qui me vient à l'esprit.
Le football est aujourd'hui le sport le populaire en France. Et, au-delà de ce qu'il représente intrinsèquement, il est vecteur, dans notre pays, de consommation. Et, en allant encore plus loin, dans une période trouble comme celle que nous vivons, il aurait pu être vecteur d'un peu de ciel bleu, dans l'ombre des crises qui se succèdent dans le monde, et donc en France. Pour le coup, la France restera dans l'ombre. Et ce matin, c'est la grisaille, dans le ciel français. J'aurai pu parler de gueule de bois, mais, en général, elle survient après une bonne soirée. Et, bien évidemment, ce n'est pas le cas.
Pour en venir au discours du général, le mot qui me frappe le plus est « patrie ». J'écarte l'honneur parce que, à mon sens, si on le rapproche trop de la « fierté » et qu'il n'est pas maitrisé, il peut conduire à l'extrémisme. Le mot « Patrie », est,  pour moi, aussi un corolaire de « fierté ». Fier de la patrie, fier d'être français. Et, dans ce match de football, dans cette équipe,  il n'y avait aucune fierté. A l'inverse des joueurs d'autres nations, tels les joueurs du continent américain. Au nord, comme au sud. Eux sont fiers de venir en sélection. Non pas pour une question de médiatisation, de contrats publicitaires juteux, mais parce qu'ils représentent tout un peu peuple, et que cela représente quelque chose de bien plus fort que leur propre argent. Et ils se sentent portés par leur nation. Nos français, eux, sont isolés avec leur MP3 démesuré sur les oreilles, coupés du monde à tous leurs entrainements, avec une communication en dessous de zéro, donc négative. Les supporters aimeraient les porter, mais les joueurs ne daignent même pas les approcher. Alors, être portés !!!
Ces joueurs ont commis une faute bien plus grave que professionnelle. Dans toutes les écoles du sport français, ils sont des exemples. De quoi doivent s'inspirer notre enfant, maintenant ? Bref, au final, nous (ca fait mal, d'employer la 1ère personne du pluriel, et de s'inclure) n'avons que ce que nous méritons. Et bravo aux mexicains, qui eux, ont fait preuve de certaines valeurs. Et avant tout, ils prenaient du plaisir à jouer, à être ensemble.
Alors que faut-il faire ? Laurent Blanc sera-t-il à l'image de ce qu'on peut attendre ? Comment faudra-t-il s'y prendre ? A mon sens, cela passera par le fait de sélectionner des joueurs fiers de leur pays. Quitte à ne pas forcément choisir ceux qui brillent le plus dans le star système mondial, dans les plus grands clubs européens. Bref, des joueurs qui ont quelques notions de patriotisme, qui se battront, sportivement, pour la France, qui seront prêts à jouer positivement, un peu comme le soleil, sur le moral des français. Quitte à ce qu'ils n'aillent pas au bout, mais qui, au moins, se seront battus ensemble, avec des valeurs.
Mais, quelque part, ces joueurs sont à l'image de tous les français ; eux non plus ne sont pas fiers de leur pays, n'ont que peu de sens pour le mot « patriotisme ». Sans aller jusqu'au nationalisme ! Donc, si déjà, ceux qui sont le plus exposés médiatiquement montraient l'exemple, peut-être, que d'ici quelques années, les choses pourraient changer. En tous les cas, c'est un vœu que j'exprime.

samedi 12 juin 2010

Malaise dans la police


Cette semaine, la chaine Arte a diffusé une émission ayant pour thème "Le malaise dans la police", ou encore "La Police de Sarko".
Je ne regarde que très peu les documentaires ayant pour thème la police, puisque, d'une manière générale, tournés vers le sensationnel. Mais, cette fois-ci, c'est par hasard que je suis arrivé sur le reportage.
Et je dois dire que je l'ai trouvé excellent.

Il reflete, à mon sens, l'état d'esprit des policiers, en France, actuellement. Autrement dit, pris entre le marteau et l'enclume. Comprendre:
- le marteau --> les voyous
- l'enclume --> l'anti flic sociétal, l'abandon de la hiérarchie, de la classe politique...
Le débat qui s'en est suivi était très juste, à mon sens, avec de très bons interlocuteurs, donc Marc Lauboutin, que vous pouvez retrouver sur ce site.
Et, il l'a très bien expliqué, la police tourne actuellement de cette manière: un patron arrive dans un service. En moyenne, les policiers font 10 contraventions par jour. Un an plus tard, les policiers font 15 amendes par jour, et le patron est muté à un très bon poste, puisque en arrivant, il y avait 10 contraventions, et maintenant 15. Le patron suivant arrive; il y a 15 contraventions; donc, pour faire comme son prédecesseur, il voudra, un an plus tard, en avoir 20. Eh bien, c'est simpliste, mais c'est comme cela que tourne la police aujourd'hui. On s'appuie sur le quantitatif au lieu du qualitatif.
Effectivement, la politique du chiffre a été instaurée par Nicolas Sarkozy. Mais je pense qu'il n'a pas maitrisé le sens qu'en ont donné les patrons. Il y a eu, je crois, une grosse dérive. Sarkozy, je pense, voulais instaurer cette politique du chiffre pour contrôler, d'une certaine manière, l'activité de police, ce qui est normal. Mais il a oublié d'y inclure un instrument qualitatif, et les tauliers sont entrés dans cette brêche.
De l'autre coté, vous avez les voyous. On a l'impression, comme le dit un collègue dans le reportage, que "la peur a changé de camp". Lorsque j'entend un policier qui s'est fait tirer dessus, en maintien de l'ordre, dire qu'on lui a ordonné de ne pas sortir son arme, je suis scandalisé, outré. C'est dangereux pour le policier, mais surtout pour la societé. Les policiers ont l'impression que, d'une manière tout à fait volontaire, on laisse du terrain au voyou par peur de la bavure. Et là, c'est la societé qui tourne dans le mauvais sens. Et, par peur de cette bavure, même les politiques ne soutiennent plus leur police. Certaines interventions ne se font plus comme elles devraient se faire. Il faut éviter de faire ceci ou cela, au risque de mettre le feu aux poudres. Forcément, ca serait de la provocation. Dans certaines cités, si un véhicule de police entre, il se fait poursuivre, chasser, par les voyous. Oui oui, c'est bien dans ce sens-là !
 Il n'y a, aujourd'hui, plus aucune considération du métier de policier. Et, de ce point de vue là, ce sont les politiques qui en sont responsables.
Maintenant, comme aiment à le rappeler certains: on a la police qu'on mérite. Comprenne qui pourra !