Un matin du mois de Janvier, le corps inanimé de Cécile était découvert, à
l’intérieur de son appartement, par la mère, inquiète de ne plus avoir de
nouvelles de sa fille.
C'est donc logiquement, que la police judiciaire était saisie, en flagrance.
Des premiers éléments recueillis, le décès avait été causé par une plaie, vraisemblablement commise par le biais d’une arme à feu, derrière l’oreille droite.
C'est donc logiquement, que la police judiciaire était saisie, en flagrance.
Des premiers éléments recueillis, le décès avait été causé par une plaie, vraisemblablement commise par le biais d’une arme à feu, derrière l’oreille droite.
L’autopsie avait alors révélé que la perforation vue aux premiers abords, se trouvait être, finalement, deux orifices d’entrée, rapprochés, causés par des ogives de calibre 22 long rifle.
Les premières auditions, la recherche des caméras
de vidéosurveillance. Rien. Les recherches de traces, papillaires ou ADN, rien.
Les constatations dans l’appartement avaient, elles permis d'établir que l’appartement
avait été fouillé; de fond en comble. Tout était sens dessus, dessous.
Une seule et unique piste, si tant est qu’on puisse l’appeler ainsi; dans le cadre de l'enquête de voisinage, certains locataires avaient parlé d’une dispute entendue, la veille des faits, sans savoir qui elle opposait, si ce n'est un homme et une femme. De son côté, la maman
de Cécile avait, elle, fait part d’une conversation téléphonique qu'elle avait eue avec sa fille, cette même veille
des faits au soir ; Cécile s'était plaint de la visite inattendue d'un "ex", sans même préciser de qui il s'agissait; elle avait subitement changé de sujet pour parler ensuite de bijoux lui appartenant que sa mère était susceptible de détenir; ce dont elle ne se souvenait manifestement pas.
L'enquête avait permis d'établir que la jeune fille était célibataire, depuis environ deux mois. Moment où elle s'était séparé d'un jeune homme, Guillaume.
L'enquête avait permis d'établir que la jeune fille était célibataire, depuis environ deux mois. Moment où elle s'était séparé d'un jeune homme, Guillaume.
Concernant le jeune homme, il ne travaillait
pas, et semblait avoir quelques difficultés financières. Les recherches faites
via son téléphone portable n’avait pas parmi de savoir où il se trouvait au
moment des faits. Aucun appel n’apparaissait sur la ligne téléphonique, toute
la journée durant. Et c’était le seul jour où cela se produisait, sur plusieurs
mois de facturation détaillée.
Après plusieurs semaines d’enquête, la maman de Cécile avait repris contact
avec les policiers. Alors qu’elle faisait le ménage dans la chambre qu’occupait
Cécile lors de ses visites chez ses parents, elle était tombée sur une boite à
bijoux, à l’intérieur de la laquelle s’était trouvées une bague et une paire de
boucle d’oreilles. Elle avait alors fait le rapprochement avec la conversation qu'elle avait eu avec sa fille, et qui se sera avéré le dernier contact entre les deux femmes.
A la demande des enquêteurs, la maman avait ramené ces deux bijoux aux enquêteurs, puis avaient été mis sous scellés.
A la demande des enquêteurs, la maman avait ramené ces deux bijoux aux enquêteurs, puis avaient été mis sous scellés.
Les recherches ADN avaient permises de mettre en évidence, sur un des deux bijoux, un
profil génétique masculin.
Guillaume, cet ex petit-ami, était donc la seule piste, pour les
enquêteurs.
Plusieurs semaines d’enquête plus tard, les enquêteurs décident d'aller interpeler cet homme, à son domicile.
Plusieurs semaines d’enquête plus tard, les enquêteurs décident d'aller interpeler cet homme, à son domicile.
Mardi matin (les
voyons l’ont compris, il y a peu d’interpellations, à l’heure du laitier, le
lundi, ou encore le vendredi, samedi, dimanche ; même si ça a tendance à
changer), 6 heures : les hommes du groupe criminel frappent à la porte du
jeune homme. Celui-ci ouvre, très tranquille. Les enquêteurs entrent, et procèdent
à son interpellation, avant de lui signifier qu'il est placé en garde à vue. Bien évidemment,
ses droits lui sont notifiés ; il n’a pas de problème de santé, et ne
souhaite pas de médecin. Par contre, il veut s’entretenir avec un avocat, et
souhaite sa présence, tant lors de ses auditions, que dans le cadre de la
perquisition qui va s’en suivre.
06h30 : les enquêteurs, après avoir avisé le magistrat mandant de la
mesure de garde à vue prise à l’encontre de Guillaume T., appellent l’avocat
qui a été sollicité. Pour autant, en attendant, tout le monde sort de
l’appartement. L’Identité Judiciaire va procéder à une recherche de traces.
Lorsque l’avocat sera là.
08h15 : l’avocat arrive sur place. L’Identité Judiciaire commence son
travail. L’avocat sollicite la possibilité de suivre les fonctionnaires de
l’identité judicaire dans leurs recherches. Soit. Il se muni d’une combinaison
blanche, et rejoint le clan des « Télétubies ». Les recherches
peuvent commencer. Le résultat est sans appel, aucune trace de sang.
Problème :
doit-on envisager un entretien avec l’avocat au préalable de toute
opération ? Devra-t-on envisager de donner accès à la procédure avant
toute opération ? )
09h00 : c’est la perquisition, qui va commencer. L’avocat assiste aux
opérations. Aucun élément n’est découvert.
Peu avant midi, les enquêteurs regagnent leur service, en compagnie du
gardé à vue. L’avocat les y rejoint.
12h30 : les policiers donnent connaissance du dossier à l’avocat. Qui
l’épluche.
15h00 : l’avocat s’entretient avec son client pendant la demi-heure
légale.
15h40 : l’audition peut commencer. Guillaume explique les liens qu’il
avait avec Cécile. Pour autant, il déclare ne pas l’avoir vue, depuis qu’ils se
sont séparés et ne plus avoir eu de nouvelles depuis lors. Son emploi du
temps ? Il ne travaillait pas. Il a dormi presque toute la journée, tout
seul, chez lui. Il se souvient avoir offert une bague à Cécile, bijou qui, d’ailleurs, lui avait coûté très cher. Mais jamais il n’a
tenté de la récupérer, et il ne sait pas ce qu'est devenu le bijou.
Entre temps, l'ADN découvert sur la bague a "matché" avec celui de Guillaume. C'est bien celle-ci qu'il a offerte à Cécile. Mais peu importe, il l'a reconnu en audition.
Entre temps, l'ADN découvert sur la bague a "matché" avec celui de Guillaume. C'est bien celle-ci qu'il a offerte à Cécile. Mais peu importe, il l'a reconnu en audition.
Quelques heures plus tard, même s’ils ne sont pas convaincus, les
enquêteurs, sur les instructions du Juge d’Instruction, mettent fin à la garde
à vue de Guillaume.
Dix-huit mois plus tard, le tampon « vaines recherches » figure
sur le premier feuillet de la procédure. Sauf élément nouveau, l’auteur ne sera
jamais interpellé.
Mon analyse :
Lorsque l’on parle d’affaires de ce type,
il est souvent fait référence au bluff ; de sorte à ce que l’enquêteur assènerait
des mensonges à un gardé à vue pour lui faire croire que « tout est dans
le dossier ». Je précise que ce n’est absolument pas le cas ici. Il n’est
pas question de procédés déloyaux utilisés par l’enquêteur, et encore moins de
faire avouer au gardé à vue quelque chose qu’il n’a pas fait.
C’est exemple est très simple. Tout vous
parait normal. Il n’y a que peu d’éléments, au départ. Qu’est-ce qui justifie
la garde à vue ? Des voisins parlent d’une dispute, la mère parle d'un ex, et l'enquête identifie Guillaume; le
téléphone portable ne permet pas de le localiser, la journée des faits,
ce qui est exceptionnel, au regard des analyses. Pourtant, en moins de 24
heures, il est mis fin à la garde à vue. Et cela semble normal. Et pourtant….
Là encore, comme le veut l’objet même de
ces billets, l’avocat a eu accès à la procédure. Avec ce qu’elle contient, et
ce qu’elle ne contient pas. Dès le début, l’avocat sait qu’il n’y a pas
grand-chose dans le dossier pouvant incriminer son client ; en tous les
cas, directement, et de manière formelle. Et pourtant…
Imaginons le même cas pratique, sans
avocat, et donc, sans accès au dossier :
Je rappelle, dès le début, que les
constatations ont démontré que l’appartement avait été fouillé ; de fond
en comble. L’auteur a-t-il trouvé ce qu’il cherchait ? Rien n’est moins sûr.
Le fait que l’avocat n’ai pas accès au
dossier fait qu’il ne sait pas qu'une bague est retrouvée. Et il
ne sait pas qu’un profil ADN masculin a été isolé.
Comme il n’a pas retrouvé la bague, il pourrait
en nier l’existence même. Pourquoi ? Il a ses raisons, il pense se protéger.... Alors qu’il est en garde à vue, l’ADN de Guillaume est prélevé. Et il va donc
être comparé avec l’ADN masculin isolé sur la bague. Et là, « tilt »,
le laboratoire affirme que l’ADN de Guillaume est bien celui qui se trouve sur
la bague. Face à cette évidence, Guillaume est embêté, désarçonné. On lui parle
ensuite de son emploi du temps ; souvent, les menteurs ne peuvent éviter
d’en rajouter, pensant qu’ils s’en trouvent plus crédibles. De sorte, ce qu’il
a affirmé a été vérifié et s’est avéré faux.
Au final, se sentant pris au piège, il fini par reconnaitre les faits,
et aide les enquêteurs à retrouver l’arme du crime. Les détails sur le mobile
n’ont pas d’importance, ici.
Toujours est-il que, l’avocat ayant accès
au dossier, il est impossible de jauger de la bonne ou mauvaise foi de la
personne en garde à vue. ». Et, de fait, l’effet de surprise, et la réaction qu’il
provoque a son importance. Dans une enquête de ce genre, tout n’est pas toujours
« tout noir » ou « tout blanc. On ne peut pas dire, de
manière certaine « c’est lui », ou « ce n’est pas lui ». Et le
fait que la personne en face ne connaisse pas les éléments du dossier peut aider
à se forger une idée, et, confronté à sa mauvaise foi, le gardé à vue peut se
révéler différent, et l’enquête prendre une autre tournure.
Vous aurez compris que j’envisage ici la
procédure du point de vue du policier que je suis ; dont le seul but est
la recherche de la vérité, et j’insiste là-dessus. Pour autant, je ne suis pas
le seul à le penser, à l’instar de Gilbert Thiel, magistrat instructeur, lequel
expose sa vision dans un livre récent « Derniers jugements avant liquidation ».
Pour en revenir à notre cas pratique,
peut-être que le gardé à vue n’y est pour rien. Peut-être. En amenant
l’avocat dans les auditions, comme c’est le cas actuellement, les élucidations
de tels faits baisseront. Ajoutez-y l’accès au dossier, et il y en aura encore
moins (d’élucidations).
Mais cela, en admettant que cette réforme se fasse, on ne le saura jamais. Il est
aisé de pointer du doigt des erreurs judiciaires comme l’ont été les affaires
« Outreau », ou celle mettant en cause Patrick Dills. Mais les
affaires qui ne sont pas résolues, une fois la vie médiatique passée,
n’existent plus pour personne…. Sauf pour les familles qui, elles, ne
comprennent pas que l’auteur des faits n’ait jamais été retrouvé. On ne
cherchera jamais, alors, à savoir ce qui a fait que l’enquête n’a pas été
résolue. Et ces affaires, demeureront dans l'oubli le plus total. Sauf celui des familles concernées.

