mardi 17 avril 2012

Finalement, je voterai pour...

Une fois n’est pas coutume, mon billet n’aura pas trait, uniquement, à la police.

Nous voilà arrivé à quelques jours de l’élection présidentielle. Depuis le temps qu’on en parle ; depuis le temps que cette campagne est lancée… De mon point de vue, c’est le cas depuis que le Parti Socialiste a engagé ses primaires, depuis que DSK s’est auto-dissout.
En 2007, je ne m’en cache pas (il n’y a pas de quoi, en fait), j’étais derrière Nicolas Sarkozy. Il représentait, pour moi, le changement. Après ce que je considérai comme plusieurs années d’immobilisme, avec Jacques Chirac, je voyais en lui la volonté, l’énergie pour que les choses changent. Je suis de ceux qui pensent que, dans notre societé française, il faut changer les choses en profondeur. Donc, prendre des décisions. Bref, qu’il faut réformer. Mais pas par petites touches successives. Non, de vraies réformes. Quitte, parfois, à se tromper, mais au moins, essayer des choses nouvelles.
Cinq années plus tard, qu’en reste-t-il ? Je reste persuadé que Nicolas Sarkozy a cette capacité, cette énergie, à bouger les lignes. En a-t-il encore la volonté ? La possibilité ? C’est moins sur.

Pour qui est-ce que je ne voterai pas ?

Avant tout, pour les extrêmes ; ce genre de vote n’a jamais rien apporté à la démocratie, si ce n’est, à minima, des tensions. Exit, donc, les Mélenchon, Le Pen, et autres candidats qui n’ont pour seul mérite que d’avoir déjà obtenu leurs 500 signatures. Eva Joly ? Pas crédible ; cet espèce de pré-contrat signé avec le PS ne me renvoie, comme image de cette écologie-là que celle d’un simulacre. François Hollande l’a déjà dit ; il ne se sent pas tenu par ces obligations. Pourquoi avoir signé ce papier, alors ? Et pourquoi, alors, présenter un candidat si déjà, le parti qu’il est censé représenter est déjà tourné vers le deuxième tour ? L’écologie est, d’après moi, essentielle dans notre société. Chaque décision prise par le pouvoir politique doit avoir une dimension écologique. Et ce n’est malheureusement le cas chez personne.
Je ne voterai pas non plus François Hollande. Il me semble que l’Etat, aujourd’hui, doit faire des économies. Lui, fait l’inverse. Le meilleur exemple, à mes yeux, reste l’ensemble des collectivités territoriales dirigées, pour la plupart, par des socialistes. Alors que l’Etat, via les administrations centrales, tente de faire des économies, notamment en réduisant le nombre de fonctionnaires, les collectivités territoriales, elles, embauchent à tour de bras. Alors oui, elles vont nous dire que c’est pour compenser la décentralisation qu’ont imposés les gouvernements de droite. Certainement y a-t-il une part de vrai. Mais certainement pas à hauteur de ce qui a été fait.
Pour finir, je ne voterai pas non plus Nicolas Sarkozy. Je le répète, j’étais un fervent supporter du candidat de 2007 ; je me suis même retrouvé place de la Concorde, au soir du 2ème tour. Et je fais partie des déçus de 2012. Pour quelle raison ?  Il a manqué quelque chose qui était, pour moi, fondamental : une de ses promesses de 2007 avait retenue toute mon attention « la République irréprochable ». Finies, les nominations des copains, place au mérite. Finies les affaires politico-financières, finies les affaires en tous genres, tout devient transparent… Et puis, finalement… ben non. Rien n’est fini. Qu’il est loin, ce slogan. Oh, je ne dis pas que untel a trempé dans telle magouille. Pour l’instant, nous n’en savons rien. Certainement que la justice tranchera…. Certainement. Encore que, lorsque je vois le procès des emplois fictifs de la mairie de Paris… bref.
Je ne m’en prends pas au bilan économique de l’exercice 2007/2012. Je pense que le pouvoir politique dans son ensemble n’a eu que peu de marge de manœuvre, avec les crises financières successives et que, dans ce contexte, au niveau international, Nicolas Sarkozy s’en est plutôt bien sorti. N’étant pas économiste, c’est en tous les cas l’impression que j’ai.
Simplement un mot sur ce que l’on a appelé le paquet fiscal. Il fait partie des réformes engagées par Nicolas Sarkozy. Le seul reproche que je puis lui faire à ce sujet, c’est de ne pas être revenu dessus plus tôt. Pour le reste, il a essayé quelque chose. Cela n’a pas fonctionné. En tous les cas, pas aussi bien qu’il ne le pensait. J’ai dans l’idée que la non imposition des heures supplémentaires pouvait être une bonne chose, tout comme était révisé l’impôt sur la succession, faisant en sorte qu’on ne paye pas une taxe sur un l’héritage de l’habitation principale d’un parent. Dans une certaine mesure en tous les cas. Cette disposition me semblait assez juste.
Pour autant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Certaines réformes qu’il a faites étaient nécessaires. Je pense à la réforme des retraites, que nombre de gouvernements se sont refusés à faire, tant ce n’était pas populaire. Je pense encore au service minimum, dans certains secteurs d’activités comme les transports publics. D’autres réformes ont témoigné d’une recherche, au moins, d’équilibre dans la démocratie ; je pense notamment à la nomination d’un parlementaire de l’opposition à la commission des finances. Ou encore le fait que la Cour des comptes puisse mettre son nez dans les dépenses de l’Elysée.

La sécurité ?

Je ne peux arrêter un choix par le fait du programme relatif à la sécurité. Ce débat est totalement absent de la campagne.
Pour autant, les socialistes parlent de nous ramener la « police de proximité » ; certes, avec une nouvelle appellation. Mais, à défaut de moyens, elle connaitra le même résultat que la précédente. A cela, penser qu’on va faire du social au milieu de certaines cités sensibles avec 2 îlotiers est juste risible ; et témoigne d’un angélisme à toute épreuve, voir d’une naïveté difficilement compréhensible.
Pour autant, dans ce domaine, le bilan de la droite n’est pas forcément flatteur. Je ne parlerai même pas des chiffres, tant on leur fait dire à peu près ce que l’on veut, fonction du message qu’on veut faire passer. Mais il est un fait : on a trop mis en avant la quantité par rapport à la qualité. Et c’est, selon moi, une grave erreur. On a fait de la garde à vue un instrument statistique. Eh bien cet instrument s’est retourné contre celui qui l’a mis en place. Et bien que Nicolas Sarkozy s’approprie cette réforme de la garde à vue (que je n’ai, évidement, pas appréciée, loin s’en faut), il n’en est pas à l’origine. L’Etat français se l’est vu imposée. Autre point que je n’ai pas apprécié, durant ce quinquennat : les lois successives votées après des faits-divers tragiques. Elles m’ont donné l’impression que, plus qu’une vision de la criminalité en profondeur, il s’agissait de faire quelque chose de « populiste », en quelque sorte « donner du grain à moudre à la populace », la satisfaire.

Vous l’aurez compris, je voterai, au 1er tour, François Bayrou.
Non pas que je l’imagine comme celui qui va révolutionner la France, chevalier blanc... Mais il a, de mon point de vue, cette intégrité que je recherche. Je ne me fais pas d’illusion ; on ne dure pas dans le sérail politique sans avoir, à un moment donné, écrasé la concurrence, en étant le perdreau de l’année. Mais, pour le moins, je l’imagine foncièrement honnête. Et c’est, pour moi, une valeur qui a son importance. Son programme est flou ? Peut-être, mais à défaut d’être malhonnête…. Je crois surtout qu’il fera avec les moyens du bord. Mais il a repris pour lui cette volonté d’assainir la vie politique. Et, à défaut de pouvoir redresser la France économiquement d’un coup de baguette magique , j’ose espérer qu’on retrouvera la foi en nos hommes politiques, ce qui fait gravement défaut à ce jour. Et, s’il devait être élu (ce qui est, selon les instituts de sondage, peu probable), je ne doute pas que nombre d’hommes et de femmes, de droite comme de gauche, rejoindront le mouvement centriste, et sauront gommer les divergences pour représenter une majorité unie dans la seule volonté de reconstruire et passer au-delà des crises actuelles.


jeudi 22 mars 2012

Toulouse: le dénouement

Nous venons de vivre le dénouement, à Toulouse. Mohamed Merah est donc mort. Il aura résisté, occasionnant des blessés du coté des hommes du RAID.
Mes pensées, à cet instant, vont vers mes collègues. Souhaitant que cela ne soit pas trop grave.

Ma seconde pensée va vers Mr Urvoas qui, dans un tweet, a, en quelque sorte, fustigé le RAID, je cite "... pas capable en 30h d'aller chercher un individu seul dans un appartement?".
J’espère que c'était ironique, comme cela m'a été dit! Pour un homme annoncé comme potentiel futur Ministre de l’Intérieur.... c'est honteux... c'est toujours facile, dans son petit siège! Honteux...

Courage aux collègues du RAID.

mercredi 21 mars 2012

Toulouse: quelques éléments de MA réflexion. A chaud.

Voilà une semaine complète qu'une bonne partie du pays est en émoi; pour le moins médiatiquement.
Il y a quarante huit heures, nous apprenions que le parquet antiterroriste, ainsi que la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) étaient saisis de l'enquête. Pour faire suite à l'assassinat (n'ayons pas peur des mots, c'était bien prémédité) aux abords, et à l'intérieur d'une école juive de Toulouse.
Nous nous retrouvons là, face à ce que je qualifie de nouveau phénomène de l'ultra-médiatisation d'un fait divers.
Les chaines d'information classiques, celles qui relayent de l'information en continu, les réseaux sociaux, nos propres vies en société. Bref, où que l'on soit, on entend parler de cette affaire. Je l'accorde, c'est bien plus qu'un fait divers, dont il s'agit.
Et, depuis quarante huit heures, plusieurs choses m'ont marquées.

Les profils "psychologiques"

Tous les médias qui ont besoin de combler le "vide" relatif à l'absence d'information se sont senti obligé de recourir à l'aide de psychologues; chacun se voyant demandé de faire une espèce de profilage de l'auteur de ces tueries. Ce sont des voix presque unanimes qui dirigeaient leur conclusions vers les réseaux "néo-nazis".
Badaboum. Quelques heures plus tard, l'enquête révèle qu'il s'agit en fait d'un homme qui se réclame des mouvances salafistes et/ou djihadistes. Voilà juste ce que l'on risque à vouloir tirer des conclusions trop hâtives et combler le temps d'antenne. J'y ajouterai ma petite note personnelle en disant que, à partir du moment où l'on saisit la DCRI, il y a une quasi incidence sur le fait qu'il devait s'agir de terrorisme.
Et, une fois de plus, cela met en lumière la fragilité de ce qui a trait à la psychologie.

Le traitement journalistique

Les journalistes sont avares d'informations. Et c'est leur job, me direz-vous. C'est évident.
Et pourtant, un jour, il va falloir que tout le monde comprenne que certaines informations n'ont vocation à être diffusées en l'état, et qu'il y a, pour certaines d'entre elles, un "moment" à choisir.
Quelle n'a pas été ma colère de voir relayée, dans toute sorte de presse, plusieurs types d'information relatives à l'enquête en cours. Tout a commencé par l'interview d'un témoin du meurtre de l'un des militaires; c'est ensuite l'information selon laquelle le scooter était bien volé, et que c'est bien le même qui a servi à chaque fois. On ensuite commencé à bruisser les informations selon lesquelles d'anciens militaires seraient suspectés.
Est-ce que les médias qui diffusent cela se demandent quel peut être l'impact de ce qu'ils racontent sur l'enquête en cours? Est-ce qu'ils se demandent si, à un moment donné, ils ne risquent pas de compromettre cette enquête et les éventuelles avancées des enquêteurs?
Part-on systématiquement du principe que l'auteur des faits est totalement isolé, qu'il ne regarde pas les informations?
Et ce sont des questions, et encore des questions, qui sont posées aux autorités; qu'elles soient politiques ou judiciaires. C'est une telle pression.
Il n'y a qu'à voir le loupé de ce midi, 21 Mars, ou la confusion a régné pendant quelques minutes. Certains médias annonçant la réédition de l'homme retranché. Information confirmée, puis infirmée.
Pour finir, avec un peu de recul, je me suis dit que certaines informations ont été données en "pâture" aux médias. Notamment certaines détails sur des pistes abandonnées. Ce qui m'a fait écrire, sur Twitter que, pendant que les médias farfouillent par là, eh bien ils ne sont pas ailleurs.
J'ai encore hurlé, en tombant, un peu par hasard, sur la fin du journal télévisé du soir; le journaliste se faisait le témoin d'une scène dont il avait été témoin. A savoir le repositionnement des hommes du RAID autour du domicile; et le journaliste, de préciser "certains sont passés par devant, d'autres par derrière". Ben voyons.
Alors oui, je le sais; l’électricité a été coupée, le gaz... donc certainement l'homme n'a-t-il plus les moyens d'avoir cette information. Mais, en sont-il certains?

Ces journalistes, avares du scoop absolu ne peuvent-ils pas comprendre que se joue, là, quelque chose de plus important que cette information? Quelque chose qui se rapporte tout simplement à la vie, d'une manière générale.

La présomption d'innocence

Ma dernière réflexion est un peu plus juridique. Je ne suis pas un spécialiste de la Constitution; certains n'auront remarqué. Soit, je l'admet. Et alors, je n'ai pas le droit de me poser des questions?
Toujours est-il que, j'entend, à longueur de journée parler, toujours au sujet de cette affaire de "présumé innocent". Et là, je me dis "mais quelle hypocrisie"! n'y a-t-il pas un moment, où ce statut doit cesser? Où, exactement, se trouve la présomption?
J'ai trouvé la définition du mot présomption: "Jugement fondé non sur des preuves, mais sur des indices, des apparences, sur ce qui est probable sans être certain"
Je vois d'ici, les bien pensants, qui vont me parler de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, et son article 11, du préambule de notre Constitution, qui fait référence à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. Bref, j'ai conscience que de nombreux textes posent ce principe.
J'en reviens à l'affaire qui nous occupe; donc, on estime, là, qu'on n'est pas sur? Arrêtons, enfin....
Je me répète, mais il ne s'agit-là que de pure hypocrisie.
Alors, me direz-vous, qu'est-ce que cela change?
Le simple fait d'entendre, toutes les deux minutes "présumé innocent" ne m'est pas audible, concernant, en particulier, cet homme. Certes, je ne suis pas l'enquêteur, et encore moins le magistrat chargé de l'enquête. De fait, je n'ai pas connaissance de tous les éléments. Soit.
Mais, à un moment donné, tout ce qui est accumulé devrait pouvoir faire en sorte que le statut juridique de la personne considérée change. Pourquoi pas sur une décision simple d'un magistrat!!!!
Enfin, c'est mon avis.

Le travail de la D.C.R.I

Au cours de la journée, l'information selon laquelle l'homme qui est à cet instant retranché, avait fait l'objet de surveillances de la DCRI, a circulé.
D'aucuns en déduisant, à mots couverts, que ce service avait "fauté", puisque l'homme était en liberté, et qu'il avait pu acquérir des armes en toute liberté.
A ceux-là, j'aurai quelques remarques: avant tout, ce sont souvent ces mêmes personnes, qui hurlent au scandale qui, d'habitude poussent des cris d'orfraie lorsque l'on atteint aux libertés. A un moment, il faut savoir ce que l'on veut! Mais, bien sur, c'est toujours pareil; on commence à s’inquiéter dès que le risque se rapproche.
Seconde remarque: l'individu était donc sous surveillance de la DCRI. Soit. Avant tout, le mot "surveillance" est très général, en la matière! Imaginez que, pour surveiller un seul homme, en continu, toute l'année, il faut nombre de policiers. Ensuite, depuis quand cet homme est-il connu? Quand se sont passés ces "stages"? Et si c'était il y a plusieurs années? Aurait-il fallu le suivre, tout le temps, semaine après semaine, mois après mois...
 Multipliez cela par le nombre d'hommes susceptibles d'être surveillées... bref, cela devient vite impossible. D'autant que le niveau de surveillance peut changer, dans le temps. Fonction du degré de dangerosité avéré.
Maintenant, si on décide qu'il faut interpeller toute personne qui a fait un séjour en Afghanistan ou au Pakistan... soit. Ce sera fait. Mais il faut juste savoir ce que l'on veut.
Nous sommes dans un système judiciaire qui demande toujours plus aux policiers; plus de preuves, plus de contrôle, plus de résultats... avec toujours moins de moyens, et plus de risques d'erreurs.... Bref, c'est un peu schizophrène. Mais, ai-je envie de dire... on commence à avoir l'habitude. Malheureusement.

A l'heure où j'écris ces quelques lignes, cette affaire n'a pas connue son dénouement. Une chose est certaine (ou presque): cet homme ne fera plus de victimes. Innocentes, ai-je envie de dire; même si, comme on me l'a souligné le terme de "victime coupable" n'existe pas. Je pense surtout aux collègues intervenants; en espérant qu'ils en finissent, et surtout sans "dégats".

jeudi 15 mars 2012

Septembre 2013 -Réforme de la Procédure Pénale - Acte 2

Aujourd’hui, c’est un groupe criminel de la Police Judiciaire, qui a prévu d’aller interpeller un homme à domicile. Les faits : un meurtre.
Un matin du mois de Janvier, le corps inanimé de Cécile était découvert, à l’intérieur de son appartement, par la mère, inquiète de ne plus avoir de nouvelles de sa fille. 


C'est donc logiquement, que la police judiciaire était saisie, en flagrance. 


Des premiers éléments recueillis, le décès avait été causé par une plaie, vraisemblablement commise par le biais d’une arme à feu, derrière l’oreille droite.
L’autopsie avait alors révélé que la perforation vue aux premiers abords, se trouvait être, finalement, deux orifices d’entrée, rapprochés, causés par des ogives de calibre 22 long rifle.
Les premières auditions, la recherche des caméras de vidéosurveillance. Rien. Les recherches de traces, papillaires ou ADN, rien.
Les constatations dans l’appartement avaient, elles permis d'établir que l’appartement avait été fouillé; de fond en comble. Tout était sens dessus, dessous.
Une seule et unique piste, si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi; dans le cadre de l'enquête de voisinage, certains locataires avaient parlé d’une dispute entendue, la veille des faits, sans savoir qui elle opposait, si ce n'est un homme et une femme. De son côté, la maman de Cécile avait, elle, fait part d’une conversation téléphonique qu'elle avait eue avec sa fille, cette même veille des faits au soir ; Cécile s'était plaint de la visite inattendue d'un "ex", sans même préciser de qui il s'agissait; elle avait subitement changé de sujet pour parler ensuite de bijoux lui appartenant que sa mère était susceptible de détenir; ce dont elle ne se souvenait manifestement pas. 


L'enquête avait permis d'établir que la jeune fille était célibataire, depuis environ deux mois. Moment où elle s'était séparé d'un jeune homme, Guillaume. 
Concernant le jeune homme, il ne travaillait pas, et semblait avoir quelques difficultés financières. Les recherches faites via son téléphone portable n’avait pas parmi de savoir où il se trouvait au moment des faits. Aucun appel n’apparaissait sur la ligne téléphonique, toute la journée durant. Et c’était le seul jour où cela se produisait, sur plusieurs mois de facturation détaillée.
Après plusieurs semaines d’enquête, la maman de Cécile avait repris contact avec les policiers. Alors qu’elle faisait le ménage dans la chambre qu’occupait Cécile lors de ses visites chez ses parents, elle était tombée sur une boite à bijoux, à l’intérieur de la laquelle s’était trouvées une bague et une paire de boucle d’oreilles. Elle avait alors fait le rapprochement avec la conversation qu'elle avait eu avec sa fille, et qui se sera avéré le dernier contact entre les deux femmes. 


A la demande des enquêteurs, la maman avait ramené ces deux bijoux aux enquêteurs, puis avaient été mis sous scellés.  
Les recherches ADN avaient permises de mettre en évidence, sur un des deux bijoux, un profil génétique masculin.
Guillaume, cet ex petit-ami, était donc la seule piste, pour les enquêteurs. 


Plusieurs semaines d’enquête plus tard, les enquêteurs décident d'aller interpeler cet homme, à son domicile.
Mardi matin (les voyons l’ont compris, il y a peu d’interpellations, à l’heure du laitier, le lundi, ou encore le vendredi, samedi, dimanche ; même si ça a tendance à changer), 6 heures : les hommes du groupe criminel frappent à la porte du jeune homme. Celui-ci ouvre, très tranquille. Les enquêteurs entrent, et procèdent à son interpellation, avant de lui signifier qu'il est placé en garde à vue. Bien évidemment, ses droits lui sont notifiés ; il n’a pas de problème de santé, et ne souhaite pas de médecin. Par contre, il veut s’entretenir avec un avocat, et souhaite sa présence, tant lors de ses auditions, que dans le cadre de la perquisition qui va s’en suivre.
06h30 : les enquêteurs, après avoir avisé le magistrat mandant de la mesure de garde à vue prise à l’encontre de Guillaume T., appellent l’avocat qui a été sollicité. Pour autant, en attendant, tout le monde sort de l’appartement. L’Identité Judiciaire va procéder à une recherche de traces. Lorsque l’avocat sera là.
08h15 : l’avocat arrive sur place. L’Identité Judiciaire commence son travail. L’avocat sollicite la possibilité de suivre les fonctionnaires de l’identité judicaire dans leurs recherches. Soit. Il se muni d’une combinaison blanche, et rejoint le clan des « Télétubies ». Les recherches peuvent commencer. Le résultat est sans appel, aucune trace de sang.
Problème : doit-on envisager un entretien avec l’avocat au préalable de toute opération ? Devra-t-on envisager de donner accès à la procédure avant toute opération ? )
09h00 : c’est la perquisition, qui va commencer. L’avocat assiste aux opérations. Aucun élément n’est découvert.
Peu avant midi, les enquêteurs regagnent leur service, en compagnie du gardé à vue. L’avocat les y rejoint.
12h30 : les policiers donnent connaissance du dossier à l’avocat. Qui l’épluche.
15h00 : l’avocat s’entretient avec son client pendant la demi-heure légale.
15h40 : l’audition peut commencer. Guillaume explique les liens qu’il avait avec Cécile. Pour autant, il déclare ne pas l’avoir vue, depuis qu’ils se sont séparés et ne plus avoir eu de nouvelles depuis lors. Son emploi du temps ? Il ne travaillait pas. Il a dormi presque toute la journée, tout seul, chez lui. Il se souvient avoir offert une bague à Cécile, bijou qui, d’ailleurs, lui avait coûté très cher. Mais jamais il n’a tenté de la récupérer, et il ne sait pas ce qu'est devenu le bijou.


Entre temps, l'ADN découvert sur la bague a "matché" avec celui de Guillaume. C'est bien celle-ci qu'il a offerte à Cécile. Mais peu importe, il l'a reconnu en audition. 
Quelques heures plus tard, même s’ils ne sont pas convaincus, les enquêteurs, sur les instructions du Juge d’Instruction, mettent fin à la garde à vue de Guillaume.
Dix-huit mois plus tard, le tampon « vaines recherches » figure sur le premier feuillet de la procédure. Sauf élément nouveau, l’auteur ne sera jamais interpellé.

Mon analyse :
Lorsque l’on parle d’affaires de ce type, il est souvent fait référence au bluff ; de sorte à ce que l’enquêteur assènerait des mensonges à un gardé à vue pour lui faire croire que « tout est dans le dossier ». Je précise que ce n’est absolument pas le cas ici. Il n’est pas question de procédés déloyaux utilisés par l’enquêteur, et encore moins de faire avouer au gardé à vue quelque chose qu’il n’a pas fait.  
C’est exemple est très simple. Tout vous parait normal. Il n’y a que peu d’éléments, au départ. Qu’est-ce qui justifie la garde à vue ? Des voisins parlent d’une dispute, la mère parle d'un ex, et l'enquête identifie Guillaume; le téléphone portable ne permet pas de le localiser, la journée des faits, ce qui est exceptionnel, au regard des analyses. Pourtant, en moins de 24 heures, il est mis fin à la garde à vue. Et cela semble normal. Et pourtant….
Là encore, comme le veut l’objet même de ces billets, l’avocat a eu accès à la procédure. Avec ce qu’elle contient, et ce qu’elle ne contient pas. Dès le début, l’avocat sait qu’il n’y a pas grand-chose dans le dossier pouvant incriminer son client ; en tous les cas, directement, et de manière formelle. Et pourtant…
Imaginons le même cas pratique, sans avocat, et donc, sans accès au dossier :
Je rappelle, dès le début, que les constatations ont démontré que l’appartement avait été fouillé ; de fond en comble. L’auteur a-t-il trouvé ce qu’il cherchait ? Rien n’est moins sûr.
Le fait que l’avocat n’ai pas accès au dossier fait qu’il ne sait pas qu'une bague est retrouvée. Et il ne sait pas qu’un profil ADN masculin a été isolé.
Comme il n’a pas retrouvé la bague, il pourrait en nier l’existence même.  Pourquoi ? Il a ses raisons, il pense se protéger.... Alors qu’il est en garde à vue, l’ADN de Guillaume est prélevé. Et il va donc être comparé avec l’ADN masculin isolé sur la bague. Et là, « tilt », le laboratoire affirme que l’ADN de Guillaume est bien celui qui se trouve sur la bague. Face à cette évidence, Guillaume est embêté, désarçonné. On lui parle ensuite de son emploi du temps ; souvent, les menteurs ne peuvent éviter d’en rajouter, pensant qu’ils s’en trouvent plus crédibles. De sorte, ce qu’il a affirmé a été vérifié et s’est avéré faux.  Au final, se sentant pris au piège, il fini par reconnaitre les faits, et aide les enquêteurs à retrouver l’arme du crime. Les détails sur le mobile n’ont pas d’importance, ici.
Toujours est-il que, l’avocat ayant accès au dossier, il est impossible de jauger de la bonne ou mauvaise foi de la personne en garde à vue. ». Et, de fait, l’effet de surprise, et la réaction qu’il provoque a son importance. Dans une enquête de ce genre, tout n’est pas toujours « tout noir » ou « tout blanc.  On ne peut pas dire, de manière certaine « c’est lui », ou « ce n’est pas lui ». Et le fait que la personne en face ne connaisse pas les éléments du dossier peut aider à se forger une idée, et, confronté à sa mauvaise foi, le gardé à vue peut se révéler différent, et l’enquête prendre une autre tournure.
Vous aurez compris que j’envisage ici la procédure du point de vue du policier que je suis ; dont le seul but est la recherche de la vérité, et j’insiste là-dessus. Pour autant, je ne suis pas le seul à le penser, à l’instar de Gilbert Thiel, magistrat instructeur, lequel expose sa vision dans un livre récent « Derniers jugements avant liquidation ».
Pour en revenir à notre cas pratique, peut-être que le gardé à vue n’y est pour rien. Peut-être. En amenant l’avocat dans les auditions, comme c’est le cas actuellement, les élucidations de tels faits baisseront. Ajoutez-y l’accès au dossier, et il y en aura encore moins (d’élucidations).
Mais cela, en admettant que cette réforme se fasse, on ne le saura jamais. Il est aisé de pointer du doigt des erreurs judiciaires comme l’ont été les affaires « Outreau », ou celle mettant en cause Patrick Dills. Mais les affaires qui ne sont pas résolues, une fois la vie médiatique passée, n’existent plus pour personne…. Sauf pour les familles qui, elles, ne comprennent pas que l’auteur des faits n’ait jamais été retrouvé. On ne cherchera jamais, alors, à savoir ce qui a fait que l’enquête n’a pas été résolue. Et ces affaires, demeureront dans l'oubli le plus total. Sauf celui des familles concernées. 

mercredi 29 février 2012

Septembre 2013 -Réforme de la Procédure Pénale - acte 1

CECI EST UNE FICTION

Nous sommes le 15 Septembre 2013. François Hollande est maintenant Président de la République depuis dix-huit mois. Après avoir procédé à ses premières réformes, sur la fiscalité et, plus largement, l’économie, il s’est attaqué à une réforme profonde de la Procédure Pénale. Bien évidemment, sous la houlette de Pierre Moscovici, premier ministre, associé à André Vallini, Garde des Sceaux et Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur.
Parmi les grandes mesures, on note l’indépendance totale du Parquet, vis-à-vis du Garde des Sceaux, réclamée par les magistrats.
La plus forte résistance est venue des syndicats policiers. Comme en ont témoignées les nombreuses manifestations hostiles au projet de loi socialiste.
Le nouveau Code de Procédure Pénale est applicable depuis le 1er Juillet. Désormais, les avocats ont accès au dossier de leur client avant tout interrogatoire sur le fond. La plus grosse surprise est venue de l’Assemblée Nationale, par le biais d’un amendement adopté en dernière lecture permettant aux avocats d’assister aux perquisitions.
Quelques semaines après la mise en place de la réforme, une équipe de journaliste est autorisée à suivre les policiers dans le cadre de plusieurs affaires.


Ce matin du 15 Septembre,  c’est une affaire de Trafic de Stupéfiants, qui arrive à son terme. Après trois mois de travail, la Police Judiciaire de Paris doit procéder au démantèlement d’un trafic de stupéfiants, au cœur du 18ème arrondissement parisien. Il est six heures du matin ; les policiers sont fin prêts. Neuf points d'interpellation sont prévus pour cette opération; deux consommateurs, trois guetteurs, deux vendeurs, et le « chef » de ce petit réseau, considéré comme un semi-grossiste. Ce ne sont pas moins de quarante policiers, qui sont mobilisés, pour cette opération.
Les policiers investissent les appartements. Les interpellations sont une réussite en demi-teinte, puisque deux objectifs manquent à l’appel. Ils n’ont vraisemblablement pas dormi à leur domicile.
Mais, pourtant, ce sont sept mesures de garde à vue, qui sont prises. En application de la nouvelle loi, aucune perquisition ne peut démarrer sans l’avocat désigné, ou commis d’office.

06h40:  les gardes à vue ont été notifiées, ainsi que les différents droits s’y afférant. La permanence du barreau est appelée, ainsi que les avocats choisis ; sept avocats sont attendus sur ce 18ème arrondissement. Les "négociations" ont été difficiles ; l'un avocat a une audience prévue à dix heures. Il faut qu’il s’organise avec son cabinet. S’il ne s’arrange pas avec ses collaborateurs, c’est un report d’audience qu’il va tenter. Enfin à partir de dix heures. A moins qu’il ne convainque un de ses collègues d’assister à la perquisition et aux auditions ! (l’organisation est complexe, pour certains avocats qui, déjà avec la réforme actuelle, ont du mal à s’adpater)
Dans le quartier, le bruit occasionné par le bélier enfonçant la porte a réveillé une partie de l’immeuble ; et la rumeur se propage telle une trainée de poudre. Un, deux, trois, dix jeunes sont désormais au bas de l’immeuble, attendant la sortie des policiers, lesquels, de leur côté, attendent toujours l’avocat. Inutile de préciser que l’accueil de l’avocat est mitigé. Il faut dire que l’attroupement au bas de l’immeuble, et les cris qui se font entendre ne sont pas très encourageants. Soit, il faut y aller, la défense du client passe avant tout, pour ce jeune avocat (la sécurité de l’avocat est une réelle problématique ; elle sera assurée, mais necessitera encore des moyens supplémentaires ; que nous n’avons pas).  Après avoir essuyé quelques quolibets (c'est un minimum), l’avocat entre dans l’immeuble, attendu, au 1er étage, par le chef du dispositif, il est:

08h30:  (le temps de se préparer, de passer quelques coups de fil, et de se rendre sur place ; les avocats n’habitent pas toujours le même  quartier de leur client…). Autant dire, également, que l’ambiance est tendue, dans l’appartement. Le gardé à vue apprécie moyennement la présence des policiers dans l’appartement de ses parents (ça, c'est habituel; mais plus longtemps on reste, et plus la tension monte). 
Bref, l’avocat est là ; la perquisition peut commencer. Rapidement, les policiers mettent la main sur le jeu de clés de l’occupant des lieux. Sur le trousseau, bien sur, les clés de l’appartement, mais aussi de la voiture de l’interpellé et la clé d’une cave. Trois policiers descendent au sous-sol, essayant la clé sur toutes les serrures de caves. C’est au bout de la douzième tentative que les policiers trouvent la bonne serrure. Seul problème, elle est au sol, devant une porte ouverte. Immédiatement, le directeur d’enquête arrive sur place, en compagnie du gardé à vue et de son avocat. Tous ne peuvent que constater que la cave est vide. (zut !  L’était-elle avant ? Le fait de perdre du temps peut vouloir dire "disparition d’éléments matériels")
Tous ce petit monde, une fois les perquisitions terminées, sort de l’immeuble. Tant bien que mal, faut-il dire, puisque de nombreux jeunes sont au bas de l’immeuble, tous cagoulés. Des effectifs départementaux ont été appelés, pour procéder au désencerclement des policiers dans l’immeuble. Les gaz lacrymogènes envahissent l’atmosphère. Finalement, les policiers sortent. Avec l’avocat, bien sûr (quoique tentés de le laisser sur place… suivez mon regard...). Les policiers courent à leur véhicule, protégeant le gardé à vue. L’avocat court, lui aussi, pour rejoindre son véhicule. Mais ce dernier est bloqué… (eh oui, étant un peu en retard, il s’est mal stationné…. Pas de c hance, hein lol)


11h30: Les policiers arrivent au service. L’avocat également, malgré sa petite mésaventure. Il se souviendra longtemps de cette matinée de permanence. Désormais au service, et avant tout interrogatoire, il doit avoir accès aux pièces de procédure incriminant son client.
Il arrive dans le bureau du chef de groupe. Sur le bureau, les actes d’enquête ; pas moins de six cent feuillets. L’enquête en cours, l’exemplaire original, bien sur. Les feuillets ont été annotés, pour éviter toute contestation de la défense (comment peut-on juger des pièces qui doivent être données ? qui va le faire ? le magistrat ? l’enquêteur ?). Le défenseur retourne dans le bureau qui lui est alloué.
Bien évidemment, ce même dossier a été photocopié six fois, une fois pour chaque avocat. Il y a là toutes les écoutes de l’affaire (une douzaine), les surveillances, les recherches, etc… Certains services sont plus évolués que d’autres. On a dématérialisé la procédure, et c’est sur un site internet sécurisé que l’avocat consulte la procédure avec, pour preuve de cette consultation, une signature électronique. Ce service de police judiciaire est en avance, technologiquement; il fait partie des trois services en phase de "teste". Il dispose de trois ordinateurs dédiés aux avocats.  (ça, bien sur, c’est au pays des Bisounours, où l’argent tombe à flots… ce qui ne semble pas être dans l’ère du temps)
Les trois premiers avocats ont fini de lire la procédure ( eh oui, six cent feuillets, faut les avaler, quand-même), il est:

15:00: Entre temps, les  gardé à vue ont été conduits à l’Unité Médico Judiciaire locale, où le médecin a rédigé un certificat médical de compatibilité de la garde à vue pour chacun d’entre eux. (par ailleurs, j’essaie de voir le bon côté des choses, pendant que les avocats étaient à lire la procédure, les policiers ont eu le temps de se restaurer; d'habitude, c'est sandwich pour tout le monde... les bons jours)

16:00: les premiers entretiens se finissent. Place aux premières auditions (de fait, il a désormais connaissance de la majeure partie des éléments du dossier). Sans surprise, les déclarations sont claires : bien évidemment, le box ne contenait rien, il est vide depuis plusieurs mois. Mr Chichon s’est mis à vendre de la drogue (il n'a pas le choix, l'avocat lui a bien fait comprendre, en toute honnêteté, que les éléments du dossiers caractérisaient suffisamment l'infraction) la veille du début de l’enquête. Il n’a strictement rien gagné, puisque les policiers n’ont rien trouvé au domicile. La belle voiture qu’il conduit n’est pas à lui, c’est une location. Les autres individus dans le dossier ? Des potes de l’immeuble. Mais il ne sait rien, les concernant (ça, à la limite, c'est habituel).

19:00: les trois premières auditions sont terminées. Les enquêteurs poursuivent avec les autres auditions. Autres mis en cause, autres avocats... mais les déclarations sont sensiblement les mêmes.

22h00: tous les mis en cause ont été entendus une fois. Le chef de groupe de la Brigade des Stups peut désormais faire son compte rendu au magistrat mandant. Les auditions sont sans surprise; la marchandise n'a pas été retrouvée. Tout juste quelques centaines d'euro ont été saisies. Deux des objectifs sont absents.

23h00: les fonctionnaires de police travaillent déjà depuis 16 heures, maintenant (ça aussi, c'est assez habituel, déjà maintenant, sur une affaire de ce type). En plus des auditions, il faut rédiger tous les actes de la journée: les interpellations, les perquisitions, les différents avis, en relation avec les droits des gardés à vue, amorcer des recherches pour les objectifs manquants.

23h20: le magistrat vient de prolonger les garde à vue. Il faut désormais le notifier à chacun. Avec les droits qui vont avec. On rappelle les avocats, les médecins; les garde à vue sont prolongées à partir de 06h15; les mis en cause seront "visibles" au service à compter de 08h30.

00h45: les prolongations sont notifiées, les différents avis sont finis et le tout est "acté" (signifie que les procès-verbaux sont rédigés. Les policiers rentrent chez eux.


2ème jour: 

08h00: les policiers arrivent, les uns après les autres. Les premiers avocats devraient arriver dans la demi-heure. Le temps, pour les policiers, de faire une mise au point de l'enquête. Certains d'entre eux sont d'ailleurs affectés à la recherche de ceux qui n'ont pas été interpellés la veille.

08h30: arrivée des premiers avocats. Comme il se doit, on leur donne accès aux derniers éléments de l'enquête. A savoir toutes les auditions réalisées la veille.

10h00: les avocats peuvent s'entretenir avec leurs clients dans le cadre de la prolongation de garde à vue.

11h00: les premières auditions peuvent commencer. Finalement, il ne reste que peu de questions (dans la mesure où, dès le début, on donne connaissance des éléments de procédure, autant y aller d'un bloc, poser toutes les questions)


16h30: toutes les auditions sont terminées. Aucune avancée significative dans la recherche des "absents". On appelle le magistrat. Fin de garde à vue pour tout le monde. La majeure partie des mis en cause sont déférés le lendemain matin; le temps de "monter" la procédure (faire les photocopies, numéroter les feuillets, notifier les fin de garde à vue...)

MON ANALYSE: 

J’espère, de par ce premier exemple, avoir été le plus objectif possible...
Avant tout, comme les mesures de garde à vue viennent de se terminer, on constate qu'elles ont durées bien moins longtemps (une garde à vue, pour un trafic de stupéfiants, peut durer, prolongations incluses, jusqu'à 96 heures). J'ai pris le parti de faire "au plus simple" (on aurait pu imaginer qu'un "échappé" soit finalement interpellé; de fait, elles auraient été, une nouvelle fois, prolongées).
Elles durent moins longtemps, puisque, dès le début, il y aurait beaucoup moins de questions à poser. Avec le régime actuel, on peut jauger de la bonne ou mauvaise foi des déclarations. Une fois que l'avocat aura mis le nez dans la procédure, il aura tous les éléments; ainsi que son client. Donc, plus aucune manière de savoir si, en face, on nous dit la vérité ou  non. L'histoire sera brodée autour des éléments. Tout ce qui n'est pas déjà dans la procédure n'y sera jamais. Et parfois, il faut le dire, ça aide; tout n'est pas noir ou blanc, dans une procédure. Mais j’expliciterai ce point de vue dans le cadre d'un autre récit.
J'ajoute que, dans notre système, le fait de mentir à des officiers de police ne constitue en rien une infraction. Même preuve à l'appui. De sorte, mentir est le sport national, dans les commissariats.

Je précise, pour ceux qui le croiraient, que je ne met absolument en doute la probité de l'avocat; je pars du principe qu'il fait son job, comme le policier en face; il aura les éléments de procédure, puis s'entretiendra avec son client... que va-t-il lui dire? Qu'est-ce que son client lui demandera?

Même si la garde à vue, en elle-même, pourrait être, en l’espèce, plus courte, on constate quand-même que l'on perd énormément de temps; les journées sont encore plus denses qu'elles ne le sont. On voit dans cet exemple que les auditions commencent à peine après dix heures de garde à vue; et je n'exagère pas! Certes, en partie, ce temps d'attente est "compensé"; pendant que l'avocat lit la procédure, on fait autre chose avec le gardé à vue (un examen médical, par exemple). Mais, il faut bien comprendre que l'exemple que j'ai cité est celui d'un service de Police Judiciaire "riche", qui a des moyens, surtout humains. Rendez-vous compte, le nombre de procès-verbaux donnés en lecture aux avocats, s'ils sont plusieurs... imaginez l’infrastructure; où cette lecture se fait-elle? Dans certains services de police, les policiers sont entassés dans les bureaux! Et on ne va pas donner la procédure à lire, comme ça, dans les couloirs d'un service!!!!

Ensuite, un autre "problème" qui n'en est, pour moitié, pas un: certaines personnes vont être placées en garde à vue pour un rôle "mineur"; on ne garde pas forcément en garde à vue un guetteur et l'organisateur d'un trafic de stupéfiants autant de temps; donc, le guetteur qui pouvait être libéré après trois ou quatre heures de garde à vue, au bout d'une ou deux auditions, restera bien plus longtemps. Puisqu'on perd du temps avec la "forme" et les "droits". Soit!
Enfin, et j'en finirai pas là pour cet exemple, bien souvent, un dossier n'est "parfaitement connu" que par une poignée d'enquêteurs (en général, plusieurs dossiers sont suivis de front; chacun les siens). Donc, à eux toutes les auditions (ou presque). Exemple vécu il y a deux ans: une procédure où 32 personnes ont été interpellés en même temps, et placées en garde à vue à peu près en même temps. Au final, moins de 10 enquêteurs connaissaient les tenants et les aboutissants du dossier; et c'était déjà très complexe. Mais, ce genre de "ramassage", me parait impossible aujourd'hui. Et encore plus après une telle réforme
Plus on complexifie la procédure, plus on perd de temps, moins est efficaces.

ACTE 1 - FIN

vendredi 17 février 2012

"L'assaut", réalisé par Julien Leclercq

N'étant que peu inspiré par les programmes du soir, je me suis laissé tenter par le film "l'Assaut". Pour rappel, il s'agit de la reconstitution de la prise d'otage du vol Air France, devant relier Alger à Paris, en 1994. Vol qui, d'ailleurs, s'arrêtera finalement à Marseille, après plusieurs heures de négociation.
J'avoue ne pas être un fan des films du genre. Et pourtant, ce fait tragique, qui remonte maintenant à plus de 15 ans, est un de ceux qui ont forgé les lettres de noblesses des forces d'interventions françaises, telles que le GIGN (pour la Gendarmerie), ou encore le RAID pour la Police.
Me voilà donc devant ce film avec, à ma droite, mon portable. Quelques tweets par-ci par là, une partie de poker, et le film en face. Rapidement, la partie de poker s'est terminée. Précisions pour les amateurs, j'ai donné des sous à un inconnu qui n'a pas compris que je fasse tapis avec 7-2 dépareillés.
Bref, ne restait plus que ma Tweet-Line et le film. Et, rapidement, je me suis retrouvé happé dans ce film. Certes, on en connais tous la fin. Mais, justement, l'effet n'a pas été celui escompté. Parce que, justement, si l'on connait la fin, on se demande rapidement ce qu'il peut se passer dans la tête des familles. Et, pour une fois, je me suis retrouvé de l'autre coté.
A quoi pense la femme de ce gendarme, qui est sur le point de partir, alors même qu'elle sait très exactement où il va aller? Oh, certainement que dans la réalité, elle ne le sait pas; en tous les cas, pas tout de suite.
Et, peu à peu, on glisse dans la peau des gendarmes. On voit, peu à peu, la mise en place de l'intervention. L'entrainement dans un avion similaire. Les moyens qui se mettent en place. La diplomatie qui fait son travail.
On arrive alors au moment "ultime": l'assaut. Celui qu'on attend depuis un peu moins d'une heure.
A cet instant, j'ai en tête l'une ou l'autre image de l'époque. Le premier gendarme, qui tente d'ouvrir la porte, suspendu à l'avion. Ou encore l'un des pilotes qui saute par la fenêtre de son cockpit.

C'est parti, le commando de gendarmes entre. Les deux premiers ravisseurs sont rapidement éliminés. Il en reste deux autres. Et là, un gendarme est atteint. De plusieurs balles. Il est au sol; vivant, mais ne peut se relever. Et ses compagnons sont dans l'incapacité, eux, de l'extraire. Les balles fusent de partout. Dans tous les sens. Les passagers sortent par l'arrière, les uns après les autres. Au milieu des balles. Une grenade est lancée par les preneurs d'otage; à quelques centimètres du gendarme, qui arrive, tant bien que mal à se retourner, pour éviter qu'elle ne lui explose au visage. Un autre gendarme arrive par l'avant. Il prend une balle, rapidement, devant les pellicules (eh oui, il y en avait encore, en 1994) des caméras, en direct. Un membre des forces de l'ordre se couche alors au sol, ayant dans l'idée d'être peu accessible pour les tireurs d'en face, puisque peu visible. Mais, de son coté, ce n'est pas mieux. L'angle de tir est étroit. Le troisième preneur d'otage est éliminé par un tireur d'élite, sur les toits du hangar de l'aéroport. Il en reste toujours un. Finalement, le blessé est extrait, en piteux état. Et les autres gendarmes avancent.... mètre après mètre.... malgré les tirs.... ça continue toujours... dans les deux sens. On voit, en direct à la télévision, de la fumée, qui provient des grenades lâchées par les preneurs d'otage. Le dernier est alors abattu. Finalement. Ouf.
La scène a durée plusieurs minutes... d'une telle intensité.... d'un tel réalisme.... haletant.... j'en ai eu des frissons...
Un grand bravo au réalisateur, Julien Leclercq.
Je crois savoir que, sous les cagoules, ce sont de vrais membres du GIGN, qui ont joué la scène.
Bravo à eux. Cela ne donne que plus de crédibilité à l'assaut.
Et à leur métier. De vrais professionnels.

Pour ceux que ça intéresse, je vous renvoie vers le site non officiel du GIGN ou encore celui de la FIPN, la Force d'Intervention de la  Police Nationale, qui regroupe le RAID, la BRI (de la Préfecture de Police de Paris) et le GIPN.




vendredi 3 février 2012

« Tu n’es qu’un sale voyou »


Ces paroles sont les miennes. Je le reconnais. Et je les ai prononcées au cours de l’audition d’un gardé à vue, il y a quelques mois, et en haussant (c’est un euphémisme) le ton. Et, j’avoue, je ne lui ai pas dit que cela !  
« Rien d’étonnant », me diront certains. La fameuse « pression psychologique », diront d’autres, pensant aux bienfaits de la réforme de la garde à vue, qui laisse place, désormais, à l’avocat au cours de l’audition. Si vous voulez.

Et pourtant, j’ai prononcé ces paroles en présence d’un avocat. Qui, entre nous, n’a rien dit, et n’a pas fait d’observations à l’issue de l’audition. Commis d’office ou débutant, me direz-vous ? Eh bien non. C’était un avocat choisi.  Là encore, certains diront qu’il n’a pas fait son travail, pas protégé son client. Je pense plutôt qu’il n’avait aucun intérêt à envenimer la situation. J’ai dit ce que j’avais à dire, exprimé le fond de ma pensée, et on est passé à autre chose. De manière toute à fait normale, reprenant le cours de l’audition, sur un ton tout à fait neutre.  
J’ai omis de donner un détail. La personne que j’avais en face de moi, cet homme, que j’avais placé en garde à vue quelques heures auparavant, c’était un fonctionnaire de Police. Vous avez bien lu. Je vous fais état de sa fonction officielle, telle qu’elle figure dans ses déclarations; je n’irai pas jusqu’à l’appeler « col… ». Ce n’en est pas un. Entre, pour moi, dans la définition du mot "collègue", la personne qui a la même profession, et en qui je peux me reconnaitre, avec qui j’ai des valeurs professionnelles communes. Avec lequel j’ai un objectif commun, celui qui rassemble notre corporation, la sécurité pour tous. Ce gardé à vue ne faisait pas, selon moi,  partie de cette catégorie, contrairement à ce qu’il a bien tenté de me faire croire.

Et pourtant, non, je ne fais pas partie de l’Inspection Générale de la Police Nationale (l’IGPN), ni de l’Inspection Générale des Services (l’IGS). Pas de « bœufs-carottes » dans les parages. Et c’est la première fois, en dix ans de fonction d’OPJ, que cela m’arrivait. Et j’en étais, par certains égards, gêné ; en tous les cas, avant la notification de la mesure. Certes, cet homme n’était pas en fonction, au moment des faits reprochés. Il était « entre deux », dirai-je (certainement ce qui a fait que l'IGS ou l'IGPN n'aient pas été directement saisis). Tout aurait pu, pour lui, à l’époque de cette garde à vue, se passer rapidement. Il y avait des éléments, dans notre procédure; ce gardé à vue aurait pu reconnaitre, à minima, ce qui était démontré par les procès-verbaux, avec les suites éventuelles que la justice aurait données… Peut-être aurait-il minimisé l’importance des faits, expliqué les faits pour X ou Y raison (qui m’échappent). Mais non. Il a nié l’évidence, louvoyant entre les questions, s'adaptant à ce qu'il entendait. Et ce malgré deux confrontations avec d’autres gardés à vue qui le mettaient en cause (confirmant les éléments en procédure).
Bref, cet homme ne faisait pas honneur à la profession qui est la mienne. Effectivement, le fait que je sois titulaire du même concours que cet homme m’exaspérait. Oh, longtemps je n’ai rien dit. Après tout, ce n’est pas la première, certainement pas la dernière fois qu’un gardé à vue nie l’évidence, ment de façon éhontée. Le mensonge me parait un comportement tout à fait prévisible d’un voyou. J’irai même jusqu’à dire que ça fait partie du  « jeu ». Admettons. Mais ce n’est pas l’attitude que l’on peut attendre d’un homme qui se prétend au service du public, policier.

Pourtant,  ce n’est pas les réponses au fond, qui me dérangeaient, mais plutôt cette espèce d’arrogance, de suffisance, qui se dégageaient de cet individu.
Qu’est-ce qui a fait que je me suis « emballé », si l’on peut dire ? Une provocation ? Peut-être. Certainement n’aurai-je pas dû y répondre et faire preuve de sang-froid. Et pourtant, je n’ai pas la sensation d’en avoir manqué.
Et cet homme, avouant de lui-même que les deux mille euro qu’il pouvait gagner, n’étaient finalement rien qu’une espèce d’argent de poche (ce qui était vrai), m’exécrait. Par cette attitude, il dévalorisait le métier, mettant au même niveau un salaire mérité et un profit. Certes, il ne cherchait pas, en entrant dans la police, le profit… en tous les cas, pas au moyen d’un salaire, mais plutôt celui qu’il aurait connu par le biais de sa fonction, ses connaissances et/ou accès. En tous les cas, bien plus que les quelques centaines d'euro que l’administration lui versait tous les mois.

Est-ce que ma réaction a changée quoi que ce soit, dans ses déclarations ? Non ; et ce n’était pas le but recherché; je n'attendais rien sur le fond; en fait, rien sur la forme non plus. D’une manière générale, de par cette réaction, durant deux ou trois minutes, j’ai juste défendu les valeurs qui sont les miennes et celles de tous les policiers, gendarmes, de France et de Navarre, pour lesquels la protection des personnes et des biens demeure la priorité. Je ne vais pas réciter le code de déontologie. Mais pourtant, intégrité, dignité, et impartialité sont des mots qui me parlent.

Les policiers, d’une manière générale, sont confrontés à des situations professionnelles tellement imprévisibles, tellement nombreuses, au cours desquelles, ils prennent beaucoup de risques…. Des situations au cours desquelles on peut, pour telle ou telle raison, faire une erreur, perdre son sang-froid, avoir un mauvais réflexe, et ce en un dixième de seconde…  

Tout ça pour dire que ces policiers qui prennent des risques tous les jours, peuvent, en une fraction de seconde, se retrouver dans le collimateur de la justice, au même titre que cet homme qui aurait pu profiter de sa fonction à des fins personnelles.
Et, personnellement, je fais la distinction entre ces deux catégories de personnes.

Comme la majorité des policiers, je ne suis pas « fan » de l’IGS ou de l’IGPN. Cette mesure de garde à vue, hors saisine des instances disciplinaires, était nécessaire, dans le cadre d'une affaire dont nous avions été saisis. Quand bien même il ne s'agissait pas de meurtre, pas de viol, ou d'une infraction aussi grave... son attitude n'avait rien à voir avec celle d'un policier. Et c'est l'image de toute une profession, qu'il mettait à mal. 
La Justice et l’administration ont dû s’occuper de cet individu. En tous les cas, je l’espère.